18 mars 2009

FAGIN, LE JUIF SELON DICKENS

  • Fagin le Juif - Will Eisner - Delcourt Éditions


Tous les inconditionnels de Dickens qui ont lu "Oliver Twist" se souviennent de l'ignoble Fagin, portrait-type du Juif cupide et avide de richesse, méchant comme une teigne et exploiteur d'orphelins. De créer - involontairement - un personnage aussi caricatural que Fagin le Juif allait marquer pour de nombreuses décennies l'esprit des lecteurs et laisser une image stéréotypée néfaste et persistante du Juif en général. Et chacun de se souvenir de la communication terrifiante faite cent ans plus tard par les nazis.

Will Eisner, maître incontesté de la bande dessinée mondiale, a voulu montrer - à travers "Fagin le Juif" - que rien ni personne ne peut être réduit à un simple cliché, qu'il est nécessaire et impératif d'aller au-delà des apparences pour tenter de comprendre les comportements et attitudes de chacun. Pour cela, l'auteur part sur les traces de la véritable histoire de Fagin, le Juif d'Oliver Twist.

Moses Fagin entreprend de raconter son existence à Charles Dickens alors que celui-ci vient de terminer "Oliver Twist". Fils d'immigrés juifs d'Europe Centrale,
l'Angleterre sera pour nombre d'entre eux une terre d'asile accueillante ayant déjà intégrée les Juifs séfarades espagnols et portugais. Malgré la pauvreté et les difficultés d'intégration, l'avenir s'annonçait prometteur. Celui de Moses Fagin commencera dans la rue comme les enfants de sa condition. C'est avec son propre père qu'il s'initiera au vol et à l'escroquerie. Adolescent, le jeune garçon ne rêvait que de s'insérer en allant dans une école anglaise. Au lieu de cela, il sera expédié chez le Rabbin Cohen qui se chargera de lui ôter ses illusions sur son devenir.

Très jeune, il perdra ses parents comme souvent chez les pauvres gens de cette triste époque. Le Rabbin Cohen - homme charitable - lui trouvera une bonne place chez Mr. Salomon, riche marchand juif de Londres. C'est l'occasion pour Moses Fagin de découvrir que l'intégration passe par le baptême et les alliances politiques et économiques dans les grandes familles de la communauté juive. Et pour faire évoluer les conditions de vie des Juifs Ashkénazes les plus pauvres, la subornation s'invitait aux négociations. Devenu adulte, il sera chassé de son emploi trouvé par son bienfaiteur pour avoir osé tomber amoureux d'une jeune fille de la bonne société juive anglaise.

C'est ainsi que Moses Fagin, élevé dans la rue, retournera à la rue. Obligé de vivre, sinon de survivre, il s'associera avec des voleurs et détrousseurs de riches anglais. Cela lui vaudra d'être expédié au bagne pour dix ans dans une colonie
anglaise des Antilles et y être réduit à l'esclavage. Volé, exploité par des personnages cupides, Fagin pourra finalement rentrer à Londres grâce à un honnête capitaine de port qui s'occupera de ses papiers.

Retour à Londres et aux bonnes vieilles habitudes d'escroc et autres attrape-nigauds. Plus âgé, moins naïf, Fagin s'associera avec une crapule, Sikes. Il acquiert, au fil des années, une réputation de spécialiste des arts de la rue, achetant et vendant tout ce qui lui tombait sous la main. Surtout, Moses Fagin deviendra le refuge des gamins pauvres et abandonnés dans la rue. C'est à cette période que sa vie croisera celle du petit Oliver Twist, né et élevé dans un hospice où la tendresse n'est pas la règle. Pour justifier sa place, Oliver Twist doit travailler jusqu'à épuisement. Plutôt qu'une vie de misère, il s'enfuiera pour Londres où le hasard - ou la prédestination - lui fera rencontrer Fagin. Devenu pickpocket par la force des événements, Oliver Twist sera récupéré par Mr. Brownlow qui le prendra sous sa protection. Mais Fagin et Sikes - homme brutal et dangereux - ne l'entendent pas de cette façon. Ils doivent le rattraper pour le remettre dans la rue.

Du fond de son cachot, attendant l'exécution de sa sentence, Moses Fagin contera à Charles Dickens la fin de l'aventure d'Oliver Twist, et lui démontrera qu'il n'y a pas une et unique vérité, mais des vérités, que rien n'est absolu ou définitif, que personne ne détient la vérité vraie, et qu'il est important de comprendre les choses avant de les ériger en grands principes. "Je suis Fagin, membre d'une race noble bien que dispersée ! Les juifs qui survivent, souvent contraints par les circonstances, dans des tanières immondes et confinées, et la misère et la crasse, dans la nuit londonienne ne sont pas devenus voleurs par choix !".

Avec "Fagin le Juif", Will Eisner décide de refaire le parcours de vie d'un individu que tout lecteur d'Oliver Twist s'est pris à détester tant il était avare, intéressé, brutal et inhumain envers les enfants démunis des rues. Dans cette bande dessinée - qui alterne les dessins et esquisses en noir et blanc au crayon à papier -, les dialogues sont riches, nombreux, clairs et explicites. Elle reprend la situation économique, politique et sociale du 19ème Siècle en Angleterre, pays de la liberté d'entreprendre et de s'enrichir, de la réussite sociale, mais aussi celui de la misère extrême et des corsets sociaux. En effet, il était inconcevable qu'un pauvre jeune homme et une jeune fille riche - ou inversement - puissent tomber amoureux et se marier. De même, les jeunes filles riches et juives ne pouvaient faire des mariages riches ou aristocratiques que si elles se convertissaient au protestantisme. De petits paragraphes entre les chapitres
synthétisent les situations et introduisent ainsi les thèmes abordés dans la bande dessinée. Une postface, écrite par Will Eisner, explique au lecteur les raisons qui l'ont poussé à réécrire cette partie d'Oliver Twist, et à tenter de rétablir - partiellement - une vérité plus conforme à la réalité de l'époque.

Au final, on sort de la lecture de "Fagin le Juif" avec une autre perception de ce personnage
caricatural et malmené par Charles Dickens dans "Oliver Twist", vision sans aucun doute différente, nuancée et plus tolérante. C'est une très belle bande dessinée qui - au-delà du classique de Charles Dickens - nous montre à voir une société de miséreux et misérables qui n'avaient d'autres choix pour s'en sortir que le vol, le recel, la prostitution ... ou la chance !

14 mars 2009

BASHUNG, SALUT L'ARTISTE

  • La nuit je mens - Alain Bashung - Fantaisie militaire


On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour a des murènes
J'ai fais l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née
A la station balnéaire
Tu t'es pas fait prier
J'étais gant de crin, geyser
Pour un peu, je trempais
Histoire d'eau

La nuit je mens
Je prends des trains
A travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains.

J'ai dans les bottes
Des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho.
J'ai fait la saison
Dans cette boite crânienne
Tes pensées, je les faisais miennes
T'accaparer, seulement t'accaparer
d'estrade en estrade
J'ai fait danser tant de malentendus
Des kilomètres de vie en rose
Un jour au cirque
Un autre a cherché à te plaire
dresseur de loulous
Dynamiteur d'aqueducs

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Effrontément

J'ai dans les bottes
Des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho.
On m'a vu dans le Vercors
Sauter à l'élastique
Voleur d'amphores
Au fond des criques
J'ai fait la cour à des murènes
J'ai fais l'amour
J'ai fait le mort
T'étais pas née
La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Je m'en lave les mains.

J'ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho.

La nuit je mens...


13 mars 2009

UN AMOUR SCARIFIE

  • La solitude des nombres premiers - Paolo Giordano - Seuil Éditions


"Alice imagina que ses doigts, puis ses bras et ses jambes bleuissaient. Elle pensa à son cœur qui battait de plus en plus fort, monopolisant le peu de chaleur qui lui restait. Elle deviendrait si raide que si un loup passait par là il lui suffirait de marcher sur son corps pour lui casser le bras. [...] Ses pensées étaient de plus en plus illogiques et de plus en plus circulaires. Lentement le soleil s'enfonça derrière le mont Chaberton comme si de rien n'était. L'ombre des montagnes s'étira sur Alice, et le brouillard noircit".

Alice et Mattia sont deux enfants pas tout à fait comme les autres. Alice et Mattia souffrent de la solitude des êtres à part. Alice refuse tout en bloc. Sa famille, les autres, elle, la vie. Mattia pâtit de sa sœur, Michela. Cette sœur différente, sa jumelle à qui il a tout pris in utero. Du moins, c'est ce qu'il a toujours entendu raconter autour de lui. Cette sœur qui est son sinistre prolongement, une autre part de lui-même et que tout le monde refuse d'avoir pour amie. Mattia se sent une obligation morale de porter ce fardeau, jusqu'au bout. Michela est sa croix, son double grimaçant, odieux, monstrueux. Michela est simple d'esprit. C'est Mattia qui
endure pour elle et lui l'ironie et la bêtise des autres enfants. Mattia n'en peut plus de Michela. Il la laissera un jour d'anniversaire dans un jardin public comme un oublie un objet sans intérêt ou un papier gras qui gêne. Il ne la reverra jamais plus. Sa disparition le fera basculer dans un autre monde, celui de la solitude, de la souffrance morale et de la culpabilité.

Alice est une jeune fille brisée par le manque d'amour filial, par son handicap. Parce que Alice boitera jusqu'à la fin de sa vie suite à un accident de ski. C'est son père qui voulait en faire une gagnante, une championne. Alice ne voulait rien. Elle n'aura rien. Elle n'a rien. Pas
d'amie, pas d'amoureux, pas de corps. Alice refuse de grandir, de s'alimenter, de vivre. Alice est anorexique.

Depuis la disparition tragique de Michela, Mattia est encore plus seul. Il voudrait mourir de cette solitude qu'il s'est créé, cette barrière
invisible qui l'empêche d'être comme les autres enfants de son âge, de communiquer. Si Michela était une handicapée mentale, Mattia est surdoué. Difficile, dès lors, de se sentir comme les autres, de s'intégrer au groupe. "Elle avait déclaré que Mattia avait un problème. Que Mattia était un enfant très intelligent, peut-être trop intelligent pour son âge. Puis elle avait invité ses camarades à l'épauler, à susciter ses confidences, à lui montrer qu'ils étaient ses amis. Mattia regardait ses pieds ; quand la maîtresse lui avait dit de prendre la parole, il avait enfin ouvert la bouche et demandé s'il pouvait regagner sa place".

Alice aimerait tant ressembler aux filles de son âge. Comme elles, Alice voudrait faire fondre les garçons d'un simple regard, avoir un tatouage énigmatique, être celle qui attise envies et jalousies de la part des autres, comme Viola Bai. A quinze ans, cette fille en a plus vu et vécu que l'ensemble des adolescentes du lycée. C'est à elle qu'Alice veut ressembler, s'identifier. Elle en rêve sans vraiment y croire parce que Viola Bai traîne derrière elle une réputation sulfureuse. C'est par son entremise qu'Alice et Mattia se rencontreront. "Alice sourit sans cesser de regarder le garçon à la main bandée. Il y avait quelque chose dans sa façon de baisser la tête qui lui donnait envie de s'approcher, de lui soulever le menton et de lui dire, regarde-moi, je suis là".

Alice croyant enfin son souhait d'adolescente normale exaucé, espère avoir trouvé en Mattia son double amoureux. A défaut d'un couple de tourtereaux adolescents, ils formeront un duo bancal entre amitié profonde et sentiments non consommés. Puis, de nouveau, l'entrée dans l'âge adulte, les choix d'études et de vie les sépareront provisoirement. Alice, tel un caprice d'enfant, voudra devenir photographe. Mattia et sa passion pour la rigueur mathématique, choisira de s'intéresser à l'arithmétique et à la fonction Zêta de Riemann. Bien sûr, de cette amitié amoureuse des sentiments naîtront, mal exprimés ou elliptiques. Mattia
partira à l'étranger fuir cet amour impossible avec Alice, se fuir aussi un peu et beaucoup le fantôme sa sœur, Michela. De son côté, Alice essaiera d'oublier Mattia, son enfance ravagée, son adolescence détruite dans les bras de Fabio. "Mattia. Voilà. Elle pensait souvent à lui. De nouveau. Il était une des maladies dont elle ne voulait pas guérir. On peut tomber malade d'un souvenir ; elle, elle était tombée malade de cet après-midi-là, dans la voiture, devant le parc, quand elle avait placé son visage devant le sien pour lui ôter de la vue ce lieu d'horreur".

On sort de la lecture de "La solitude des nombres premiers" avec un nœud dans l'estomac, presque une envie de vomir, tant l'existence d'Alice et de Mattia vous bouleverse. On les sent si fragiles face aux vicissitudes de la vie, si démunis devant leur triste expérience humaine que l'on a envie de les protéger, de leur venir en aide, de les soutenir. Parce que autour d'Alice et de Mattia, c'est tout un aréopage de personnages désabusés, clowns tristes, mythomanes, falsificateurs de la réalité qui gravite, les empêchant de vivre normalement, d'exister, d'être eux-mêmes, de se rencontrer. Alice et Mattia sont les deux facettes d'une même médaille, celle de l'enfance meurtrie, de l'adolescence sacrifiée, de l'adulte abdiqué. Leur incapacité
à communiquer, à s'avouer leur amour, à se dévoiler l'un l'autre et à laisser tomber le masque, les empêcheront de se retrouver pour vivre une histoire de couple, simple et belle. Dans une écriture âpre, sèche, nette et tranchante comme le scalpel d'un habile chirurgien, Paolo Giordano nous raconte la dérive de ses deux êtres faits l'un pour l'autre, mais qui ne feront que se croiser sans jamais oser s'arrêter de crainte de se dévoiler la réalité de leurs sentiments, de se laisser aller à vivre et à être.

Plusieurs avis sur ce roman, dont celui d'Aifelle, qui a été happée par cette lecture, même si elle a trouvé le ton de la narration sec, Cryssilda a aimé pour la pudeur des personnages, A girl from hearth a regretté l'absence de magie de la fiction, Yueyin l'a trouvé beau et triste à la fois, Hataway a trouvé ce roman touchant et réussi, pour Virginie cet ouvrage est beau et infiniment triste, Armande se souviendra longtemps de la fragilité des personnages. D'autres peut-être ... Faites-le moi savoir que je vous ajoute à la liste.

Et encore merci à Suzanne de
et aux éditions du Seuil pour cette belle découverte.

11 mars 2009

UNE HISTOIRE D'AMOUR ABRACADABRANTESQUE

  • La fille du professeur - Emmanuel Guibert / Joann Sfar - Expresso Dupuis Éditions


Imhotep et Liliane sont un couple d'amoureux dans le Londres de l'époque victorienne. Seulement, Imhotep IV est une momie qui a vécu sur les bords du Nil il y a quelques 30 siècles de cela et Liliane est la fille du professeur Bowell, célèbre égyptologue du British Museum. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que leur histoire d'amour n'est pas simple.

Imhotep est un personnage haut en couleur et pour le moins impétueux qui n'hésite pas à provoquer le commun des mortels après avoir avalé une simple tasse de thé. Il a pour bonne excuse de ne rien avoir eu dans l'estomac depuis plus de 30 siècles, et ce breuvage inoffensif le rend euphorique. Et lorsqu'il annonce au professeur Bowell qu'il veut épouser la belle Liliane, ce n'est pas pour réjouir le vénérable archéologue qui ne le voit pas sous cet œil. Pour lui, Imhotep n'est qu'un simple cadavre bien conservé - propriété du British Museum - juste bon à être exposé à public de curieux. Décidé à prendre Liliane pour épouse coûte que coûte et vaille que vaille, Imhotep l'enlève pour l'emmener au Caire - pays de ses origines - et en faire sa reine.

Et là, l'histoire se corse. Alors que nos deux tourtereaux désirent fuir Londres et son
brouillard pour l'Égypte et ses splendeurs, Liliane est soustraite par une seconde momie égyptienne qui a - elle aussi - connu en son temps le professeur Bowell lors de ses fouilles à Assouan. Entre-temps, Imhotep IV se cache chez Bartholomew Rodgers, antiquaire de son état qui l'aidera à échapper aux poursuites de Scotland Yard. De son côté, le professeur Bowell est fermement décidé à remettre la main sur la momie disparue, même si pour cela il doit examiner tous les embaumés du royaume. Imhotep IV fera tout pour retrouver sa belle fiancée et l'épouser, malgré les siècles qui les séparent et leur différence sociale. Il ne veut surtout pas commettre la même erreur faite dans sa vie antérieure. Surtout, en revenant parmi les vivants, il veut régler une (très) vieille affaire de famille avec son père, Imhotep III.

Toute l'histoire de "La fille du professeur" est une série de péripéties rocambolesques, drôle, pétrie d'humour dans le plus style british. Les personnages donnent le ton à cette superbe bande dessinée pour le moins originale dans le 9ème Art. Chacun d'eux est juste et finement travaillé. On y trouve la rigueur et la raideur anglaises chez le professeur Bowell, portrait-type du gentleman froid et distant qui a tendance à surprotéger sa fille Liliane en la laissant - volontairement -
dans l'ignorance de la vraie vie. Liliane, jeune fille élégante et un peu frivole, se révèle avoir un caractère bien trempé lorsque son père lui refuse le mariage avec sa momie amoureuse. On lui trouve même un petit air de Mary Poppins.

Dans cette BD à l'humour permanent et pince-sans-rire, on croise la reine Victoria, personnage hautain et détaché des événements qui sera prise en otage par Imhotep III - le père du jeune pharaon - et passée par-dessus un pont dans la Tamise pour avoir offensé le pharaon. Imhotep III et IV sont les personnages centraux de cette savoureuse bande dessinée. Ce sont eux qui lui donnent ce ton enjoué et facétieux par leur face à face constant. Imhotep III - le père - est devenu un vieux loup de mer, baroudeur et bagarreur qui n'hésite pas à exiger la main de la reine Victoria pour sauver son fils et Liliane de la Tour de Londres, alors que le fils est un être élégant et raffiné, parfait gentleman adapté à sa nouvelle existence. Les dialogues sont parfaits, plein d'ironie mordante, cynique à souhait. Tout au long de cette bande dessinée, on oscille entre poésie surréaliste, romantisme et onirisme.

"La fille du professeur" est une bande dessinée construite comme une pièce de Vaudeville avec son histoire d'amour absurde entre une jeune fille de la bonne
société londonienne et une momie libérée de son sarcophage. Et personne ne semble étonné de croiser celle-ci et ses bandelettes dans les rues de Londres. Dans cette BD très animée et aux multiples rebondissements, le lecteur retrouve l'atmosphère cocasse et burlesque des films muets de Buster Keaton. Les magnifiques dessins à l'aquarelle dans les tons de bleu profond, d'ocre et de sépia renforcent encore cette impression de vieux film qu'on ne se lasse jamais de voir et de revoir.

L'album a obtenu le prix René Goscinny du meilleur scénario et l'Alpha-art Coup de cœur du festival d'Angoulême à sa sortie.

C'est en allant sur le blog de Kalistina que j'ai eu envie de lire cette superbe BD et je ne le regrette absolument pas !