28 juin 2010

BALLADE AD VITAM AETERNAM

  • Diabolus in musica - Yann Apperry - Livre de Poche n°15235

"C'était le même soir, c'était en même temps ; au Memorial Hospital, sur Berg-op-Zoom Street, un enfant venait au monde. Sept bloks plus loin, au 18, Danbury Avenue, le cœur d'un vieil homme rabiotait quelques minutes à l'inconnu. Entre une salle d'accouchement à l'éclairage cru et la pénombre familière de la chambre, entre son devoir de père et le sacerdoce d'une filiation unique, le combat était perdu d'avance, pour lui comme pour ma mère et moi, parce qu'il n'apprendrait jamais de la bouche de Sigismondo ce qu'il voulait tant savoir, parce que ma mère s'éteignit sans me connaître, sans le revoir".

Moe Baldassare Insanguine, petit-fils de Don Sigismondo - un des barons de la pègre de Chicago - et fils d'Otello, brutal et taiseux, revient sur son existence. De sa mère, morte en couches le jour même où Don Sigismondo rendait son dernier soupir, remettant son âme entre les mains de Dieu ou du Diable, Moe ne connaît que des détails insignifiants concernant celle-ci. Ce qu'il a appris d'elle, c'est qu'elle aimait chanter et possédait une belle voix. Elle avait aussi la nostalgie de son pays, l'Italie, que son mariage avec Otello avait été arrangé. Parce que Otello était tombé sous le charme d'une certaine Judith - future pianiste de confession juive -, venue à Chicago y poursuivre des études de musique auprès du professeur Piotr Wrangell. "Dans ce monde idéal, Bruckner, au lieu de briguer un modeste poste d'organiste, puis de connaître la gloire, finissait instituteur dans un village de montagne. Anton Dvorak était le nom d'un garçon boucher de Nelahozeves ; les Debussy, père et fils, faisaient commerce de chinoiseries ; dans ce monde, toujours, la quinte désignait une variété de toux et Beethoven le nom d'un champ de betteraves". Qu'était-elle devenue, cette pauvre Judith, qui avait voulu - innocemment - sortir Otello de son milieu, de ses fructueuses et illicites affaires de famille ? Elle qui menaçait l'équilibre de ce monde calfeutré, clôt, silencieux, par la pureté de ses sentiments, que lui était-il donc arrivé ? "Enseigne-t-elle le solfège et le piano, quelque part en Amérique, en Israël ? Fut-elle encouragée à quitter la ville ? Brûla-t-on son cadavre, parce qu'elle croyait son amour un révulsif aux liens du sang et faisait valoir la petite musique de son cœur tremblant contre le silence de ses maîtres chanteurs ? Ou finit-elle ligotée dans un sac postal, au large de la baie ?".

Son surprenant prénom, Moe le devra à l'ultime râle de Don Sigismondo qui - dans son souffle final -, l'avait prononcé avant d'expirer, sans jamais savoir quelle était la signification littérale de ces trois lettres ésotériques. Était-ce le prénom de son descendant mâle qu'il voulait signifier, ou bien avouer la sépulture inconnue de cette fameuse Judith ? Nul ne l'a jamais vraiment compris, mais avait fait comme si. Aussi, pour élever cet enfant au prénom sans début ni fin, Otello rejoindra la terre âpre et sèche des ancêtres de sa femme, là-bas, en Italie. Pour oublier ses déboires amoureux, ce dernier noiera son chagrin dans l'alcool et tiendra Moe pour responsable de tous ses échecs. L'enfant deviendra son souffre-douleur, sa proie, sa victime. C'est sur ces arpents de terre grillés par un soleil ardent que le jeune Moe rencontrera celui qui allait changer sa vie, Paolo Durante, maître organiste, venu se perdre et oublier sa propre histoire dans ce coin isolé de la campagne italienne. "Je suis certain, tous les jours qu'il gravissait la colline pour tirer les registres de l'orgue et abîmer son âme dans les couloirs de ses gravures, balayait les allées de l'église, coupait son bois, attisait le feu, s'endormait en musique et se réveillait au son du diamant claquant au bout de sillon sur le tourne-disque - je suis certain,
disais-je, qu'une présence manquait à son bonheur. Il avait attendu huit ans, presque jour pour jour, huit années solitaires et studieuses, en compagnie de Frescobaldi, de Bach, de Bruxtehude et de Haendel, que je tinsse debout, que la sauterelle bondît, hors d'atteinte, dans les épis, et que mon père m'apprît, ces mêmes années interminables, à lui survivre". Grâce à l'étude de la musique en compagnie de Paolo Durante, Moe sera persuadé d'être le dépositaire d'une œuvre musicale qui se développe en lui et qu'il doit faire jaillir. Désormais, son existence sera entièrement consacrée à la création de son chef d'œuvre unique. Les différentes femmes de sa vie, Anna-Lisa d'Alosi, Adriana de Virgilis et Lazarus Jesurum - son ami rencontré au Conservatoire à Rome - seront les témoins de cette lente éclosion de sa composition artistique.

"Diabolus in musica" de Yann Apperry est un roman plein de grâce et de puissance. Dès les premières pages, le lecteur est subjugué par l'atmosphère de ce roman musical, séduit par une écriture
tout à la fois admirable, sensuelle et poétique. La vie de Moe Insanguine aurait dû être celle de sa parentèle, mafieux tout droit arrivés de leur Italie natale pour conquérir l'Amérique, et lui imposer leur loi. Heureusement pour le jeune Moe, Otello - son géniteur - n'était pas vraiment le digne descendant de Don Sigismondo, parrain incontesté de la pègre de Chicago. Violent, certes, mais surtout sentimental et psychologiquement fragile, Otello ne se remettra jamais de la perte de sa femme, moins encore de la disparition subite de sa maîtresse. Il sombrera dans l'alcool pour oublier son chagrin, et vivra sur les terres de sa défunte femme comme un hobereau asocial. Pauvre Moe qui subira l'instabilité psychique et la veulerie paternelles, le rendant responsable de ses souffrances. Mais il arrive parfois qu'au fond du malheur surgisse une lueur d'espoir. Et celle-ci aura pour nom la musique, sous les traits de Paolo Durante. Il ouvrira à l'enfant de neuf ans des perspectives infinies, métamorphosant son existence d'enfant martyr et de tête de Turc en un avenir plein de promesses. Paolo Durante sera bien plus que le simple Maestro de Moe, il sera son père spirituel, celui qui fera naître son don, son amour pour la musique. Alors que Paolo Durante ne jurait que par les classiques : Dvorak, Bach, Beethoven, Schubert, Messiaen, Ravel, Albinoni, Cherubini, Debussy, Grig, Liszt, Moe Insanguine se passionnait pour Duke Ekkington, Miles Davis, Chet Baker, Thelonius Monk, Lester Young, Keith Jarret, Charles Mingus, Louis Armstrong. De la musique sacrée au jazz, de la musique de chambre à la musique moderne, Moe possèdera son art au point de créer une œuvre dissonante, discordante, qui - de l'aube de sa conception au crépuscule de sa complétion - portera en elle la mort. "Diabolus in musica", cet intervalle musical engendrant une attente ou une tension pour l'auditeur, est une œuvre extravagante et aboutie. Elle envoûte, elle charme, elle fascine le lecteur malgré son érudition. De la campagne italienne aux palazzi romains, Yann Apperry nous promène dans un univers de finesse, de raffinement, d'élégance, tout en subtilité et nous offre un roman à la fois initiatique et sensuel. "Diabolus in musica" a reçu le prix Médicis en 2000.

Un grand merci à la BoB Team et aux éditions du Livre de Poche pour cette découverte d'un auteur peu connu et au talent émérite.

D'autres blogs en parlent : Biblio ... D'autres, peut-être ?!

278 - 1 = 277 livres encore à découvrir ... sans compter tous les autres !

23 juin 2010

L’ÂGE D’OR DE NOS GRANDES BIBLIOTHEQUES

« L'instauration des grandes bibliothèques royales et académiques, telles que le fonds Charles V au Louvre, riche d'un millier de manuscrits, la donation du Duc Humphrey à la bibliothèque bodléienne d'Oxford, ou la bibliothèque universitaire de Bologne, remonte au haut Moyen Âge. Les collections ducales et les cabinets de livres des ecclésiastiques et érudits humanistes font florès dans l'Italie du quattrocento. C'est cependant avec le développement d'une classe moyenne, d'une bourgeoisie privilégiée et éduquée dans toute l'Europe occidentale, que l'âge du livre et de la lecture classique a atteint son apogée.

Cet acte de la lecture, de même que les domaines annexes de la vente, de la publication, ou de la synthèse et du résumé de livres, présuppose certains concours de circonstances. On peut s'en faire une idée dans les lieux emblématique comme la tour-bibliothèque d e Montaigne, la bibliothèque de Montesquieu à La Brède, dans ce que nous savons de la bibliothèque de Walpole à Strawberry Hill ou dans celle de Thomas Jefferson à Monticello. Les lecteurs d'aujourd'hui possèdent en propre la matière même de leur lecture, les livres ne se trouvant plus dans des espaces publics, officiels. Une telle propriété nécessite à son tour un espace spécialisé, celui de la pièce couverte d'étagères pleines de livres, avec tout un lexique et des œuvres de référence qui rendent possible toute vraie lecture (comme Adorno l'observait, la musique de chambre dépend de l'existence même de pièces correspondantes, le plus souvent dans des maisons de particuliers). Un des réquisits essentiels également, c'est le silence.

Au fur et à mesure que la civilisation urbaine et industrielle assoit sa domination, le niveau de nuisance sonore connaît une inflation exponentielle, qui confine aujourd'hui à la folie. Pour les privilégiés, à l'âge classique de la lecture, le silence est encore une denrée, accessible dont le prix cependant ne cesse d'augmenter. Montaigne veille à ce que même les membres proches de sa famille soient tenus à l'écart de sa bibliothèque-refuge. Les grandes bibliothèques privées en appellent à des domestiques pour les maintenir en bon ordre, et huiler les reliures de cuir. Par-dessus tout, on a du temps pour lire. C'est l'image frappante retenue par Lamb des « cormorans de bibliothèque », tels sir Thomas Browne, ou Montaigne, ou Gibbon, s'épuisant nuits et jours à leur Léviathan. Y a-t-il un seul livre que Coleridge ou Humboldt n'aient pas lu, annotant, ajoutant de nombreux commentaires, pour composer, souvent sur le premier, un second livre dans les marges, sur des feuilles volantes, dans la prolifération des notes de bas de pages ? Que l'on me dise seulement quand Macaulay trouvait le temps de dormir ? ».


Extrait - Le silence des livres - George Steiner

En lien, un article paru chez Maître Po, Devin, qui présentait une exposition des plus belles bibliothèques du monde à la BNF, photographiées par un photographe turc, Armet Ertug.

22 juin 2010

PAS COMME NOUS ! PAS COMME NOUS !

  • Ils ne sont pas comme nous - Jean-Sébastien Blanck - Alzabane Éditions
    "Je suis l'Homme.
    Je suis l'effrayant Homme qui rit.
    Qui rit de quoi ? De vous. De lui. De tout.
    Qu'est-ce que son rire ?

    Votre crime et son supplice
    ".

18 juin 2010

MARIE AUX CENT VISAGES

  • Marie-Claude Vaillant Couturier - Un pas, encore un pas


J'ai l'ai déjà dit et écrit, mais je récidive une fois encore. J'ai de l'admiration pour toutes ces femmes - les connues et les inconnues - qui se sont battues sur tous les fronts pour s'imposer en tant que telles. Indépendantes, fortes et fragiles à la fois, elles ont prouvé qu'elles savaient faire aussi bien que les hommes, qu'elles étaient leurs égales. Certaines ont souvent payé cher leurs engagements politiques, sociaux, moraux ou religieux, parfois de leur vie. Parmi ces femmes, une dont je voudrais vous entretenir a été tout à la fois militante communiste, reporter-photographe, résistante et déportée, témoin capital au procès de Nuremberg en 1946, élue parlementaire dès 1946, enfin vice-présidente - par deux fois - de l'Assemblée Nationale et commandeur de la Légion d'Honneur en 1995. Et comme toujours, rien ou presque ne prédestinait Marie-Claude Vaillant Couturier à devenir cette femme engagée sur tous les fronts et dans toutes les grandes causes de son siècle.

Née Vogel, son père - Lucien Vogel - est un éditeur, et par n'importe qui, puisque c'est le créateur du journal Vu en 1928. Ce magazine a été le premier à laisser une large place à l'illustration photographique. Sa mère - Cosette de Brunhoff - n'est autre que la sœur de l'inventeur de Babar. Débutant comme chroniqueuse de mode, la jeune Marie-Claude Vogel deviendra très vite une des rares femmes reporter-photographe à une époque où cette profession se déclinait au masculin.
Surnommée la dame au Rolleiflex par l'équipe de Vu, elle est désignée pour réaliser un reportage sur la montée du nazisme en Allemagne en 1933. Marie-Claude réalise clandestinement des clichés sur les premiers camps de concentration du nouveau régime - Oranienburg et Dachau - où sont enfermés les opposants. De ce reportage, il ne restera que quelques photos éparses ; les nazis ayant détruit ses archives pendant la guerre. De même, Marie-Claude Vaillant Couturier effectuera quelques reportages pour le magazine Regards, dont un sur les Brigades Internationales.

En 1934, elle adhère à la Jeunesse Communiste et fondera - en 1936 - les Jeunes Filles de France avec d'autres militantes, dont Danielle Casanova. 1934 est aussi la rencontre avec celui dont elle portera toujours le nom, Paul Vaillant Couturier. Fondateur de l'Association Républicaine des Anciens Combattants, député communiste, rédacteur en chef de l'Humanité, artiste,
écrivain, poète qui disparaîtra subitement et précocement en 1937. Marie-Claude Vaillant Couturier prendra alors la responsabilité du service photo de l'Humanité.

1939 arrive et le gouvernement français contraint le parti communiste à la
clandestinité et à l'interdiction de son journal. Qu'à cela ne tienne, Marie-Claude Vaillant Couturier change d'activités et s'adapte aux nouvelles contraintes. Elle sera chargée de la solidarité aux familles de prisonniers. Immédiatement engagée dans la Résistance, elle participe à des publications clandestines : tracts, pamphlets, parution de l'Humanité dans la clandestinité. Mais elle ne se contente pas de cela, en assurant la liaison entre le Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France et les Francs Tireurs et Partisans de France (FTPF). Elle ira jusqu'à transporter des explosifs. Comme tous ces hommes et ces femmes passionnés et engagés dans des causes justes mais traqués, pourchassés, recherchés, Marie-Claude Vaillant Couturier sera arrêtée le 9 février 1942, lors d'une rafle contre le parti communiste clandestin. Ses compagnons arrêtés avec elle seront fusillés par les nazis. Elle restera cinq mois au secret à la prison de la Santé, avant d'être transférée au Fort de Romainville, jusqu'à son départ en déportation, le 24 janvier 1943.

Marie-Claude Vaillant Couturier et ses compagne de souffrances, de douleurs, de malheurs - dont Danielle Casanova, son amie des Jeunesses Communistes - feront partie du convoi des 31 000. Singulier et atypique, ce convoi sera le premier composé de femmes déportées politiques, résistantes et non-juives, envoyées à Birkenau. Elles seront 230 détenues à entonner La Marseillaise en entrant dans le camp. Elle y restera dix-huit mois, témoin oculaire du génocide des Juifs et des Tziganes. Elle participera au comité clandestin international de la résistance du camp. En août 1944, elle est transférée à Ravensbrück. Ce camp sera libéré le 30 avril 1945 par l'Armée Rouge. Marie-Claude Vaillant Couturier ne rentrera en France que le 25 juin 1945, préférant se consacrer à ses camarades malades, affaiblis, en attente de rapatriement. Toujours, Marie-Claude Vaillant Couturier sera celle qui soutient, encourage, aide, maintient
l'espoir en la victoire finale. Et ce, dans chaque camp. Pour maintenir le moral des déportées, elle diffusait les informations recueillies auprès de celles travaillant pour l'administration des camps. Ainsi, elles apprendront le 6 juin 1944 le débarquement Alliés en Normandie, et - plus tard - la libération de Paris.

Revenue en France, Marie-CLaude Vaillant Couturier n'arrête pas pour autant son combat. Elle est élue en 1946 députée de la Seine et siège à l'Assemblée Consultative Provisoire. La même année, se tient le procès de Nuremberg. Son témoignage restera dans l'histoire pour sa valeur et sa sobriété. Elle sera la porte-parole du calvaire de
tous les déportés. Néanmoins, elle reviendra de ce procès insatisfaite par l'absence des dirigeants de Krupp, Siemens, IG Farben sur le banc des accusés. Toujours en 1946, elle défendra - devant l'Assemblée Nationale - la notion d'imprescriptibilité de crimes contre l'Humanité, ouvrant la voie à la ratification par la France de cette Convention de l'ONU en 1964.

Tout au long de sa mandature législative, Marie-Claude Vaillant Couturier proposera des lois sur la majorité électorale à 18 ans, sur l'égalité des salaires entre hommes et femmes, ou encore pour alléger les procédures d'adoption. Elle n'aura de cesse de défendre la cause des handicapés, des drogués, des familles en difficulté.
Geneviève Anthonioz De Gaulle - autre déportée de Ravensbrück - dira d'elle "Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n'était rien sinon d'être au service de ses camarades". Cette phrase résume, à elle seule, ce qu'a pu être la vie et l'engagement de Marie-Claude Vaillant Couturier.





Par cette modeste contribution personnelle commence, sur ce blog, une série de billets, notes et photos relatifs au 70e Anniversaire de la 2ème Guerre Mondiale. Je reviens ainsi à ma passion d'origine, l'Histoire en général, et celle du second conflit mondial, en particulier. Je vous rassure, il n'y aura pas que cela. Seulement quelques lectures ou présentations au fil du temps pour remettre en mémoire les petits et grands événements de cette période grise. La grande majorité de mes écrits continueront de parler de livres divers et variés.

15 juin 2010

MEDITERRANEE, OLYMPE DES DIEUX, BERCEAU DU MONDE

  • Les dieux habitent toujours à l'adresse indiquée - Patrick Reumaux - Vagabonde Éditions

"Les dieux me regardent de leurs yeux de braise. Le mensonge, dans leurs yeux, est une vrille d'un noir de citerne et, quand débarque un étranger sur cette rive, les vrilles percent l'iris et décrivent, invisibles griffes, des cercles de plus en plus étroits autour de la tête du visiteur avec la force du lierre ou des liserons. Méditerranée. Le rien se mêle au rien, aux vauriens, la mer est si bleue qu'elle en paraît noire sous le soleil qui tape, avec des fonds où la lumière, d'une sourde transparence, gris-bleu ou gris-vert, ou presque rose, ne cesse de changer comme la gorge du pigeon".

Bienvenue en Méditerranée, des côtes occidentales aux côtes orientales, de Marseille à Cordoba, en passant par Naples, Alger, Grenade, Athènes, Damas. Ici ou là. La Méditerranée choyée par Diane, Artémis, Dionysos, dieux et déesses grecs ou romains de la Nature. Ici, "Tout n'est qu'ordre et beauté, lux, calme et volupté" a - un jour - écrit Baudelaire. C'est cela, la Méditerranée. Un rêve, un songe, une chimère, une certaine idée du bonheur, de la grâce et de l'harmonie. Pris entre soleil et sirocco, le méditerranéen n'a d'autre choix que celui de vivre en équilibre précaire, tel un funambule, entre folie et paresse. Ces hommes et ces femmes, qui sont-ils, d'où viennent-ils, que font-ils de leur vie, de leur journée, de leurs heures assommées de lumière, accablées de chaleur ? "O Méditerranée, engeance d'escrocs, de voleurs, d'unijambistes, d'yeux chassieux couverts de taies, de mouches, de proxénètes, de femmes en noir, d'infirmes, de femmes voilées, de claires putains, de cyclamens, d'ail sauvage, de dents féroces, de crottes d'ânes, d'arnaqueurs, de marchands de tapis, de bicyclettes rafistolées; de Juifs errants, d'usuriers, de menthes qui embaument, d'arums stériles, de méchouis grillés, de corps qui se tordent dans l'ombre, de vieux papiers [...], d'injures, de sueur, d'ambre solaire, de coquillages nacrés, de petites tortues, immenses souk grouillant sur lequel le soleil se couche".

Les enfants de Marseille, d'Alger ou de Naples qui apprennent les choses de la vie et de l'amour dans la rue, dans les criques ou les corniches des bords de mer, sont tous identiques. Tous ont ces drôles de têtes de volatiles ébouriffés avec des paires d'yeux ronds, noirs et brillants qui rappellent les bigarreaux qu'ils chapardent dans les jardins quand vient le temps des cerises. Filles au parfum de menthe sauvage et aux couleurs opalescentes, pas encore femmes mais plus tout à fait enfants ; garçons poussés en graine, secs et noueux comme de vieux ceps de vignes, pas encore voyous mais déjà gentils sacripants. "Ceux de Marseille sont semblables, et ceux d'Alger, une multitude qui apparaît tout aussi soudainement : maigres, crasseux, hirsutes, lestes comme des démons, prompts à s'évanouir dans le parc où
ils se fondent dans la rosée ou dans le ruissellement des gouttes après une pluie de printemps".

Et voici les discussions épiques, les
colères homériques typiquement méditerranéennes. On argumente et on questionne avec les mains. On demande pourquoi moi, on jure sur tous les dieux du ciel et de la terre. On tente de se convaincre que la parole est d'or, que l'honneur est sauf. Mais tout le monde sait que tout le monde se ment à soi et aux autres. Ainsi sont les échanges en Méditerranée. "La Méditerranée n'est qu'un rêve. Une peinture de peinture. Une culture de culture. Le royaume d'Haroun-Al-Rachid". Ici, on boit les paroles de l'autre ou les siennes propres jusqu'à l'ivresse totale. Les mots, les phrases coulent comme le miel, doux et sucré, euphorisent les esprits comme un vin du sud charpenté et moelleux, comme un corps de femme mûre.

Les femmes de Méditerranée, comme les conversations, le soleil écrasant, le vent chaud et odorant, sont l'âme de cette contrée. Femme-enfant, femme-femme, vieilles ou jeunes, belles ou laides, volubiles ou mutiques, ce sont elles qui tiennent la Méditerranée entre leurs mains graciles et fragiles, la font vivre et la perpétuent en leur sein. Pieuses ou dépravées, pures, chastes ou déshonorées, juives, catholiques ou musulmanes, toutes recèlent en elles les secrets de la jouissance charnelle, de l'amour physique, de sa fragrance subtile, amère et sucrée. "Qu'elles aient le visage recouvert d'une mantille, d'un voile, d'un fichu noir, les femmes sont l'âme dionysiaque de la Méditerranée. Elles en sont la sève, féconde ou stérile, les femmes aux membres d'ombre, le ventre en chaleur, la source aux lèvres fraîches. De combien de soupirs, d'aveux dans la pénombre, est tissée d'impiété de la grande mosquée de Cordoba ?".

"Les dieux habitent toujours à l'adresse indiquée" ou une vision toute personnelle, à la fois poétique, érotique, onirique, imaginaire, déifié, de Patrick Reumaux. Dans ce court essai, la Méditerranée est tour à tour Mare Nostrum de l'Antiquité grecque et romaine, filles légères et hâlées des côtes occidentales, femmes endeuillées portant voiles, mantilles ou fichus des côtes orientales, selon où l'on tourne notre regard. Elle devient patrie des dieux d'un Olympe enfoui depuis des millénaires dans ses entrailles marines, et dont il ne reste que des temples brisés, usés par le temps et épars. Ce sont ces enfants farouches, indomptés et merveilleux, qui vivent libres comme l'air, dépenaillés, hirsutes, ahuris, braillards et rieurs, s'amusant d'un rien, courant jupons et frémissant d'un regard velouté. Mais ne vous leurrez pas, "Les dieux habitent toujours à l'adresse indiquée" nous parle aussi de la violence méditerranéenne. Cette furie sournoise, cette force brutale qui asservit, rudoie celui qui refuse de se plier aux lois des plus forts, à la loi du silence. L'omerta, qui tient entre les mailles de ses filets toute une population assujettie, obligée, contrainte. Malheur à celui qui la transgresse. En Méditerranée, plus on chuchote, plus on susurre - centaines de serpents sifflants, milliers de criquets stridulants -,
plus le silence est présent, lourd de sens, assourdissant. Pour qui ne le comprend pas - autochtone ou étranger -, ne possèdera jamais l'âme de la Méditerranée. La Méditerranée de Patrick Reumaux, chantée par les chœurs antiques de la Grèce, louangée par les poètes arabes, magnifiée par Nietzsche, Poétisée par René Char, narrée par les conteurs des "Mille et Une Nuits", racontée par Lampedusa, Sciascia et tant d'autres, apparaît telle une héroïne de la Mythologie - mi-femme, mi-déesse -, inaccessible à qui ne sait la vaincre. Dans un style merveilleux, féérique, alternant impressions intimes, souvenirs personnels et poèmes, usant de circonlocutions, d'allégories, Patrick Reumaux nous fait apprécier - par sa connaissance et son érudition - toute la beauté, la fascination que la Méditerranée exerce sur lui.

Merci à Blog-o-Book et aux éditions Vagabonde pour cette lecture fascinante et captivante.

D'autres blogs en parlent : Lystig, Françoise Chatelain, Emiloutre ... Peut-être d'autres ?! Merci de me le faire savoir par un petit commentaire avec votre lien que je vous ajoute à la liste.

280 - 1 = 279 livres ... Je commence enfin à me sentir mieux !

12 juin 2010

8 juin 2010

LA VEUVE CAPET

  • Marie-Antoinette - Stefan Zweig - Livre de Poche n°14669

"Pendant des siècles, sur d'innombrables, champs de bataille allemands, italiens et flamands, les Habsbourgs et les Bourbons se sont disputé jusqu'à épuisement l'hégémonie de l'Europe. Enfin, les vieux rivaux reconnaissent que leur jalousie insatiable n'a fait que frayer la voie à d'autres maisons régnantes ; déjà, de l'île anglaise, un peuple hérétique tend la main vers l'empire du monde ; déjà la marche protestante de Brandebourg devient un puissant royaume ; déjà la Russie à demi païenne s'apprête à étendre sa sphère à l'infini : ne vaudrait-il pas mieux faire la paix, finissent par se demander - trop tard, comme toujours - les souverains et leurs diplomates, que de renouveler sans cesse le jeu fatal de la guerre, pour le grand profit de mécréants et de parvenus ?".

En 1766, l'impératrice Mari-Thérèse d'Autriche, digne représentante de la Maison des Habsbourgs, vieillissante et épuisée par le poids de sa fonction, ne souhaite plus qu'une chose, faire la paix. En politicienne avertie, en monarque avisée d'un immense empire s'étendant aux confins de l'Orient, Marie-Thérèse veut au moins se réconcilier avec les Bourbons, régnant en France. Aussi propose-t-elle à Louis XV la main de Marie-Antoinette, sa dernière fille - à peine âgée de onze ans -, pour le dauphin et futur roi Louis XVI. Après maintes circonlocutions, tractations secrètes, négociations en tout genre par l'intermédiaire d'ambassadeurs et autres intercesseurs, la demande arrive enfin au palais de Schoenbrunn en 1769. "Enfin, en 1769, Louis XV adresse à Marie-Thérèse la missive qu'elle attend fiévreusement depuis si longtemps ; le roi y demande solennellement la main de la jeune princesse pour son petit-fils, le futur Louis XVI, et propose comme date de mariage les fêtes de Pâques de l'année suivante. Marie-Thérèse accepte, comblée ; après de longues années de soucis, cette femme, tragique et résignée, peut vivre encore de belles heures. La paix de l'empire, et en même temps de l'Europe, lui paraît désormais assurée ; aussitôt les courriers et les estafettes annonçant officiellement à toutes les cours que, d'ennemis, Habsbourgs et Bourbons sont à jamais devenus alliés par le sang. Bella gerant alii, tu, felix, Austria, nube ; une fois de plus, la vieille devise des Habsbourgs se trouve confirmée". Marie-Antoinette a quatorze ans. C'est une archiduchesse gentille, aimable, agréable, belle, frivole, insouciante qui va bientôt devenir reine de France. Sa légèreté, son inconséquence vont peser lourds sur son éducation et sa culture. A peine sait-elle lire et écrire correctement l'allemand et le français ! Son immaturité intellectuelle fait soudain craindre le pire à l'impératrice Marie-Thérèse. Et si sa fille était incapable de tenir le rôle que le protocole royal va lui imposer ? Trop tard pour revenir en arrière. Le sort de Marie-Antoinette est inexorable et personne ne pourra l'arrêter.

En se rendant à Strasbourg à la rencontre de sa nouvelle existence, la jeune archiduchesse se dépouille de son passé des Habsbourgs pour revêtir celui des Bourbons et perpétuer la descendance royale. Strasbourg l'accueille dans la ferveur populaire, dans une joie et une liesse réelles et spontanées. Elle fait un pont d'or à la future reine de France. "L'arrivée de Marie-Antoinette marque une heure inoubliable pour le peuple français qui depuis longtemps a perdu l'habitude des fêtes. Il y a de nombreuses années que Strasbourg n'a plus vu de dauphine, et peut-être n'en a-t-elle jamais vue une aussi adorable que cette jeune fille. La svelte enfant aux cheveux blond cendré, aux yeux bleus et espiègles, rit et sourit du fond de son carrosse vitré aux innombrables Alsaciens et Alsaciennes accourus des villes et villages, dans leur joli costume national, pour acclamer le somptueux cortège. Des centaines d'enfants, de blanc vêtus, précèdent la voiture en jonchant le chemin de fleurs ; un arc de triomphe a été dressé, les portes sont pavoisées, sur la grande place le vin coule de la fontaine, des bœufs entiers rôtissent à la broche, on distribue d'énormes corbeilles de pain aux pauvres. Le soir toutes les maisons sont illuminées, des flammes serpentent autour du clocher et la dentelle rougeâtre de la divine cathédrale en devient transparente. [...] la blonde messagère d'Autriche semble avoir apporté un nouvel âge d'or ; une fois encore le peuple de France, oubliant ses maux et son ressentiment, reprend courage et se laisse aller à un joyeux espoir". Tout le monde l'aime, l'admire, l'adule. Louis XV, fin amateur de beauté féminine, trouve la jeune et fraîche Marie-Antoinette jolie et désirable. Et elle l'est. Mais de sombres présages, inaperçus ou jugés tels, s'amoncellent, qui pourraient annoncer un avenir sinistre à tout esprit quelque peu clairvoyant.

Mariée à quinze ans à peine, jeune fille douce et câline, Marie-Antoinette ne demandera qu'à vivre son destin de reine et de future mère. Cependant, Louis XVI éprouve des difficultés physiologiques et psychiques dans sa sexualité. Il est gauche, emprunté, timide, voire timoré, introverti, bourru. De là, naîtra la frustration pour l'un, l'aigreur pour l'autre. Lui se réfugiera dans les plaisirs virils pour oublier ses défaillances masculines ; elle, plongera dans la futilité, les dépenses exorbitantes, les festivités, le papillonnage amoureux pour fuir sa triste réalité. "Des nuits entières elle fuit le lit conjugal, lieu douloureux de son humiliation, et, tandis que son triste mari se repose des fatigues de la chasse en dormant à poings fermés, elle va traîner jusqu'à quatre ou cinq heures du matin dans les redoutes d'opéra, des salles de jeu, des soupers, en compagnie douteuse, s'excitant au contact de passions étrangères, reine indigne, parce que tombée sur un époux impuissant. Mais certains moment de violente mélancolie révèlent que cette frivolité, au fond, est sans joie, qu'elle n'est que le contrecoup d'une déception intérieure".

Le naturel gai et enjoué de Marie-Antoinette s'accommodera toujours difficilement de l'étiquette, de la pompe et de la rigueur protocolaire d'un Versailles autarcique et autiste à ce qui se passe à l'extérieur. Les batailles pour le pouvoir des comtes d'Artois et de Provence - frères de Louis XVI -, les luttes intestines, les méchancetés de Mesdames - filles bigotes et célibataires de Louis XV -, les manigances de la du
Barry pour s'assurer les bonnes grâces de la future reine de France, sont étrangères à Marie-Antoinette, tout à la fois naïve et spontanée. Le rituel rigide et guindé de Versailles lui déplaisent profondément. Ce qu'elle désire, c'est vivre normalement, être heureuse et aimée, jouir des bonheurs que lui procure l'existence et son sang royal. Sa première visite officielle à Paris la confortera dans sa volonté d'être toujours aimée pour elle. Une nouvelle fois, c'est une foule euphorique qui l'accueille. S'étonnant de cette marée humaine en son honneur, le maréchal de Brissac lui murmurera : "Madame, n'en déplaise à Son Altesse le Dauphin, mais vous voyez ici deux cent mille hommes épris de vous". D'un coup, en apercevant cette cohue ivre du bonheur de l'apercevoir enfin, Marie-Antoinette prend conscience de la grandeur de son rang. Perçoit-elle aussi la pesanteur de cette charge et les conséquences de ses inconduites et de ses enfantillages sur son avenir ? "La belle émotion provoquée par cet amour populaire immérité, et pourtant si ardemment offert, éveille en elle un sentiment généreux et reconnaissant. Mais si Marie-Antoinette s'émeut vite, elle oublie aussi tout aussi vite. Après quelques visites à Paris, elle accepte déjà cette allégresse comme un hommage qui va de soi, dû à son rang et à sa situation, et s'en réjouit avec l'insouciance enfantine qui lui fait accepter nonchalamment tous les cadeaux de la vie. C'est pour elle quelque chose de merveilleux que d'être acclamée par cette foule ardente, aimée par ce peuple inconnu : désormais elle jouit de l'amour de ces vingt millions d'hommes comme s'il lui revenait de droit, sans se douter qu'un droit comporte des devoirs et que l'amour le plus pur finit par se lasser quand il n'est pas réciproque".

Écrit en 1933, "Marie-Antoinette" de Stefan Zweig reste une référence en matière biographique sur une des reines les plus malmenées et les plus mal connues de France. Par cette hagiographie, Stefan Zweig fait presque œuvre d'avocat pour la défense de Marie-Antoinette. Et cette pauvre reine en a bien besoin ! Flattée, courtisée, vénérée, copiée, admirée par une cour rococo jamais avare de flagorneries pour s'attirer les honneurs du couple royal, Marie-Antoinette a aussi été fêtée par un peuple qui a vu, en ce jeune couple, la fin de leurs malheurs, le terme de leurs souffrances. Avec la disparition de Louis XV, qui n'était plus depuis longtemps le bien aimé roi de France, le peuple a cru que Louis XVI et Marie-Antoinette allaient redorer le blason d'un royaume qui en avait bien besoin. La misère régnait en maître derrière les grilles dorées à l'or fin du château de Versailles. Marie-Antoinette ne s'en souciera jamais. Jamais elle ne visitera la province pour aller à la rencontre de cette population qui espérait tant que les choses évolueraient, que leur situation s'améliorerait. Jamais elle ne s'est intéressée à la politique intérieure comme l'a si bien fait sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse. Jamais elle n'a questionné les ministres et le Parlement sur l'état des finances du pays. Tout ce qui captait son attention, c'était elle. Son univers s'arrêtait aux grilles des châteaux du royaume. La société se réduisait à cet aréopage de courtisans, de séducteurs, de galants et autres flatteurs dans laquelle elle se complaisait et se noyait pour ne rien voir de la réalité. De dépenses exorbitantes - en vêtements, coiffures, bijoux -, alors que la masse mourait de faim, en dettes de jeu qui grevaient encore et toujours plus les finances personnelles de la reine, Marie-Antoinette s'étourdissait de plaisirs mondains et futiles, au lieu de penser en monarque d'un grand royaume à l'avenir de ses sujets. Erreur suprême, Louis XVI, épris de sa femme, cède à sa requête d'un lieu pour elle seule. Avec le Trianon, Marie-Antoinette se coupe encore plus du réel, oublie complètement le quotidien. Le Trianon, c'est elle, son œuvre, son petit monde créé à son image, beau, élégant, raffiné. Et dispendieux ! Ici, on rit, on joue à la bergère, à la paysanne, on fait du théâtre, on chante, on danse, on courtise. On éloigne les grincheux, les tristes, les moralisateurs, pour laisser place à une bande de dépravés, débauchés, dépensiers, parasites qui abandonneront Marie-Antoinette dès les premiers signes de la révolution, dans quelques années. Devenue mère pour son plus grand bonheur, ayant - enfin - donné un dauphin à la France, elle n'en
continue pas moins ses frasques. Les libelles, les pamphlets, les feuillets sarcastiques, méchants, odieux, obséquieux fleurissent partout. Tous l'accusent d'appauvrir le pays déjà ruiné, au bord de la banqueroute. Elle en rit et s'en moque. L'affaire du collier finira de rendre Marie-Antoinette impopulaire et détestée par une population qui ne demandait qu'à l'aimer. A travers "Marie-Antoinette", Stefan Zweig relate - plus que la fin d'un règne - le terme d'une époque. C'est aussi l'histoire personnelle d'une femme indépendante et libre qui n'a pas pu - ou su - comprendre à temps le sens de son destin, moins encore la portée de ses faits et gestes. Spontanée, légère et futile, elle voulait vivre comme une simple aristocrate, alors que sa naissance la préparait à un avenir de reine. En fin psychologue de l'âme féminine qu'il était, Stefan Zweig réussi, une fois de plus, à nous faire ressentir de l'empathie pour une personnalité égocentrique, stipendiée, haïe, abhorrée par tous et qui finira dans une immense et profonde solitude, elle qui avait tant peur de se retrouver seule.

D'autres blogs en parlent : Pichenette, Karine (et ses livres), Doudou, Lisa, Karine:), Jules, Elzevier ... D'autres peut-être ?! Faites-vous connaître par un commentaire en me laissant votre lien que je vous ajoute à la liste.

"Marie-Antoinette" a été lu dans le cadre des challenges de Karine:) Ich liebe Zweig et Marie sur les Classiques



281 - 1 = 280 livres ...

6 juin 2010

LA LEGENDE DE LILI MARLEEN

  • Quand une chanson entre dans l'Histoire

Ceux qui connaissent un peu mon blog n'ignorent pas ma passion pour l'histoire en général et prédilection pour la culture allemande en particulier. En plus de la lecture et de la photo, j'aime aussi la musique, classique ou contemporaine. J'ai un penchant certain pour les chansons qui sont restées dans nos mémoires collectives, à tort ou à raison. Entre deux billets sur des livres en cours - et compte tenu du jour -, je voulais vous parler d'une chanson singulière. Je ne vous ferai pas l'offense d'une torture sonore en entonnant "Lili Marleen". Je laisse cette interprétation à des voix beaucoup plus mélodieuses que la mienne, telle celles de Marlene Dietrich ou de Ute Lemper.

"Lili Marleen", sans doute la chanson la plus connue de la 2ème Guerre Mondiale, fredonnée par tous les soldats engagés sur tous les fronts de 1939 à 1945, a eu un destin pour le moins original. Air emblématique d'une armée allemande alors victorieuse sur tous les fronts de l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud, "Lili Marleen" n'était pas conçue - à l'origine - pour devenir une chanson mondialement connue. Loin de là. Au départ, poème écrit par Hans Leip, soldat
allemand envoyé sur le front Russe en 1915. son thème parle d'amour et de séparation. Le titre est l'association de deux prénoms féminins : Lili qui est l'amie du poète, Marleen celle d'un camarade du front. Le poème est publié en 1937.

Dès 1938, Norbert Schultze - compositeur d'opéras et de musiques de films célèbres - le met en musique. Bien que compositeur de renom, "Lili Marleen" est, à sa sortie, un échec. L'impact sur le public est négatif. Ils trouvent cette chanson sans âme. Chantée par Lale Andersen, "Lili Marleen" ne se vend qu'à 700 exemplaires. C'est en 1941 que le vent commence à tourner pour cette mélodie. Elle acquiert sa renommée grâce à la Radio des Forces Allemandes établie à Belgrade que la diffuse sur le front d'Afrique du Nord, à l'Afrika Korps. Cette chanson, boudée par le public, rencontre un succès immédiat auprès des soldats allemands. Mais pas uniquement.
Et c'est là que le bât blesse !! Les soldats britanniques la découvrent aussi en réglant leurs radios sur les ondes de Radio Belgrade et écouter, à leur tour, "Lili Marleen". Elle devient très vite la marque de fabrique de cette radio de propagande, qui la diffuse chaque soir à 21 h 57 exactement, juste avant l'arrêt des programmes. Devant le succès incontestable et incontesté de "Lili Marleen", un problème de taille va se poser pour les Alliés. Par le simple fait de la popularité d'une chanson allemande auprès des troupes britanniques, les autorités décident l'interdiction de sa diffusion sur les ondes et même de la chanter. Néanmoins, "Lili Marleen" continuera à être écoutée, clandestinement.

Très vite, et pour régler la question, une version anglaise est enregistrée par deux chanteuses et diffusée sur la BBC. Elle est aussitôt adoptée par la 8ème Armée Britannique. En 1943, Marlene Dietrich, alors engagée auprès des troupes américaines, la chante à Alger. Par sa voix au timbre si particulier, elle enchantera de nombreux pays avec "Lili Marleen", dont l'Italie, la Grande-Bretagne, la Sicile ... Le succès sera tel à cette période, que les nazis en viendront à soupçonner un sens caché à la chanson, sorte de contre-propagande. Cela conduira ses auteurs en camp de concentration. Ils tenteront - à leur tour - de la faire interdire. Sans plus de réussite.

Relayée par haut-parleurs sur tous les fronts, écoutée dans les hôpitaux militaires, "Lili Marleen" est LA chanson emblématique de la 2ème Guerre Mondiale. Elle en est l'âme, l'hymne officiel. Même si elle est encore le symbole d'une époque douloureuse, d'une forme de collaboration artistique pour des chanteurs français, "Lili Marleen" n'en reste pas moins un mythe, dont l'ampleur n'a jamais été égalée.
Elle est partie intégrante de l'Histoire. Outil de propagande, phénomène de société ou simple chanson d'amour, "Lili Marleen" est intemporelle. Elle était encore n° 1 au hit parade aux États-Unis en 1968, ainsi qu'en Allemagne en 1981, au Japon en 1986. Tellement universelle qu'elle sera représentée sur scène dans des cabarets, au théâtre ou dans des films, dont celui de Fassbinder avec Hanna Schygulla en 1981.

"Lili Marleen" est un succès mondial et éternel car elle touche aux sentiments humains profonds et que l'on retrouve chez tout le monde qui sont la séparation d'avec l'être aimé, la nostalgie de son pays ou de sa famille, la solitude et - surtout - la peur de mourir.





Lili Marleen - Version allemande - Marlene Dietrich




Lili Marleen - Version anglaise - Marlene Dietrich

2 juin 2010

LE NOIR N'EST PAS SEULEMENT UNE COULEUR

  • Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper Lee - Livre de Poche n°30617

Scout Finch est une enfant facétieuse et heureuse de vivre à Maycomb dans l'Alabama des années 1930, comté d'origine de sa famille paternelle. Un brin garçon manqué, elle n'hésite pas à porter salopettes ou pantalons et à se bagarrer pour laver son honneur dès qu'il est bafoué. De sa mère, perdue à l'âge de deux ans, il ne lui reste que peu de souvenirs. Aussi, vit-elle une existence joyeuse et insouciante entre son père - Atticus Finch, avocat estimé à la cour de la ville et attentif à donner une bonne éducation à ses enfants -, Jem, son frère aîné et Calpurnia la gouvernante noire qui veille sur ce petit monde. "Quand je vins au monde, Maycomb était déjà une vieille ville sur le déclin. Par temps de pluie, ses rues prenaient l'aspect de bourbiers rouges ; l'herbe poussait sur les trottoirs, le palais de justice penchait vers la place. Curieusement, il faisait plus chaud à l'époque : mules efflanquées, attelées à leurs carrioles, chassaient les mouches à grands coups de queue à l'ombre étouffante des chênes verts sur la place. Les cols durs des hommes se ramollissaient dès neuf heures du matin. Les dames étaient trempées de sueur dès midi, après leur sieste de trois heures et, à la nuit tombante, ressemblaient à des gâteaux pour le thé, glacés de poudre et de transpiration".

Ses journées à l'école l'ennuient profondément, car Scout est une petite fille vive et intelligente qui comprend vite, sachant déjà lire et écrire alors que les autres ânonnent les quelques mots laborieusement appris ici ou là. Elle écrit aussi, et pas en lettres capitales. Cela, c'est de la faute de Calpurnia qui lui a imposé l'écriture de passages entiers de la Bible pour avoir la paix dans sa cuisine. Maudite Calpurnia, aussi intransigeante qu'affectueuse envers Scout et Jem. "Ça, c'était la faute de Calpurnia. J'imagine qu'elle n'avait rien trouvé de mieux pour me faire tenir tranquille, les jours de pluie. Elle commençait par griffonner l'alphabet d'une main ferme sur une ardoise puis me faisait recopier dessous un chapitre de la Bible. Si je reproduisais son écriture de manière satisfaisante, elle me récompensait d'une tartine de beurre et de sucre. La méthode d'enseignement de Calpurnia ne laissait aucune place à la sentimentalité : rarement satisfaite, elle me récompensait rarement". Comme tous les enfants de leur âge, Scout et Jem jouent à se faire peur en compagnie de leur copain Dill. Et leur plus grande frayeur consiste à se raconter - grâce à leur imagination fertile - des histoires affreuses autour de la mystérieuse demeure des Radley et de leur fils, Boo. Ils contournaient la maison pour éviter d'y passer devant, de crainte que les mauvais esprits ne viennent les kidnapper. Ils refusaient de manger tout ce qui provenait du jardin et des arbres fruitiers de cette maison, sous prétexte que les produits étaient empoisonnés. A Maycomb, il se colportait tout un tas d'histoires invraisemblables autour des Radley et de leur
manière de vivre. De quoi alimenter les rumeurs, les ragots et autres conversations de langues bien pendues. "Jem fit une description plausible de Boo : il mesurait près de deux mètres, à en juger par ses empreintes ; il mangeait des écureuils crus et tous les chats qu'il pouvait attraper, ce qui expliquait que ses mains soient tachées de sang - si on mangeait un animal cru, on ne pouvait plus jamais en enlever le sang. Une longue cicatrice lui barrait le visage ; pour toutes dents, il ne lui restait que des chicots jaunes et cassés. Les yeux lui sortaient des orbites et il bavait presque tout le temps".

La vie s'écoulait ainsi, paisible et nonchalante, à Maycomb jusqu'au jour où Cecil Jacob annoncera à l'école entière que Atticus Finch était l'avocat des Nègres. Scout, se sentant humiliée et insultée, lavera son honneur en mettant la raclée de sa vie à cette vipère de Cecil Jacob. Qu'à cela ne tienne, Scout voudra quand même savoir si cela était vrai. Atticus, homme intègre, honnête, droit et probe défendait bien un Noir du nom de Tom Robinson, accusé d'avoir violé une Blanche. Et dans l'Alabama des années 1930, c'était la mort par pendaison ou le lynchage assuré. Aussi, Atticus Finch avait décidé de défendre cet homme et sa dignité, malgré les risques encourus. D'un coup, par cette affaire classique en d'autres circonstances, la vie de Scout et Jem Finch changera du tout au tout. Ils deviendront presque des parias sociaux, des enfants infréquentables parce que jugés amis des Nègres. Ils seront la honte de leur propre famille parce que leur père avait eu le courage d'accepter la défense d'un Noir, dont il était convaincu de son innocence. "Vois-tu, Scout, il se présente au moins une fois dans la vie d'un avocat une affaire qui le touche personnellement. Je crois que mon tour vient d'arriver. Tu entendras peut-être de vilaines remarques dessus, à l'école, mais je te demande une faveur : garde la tête haute et ne te sers pas de tes poings. Quoi que l'on dise, ne te laisse pas emporter. Pour une fois, tâche de te battre avec ta tête ... elle est bonne, même si elle est un peu dure. - On va gagner, Atticus ? - Non, ma chérie. - Alors pourquoi ... - Ce n'est pas parce qu'on est battu d'avance qu'il ne faut pas essayer de gagner".

En écrivant "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", Harper Lee revient sur l'un des épisodes les plus sombres, les plus sinistres et les plus honteux de l'histoire sociale des États-Unis. Par la voix de Scout Finch, enfant impétueuse et bagarreuse, à la langue bien pendue, elle parle au lecteur de cette société du sud des États-Unis, avec son refus obstiné de considérer la population Noire comme l'égale de la Blanche. Écrit dans les années 1930, alors que le pays est plongé dans une crise économique et sociale dont le pays peine à se relever, "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" prend pour cible l'infamante Loi Jim Crow qui divisait la société en deux catégories bien distinctes, les Blancs d'un côté avec leurs droits et leurs privilèges, les Noirs de l'autre avec l'arbitraire et les contraintes. Jem et Scout Finch seront ainsi confrontés - à leur corps défendant - à cette loi inique qui avait institué la suprématie blanche en Amérique. Ils vivront leur vie d'enfant et d'adolescent au sein de cette ségrégation, subissant reproches, insultes et mépris de la part de ceux qui refusaient le comportement honorable de leur père. Par sa morale, son impartialité et sa probité, celui-ci montrera à ses enfants comment se conduire
pour être respectés des autres. Les enfants saisiront les différences entre Noirs et Blancs dans l'éducation, le travail, le quotidien, les préjugés des uns et des autres. Ils découvriront que la méconnaissance de l'autre entraîne toujours le rejet, la peur, que de tout cela découle la bêtise, le racisme, l'ostracisme, le refus d'accepter l'autre tel qu'il est, de le juger sur des a priori, des stéréotypes, des on dit. "Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur", c'est le quotidien dans une petite ville d'Alabama qui nous est décrit avec sa bigoterie, ses mensonges, ses non-dits. Une société scindée en deux et qui ne se côtoie jamais, ou si peu. Écrit dans une langue belle, tenant à la fois du conte et du roman initiatique, Harper Lee a fait de son seul livre une œuvre universelle qui touche au cœur et à l'âme, et nous rappelle sans cesse que la tolérance devrait être l'épicentre de nos valeurs morales.

D'autres blogs en parlent : Evertkhorus, Manu, Liyah, Nath, Un coin de blog, Biblio, Liza Lou, Herisson08, Ys, Mango, Papillon, Elfique, A propos de livres, Sylire, Denis, Karine, Lisa, Alfie, Livr@ddict, Tamara, Choupynette, Petite Fleur ... Plein d'autres, encore ! N'hésitez pas à me laisser un commentaire avec votre lien, que je vous ajoute à la longue, longue liste des lecteurs.

Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune avec Anjelica, où vous trouverez d'autres blogolecteurs ...


"
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur" fait partie de deux autres challenges en cours sur la blogsophère :



282 - 1 = 281 livres ... Plutôt positif, quand on connaît le nombre de départ !

1 juin 2010

QUE LIRA-T-ON EN JUIN ?

Quelques sorties intéressantes en poche pour juin. Je vous rassure quand même, ça sent les vacances d'été. Voici donc un panel non exhaustif de ce que vous pourrez trouver dans vos librairies préférées courant juin.
  • Édition 10/18
La nuit descend sur Manhattan - Colin Harrisson

D'origine chinoise, Jin Li dirige les équipes de nettoyage de grandes compagnies new-yorkaises. La couverture idéale pour un juteux espionnage industriel. Mais, quand elle assiste au meurtre de deux de ses employées mexicaines sur un parking de Brooklyn, Jin Li comprend qu'elle a été démasquée. On veut sa tête... Pompier rescapé des décombres du World Trade Center, Ray Grant a cru pouvoir en finir avec ses démons en parcourant le monde. Mais, de retour à New York, au chevet de son père mourant, la descente aux enfers continue. Il est kidnappé par des petites frappes à la solde d'un businessman de Shanghai. Leur but : qu'il les mène à Jin Li, son ancienne petite amie. Pour sauver sa peau et celle de ses proches, Ray va devoir se lancer dans une traque de tous les dangers, au cœur d'un Manhattan gangrené par la violence, le pouvoir et l'argent.

Des vies sans couleur - Zoë Wicomb

L'indépendante Marion Campbell mène une existence paisible au Cap. où l'agence de voyages qu'elle a fondée prospère. Mais tout n'est qu'apparence. La nuit, son sommeil est agité, et le jour, elle est hantée par les souvenirs confus qu'a fait ressurgir en elle la photographie d'une femme en première page du journal. Marion a la troublante impression d'être liée à elle d'une manière ou d'une autre. Or son vieux père refuse obstinément de s'associer à sa quête. Seule la vive Brenda s'y risquera, accompagnant sa farouche directrice sur les déroutant chemins du passé. Sur une trame subtile et délicatement tissée, Zoë Wicomb décrit avec force l'héritage des enfants nés des mensonges de l'apartheid, le poids de la honte et du silence.

La tendresse des loups - Stef Penney


Porté par une construction éblouissante qui entremêle différentes voix, un roman épique, ample, violent, dans la tradition des plus grandes œuvres naturalistes. Un livre phénomène, doublement couronné par le prestigieux Costa Book Award comme
meilleur premier roman et meilleur livre de l'année, un voyage étourdissant dans les étendues glacées du Grand Nord canadien. 1867. Alors qu'un terrible hiver a pris en tenailles le petit village de Dove River, un trappeur est retrouvé mort dans sa cabane, égorgé et scalpé. Dans cette communauté d'origine écossaise qui s'accroche désespérément aux convenances de la mère patrie, le choc est terrible. Surtout pour Mme Ross qui a découvert le corps et constaté dans la foulée la disparition de Francis, son fils adoptif. Doit-elle le signaler à Donald Moody, le naïf dépêché par la Compagnie de la baie d'Hudson pour identifier le coupable au plus vite ? Et a-t-elle raison de se méfier de ce mystérieux Sturrock, un aventurier bien décidé à retrouver un objet précieux qui aurait été légué par le défunt ? Incapable de croire à la culpabilité de son fils, Mme Ross va se lancer dans une course éperdue, avec pour seule compagnie Parker, un énigmatique trappeur indien habitué à survivre dans les milieux les plus hostiles...

Séduction - Catherine Gildiner

C'est ainsi qu'au bout de dix ans de réclusion Kate Fitzgerald est devenue une
spécialiste de Freud. Aussi accepte-t-elle le marché que lui propose son psychiatre : enquêter sur des révélations susceptibles de remettre en cause les fondements de la psychanalyse en échange de sa mise en liberté conditionnelle. Elle sera aidée dans sa mission par un coéquipier : Jackie Lawton, un ancien cambrioleur reconverti en détective privé. Mais une série de meurtres va entraîner ce duo haut en couleur dans une course folle, entre Toronto, Vienne et Londres, où vit encore Anna Freud qui veille sur l'héritage de son père. Humour mordant et personnages décalés font de ce thriller intellectuel une lecture passionnante.

Le mystère Millow - Gilles Bornais

L'enquête est confiée à Joe Hackney, petit, boiteux, taciturne, cynique, vivant chez sa mère dans l'East End londonien, et qui n'a pas complètement renié le petit malfrat qu'il fut. Les premières investigations révèlent que Fergus Millow était peintre mais surtout un homme particulièrement discret que personne ne semblait connaître...
  • Livre de Poche
François 1er et la Renaissance - Gonzague Saint-Bris

Marignan, Chambord, Vinci, en trois mots, on croit avoir tout dit sur François Ier. Mais, au fond, connaît-on vraiment ce roi qui n’aurait jamais dû accéder au trône ? Au-delà de l’image convenue du roi chevalier, on découvre un protecteur des arts, féru de philosophie, poète accompli, dessinateur et architecte novateur. C’est aussi un politique visionnaire, à l’écoute des hommes et de la nature, qui lui inspirent une nouvelle façon de régner. Du triomphe de la première campagne d’Italie au désastre de Pavie, de l’entrevue du Camp du Drap d’or à la captivité à Madrid, François Ier reste un prince passionnant qui, dans la victoire comme dans l’échec, domine la galaxie de la Renaissance.

Le Général et moi - Daniel Picouly


29 mai 1968, la France est paralysée par les grèves et le président de Gaulle rejoint la résidence du général Massu à Baden-Baden à bord d'un hélicoptère. Une journée historique débute pour le narrateur, fervent gaulliste, dans les coulisses des ministères et de l'Assemblée jusqu'à sa rencontre avec une éditrice parisienne au café de l'Odéon.


Meurtre chez les Samaritains - Matt Beynon Rees


Tout est possible en Palestine, et rien ne dit que le jeune Ishaq, le fils du prêtre des
Samaritains de Naplouse, n’a pas été exécuté parce qu’il était homosexuel. Ni que sa connaissance des caisses noires du Vieux, l’ancien président de l’Autorité palestinienne, ne lui a pas été fatale. Omar Youssef n’a que quelques heures devant lui pour résoudre l’énigme, car si les dizaines de millions de dollars détournés ne sont pas restitués, la Banque mondiale est bien décidée à fermer le robinet de l’aide internationale… Par l’auteur du Collaborateur de Bethléem et d’Une tombe à Gaza.
  • Folio
Les invités - Pierre Assouline

Un dîner, de nos jours, dans la grande bourgeoisie parisienne.
Afin de séduire son invité d'honneur – un puissant homme d'affaires étranger – la maîtresse de maison a convié ses amis les plus remarquables. Mais à la dernière minute, l'un d'entre eux se décommande : il n'y a plus que treize convives... Comme le dîner doit commencer à tout prix, la nouvelle «invitée» est choisie au mépris de la bienséance. Une véritable transgression. La quatorzième convive devient alors le grain de sable qui fait déraper la soirée. Pour l'émerveillement des uns, pour le désespoir des autres. Tout dîner est une aventure.

Lettre à Delacroix - Tahar Ben Jelloun

«Parce que vous êtes "le plus suggestif de tous les peintres", je pense pouvoir vous faire revenir au Maroc par la magie du verbe. Je vous imagine en ce début d'année 1832, jeune homme élégant et réservé, quitter votre atelier de la rue des Fossés-
Saint-Germain, laissant derrière vous une lumière retenue, empêchée par un ciel gris et bas d'éclater, une lumière brève et faible à laquelle les Parisiens finissent par s'habituer. Vous sortez de ce quartier et vous vous trouvez, quelques jours après, inondé par une lumière si vive, si pleine et même brutale que vous subissez un choc. Vous êtes à la fois en Méditerranée et face à l'océan Atlantique.» Tahar Ben Jelloun rend hommage à Eugène Delacroix, converti à la lumière lors de son voyage en Afrique du Nord. Mais au-delà du peintre génial, c'est la beauté de tout un pays qu'il célèbre : celle du Maroc.

La mort du papillon - Zelda et Scott Fitzgerald - Pietro Citati

Francis Scott Fitzgerald fut un grand explorateur de la fêlure de l'être. C'est cette fêlure qui parcourt le livre bref et intense que Pietro Citati consacre au romancier américain et à la coquette et fantasque Zelda Sayre qui devint son épouse en 1920, l'année même où Scott publiait L'envers du paradis. Si ce premier roman valut à
Fitzgerald une immédiate célébrité, son succès ne l'empêcha pas de deviner tout près de lui l'ombre de futures catastrophes. Il pressentait que l'euphorie des roaring twenties – cette «orgie la plus coûteuse de l'Histoire» – devait un jour prendre fin. Alors que Scott observait le monde à travers sa propre fêlure, Zelda ne révélait, en apparence, aucune faille. Leur amour les rapprochait passionnément l'un de l'autre. Comment en vinrent-ils à blesser cet amour, à le déchirer, avant même d'être submergés par la folie? Le couple ne comprit pas la raison du naufrage, pas même Fitzgerald qui représenta cette perte dans ses livres, car ses livres comprirent ce que lui ne comprit jamais. Tout en contant le pathétique destin de Scott et de Zelda, Pietro Citati évoque avec finesse et vivacité l'œuvre d'un écrivain plus sensible qu'aucun autre à la musique des choses perdues. Fitzgerald se glissait dans les interstices entre les choses. Ses mots avaient le pouvoir de rendre la réalité légère et transparente, même quand elle était faite de stridence, de tristesse et de douleur. Cette poignante légèreté qui traverse l'œuvre de Fitzgerald, Citati l'accueille dans son propre livre. Il fait place à ce très vif sentiment d'une vérité de la vie qui loge au secret du cœur, à la source du style, et qui ne pèse pas plus que la poussière des couleurs sur les ailes d'un papillon.

Beethoven avait un seizième de sang noir - Nadine Gordimer

«Jadis il y avait des Noirs, les pauvres diables, qui voulaient être blancs. Maintenant il y a un Blanc, pauvre diable, qui se revendique noir. Il s’agit du même secret.» Avec ces nouvelles publiées dans l’Afrique du Sud des années 2000, Nadine Gordimer explore les zones d’ombre de la comédie sociale. Un professeur d’université, ancien militant, décontenancé par les luttes de l’après-apartheid, part en quête des traces de son arrière-grand père, négociant en diamants. Une femme frivole manifeste contre toute attente des talents d’aventurière durant la Seconde Guerre mondiale. Un perroquet, aux allures inoffensives, devient la mémoire de l’histoire. Autant de secrets révélés, de souffrances qui prennent, sous la plume tchékhovienne de Nadine Gordimer, un caractère universel.