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23 juin 2011

L'ALLEMAGNE SELON ANNE-MARIE HIRSCH

"Extrait – Retour à Weimar – Anne-Marie Hirsch "



"Keyserling ouvrait d’étonnantes perspectives. Oui, affirmait-il, les Allemands sont un peuple introverti, de caractère féminin, marqué par le besoin primordiale de soumission, l’accent mis sur le ErLeben, la vie comme expérience intérieure … L’Allemand est tourné vers son moi. Et l’idée du peuple « troupeau » n’est qu’une apparence. L’Allemand est individualiste. Il cherche à admirer l’unique, le reflet de son idéal personnel dans un chef, un être d’exception …

Il est orienté vers « les choses de l’esprit », et s’imagine volontiers investi d’une mission. Mais la recherche lui importe davantage que les résultats pratiques … Chez lui, tout reste problématique. Il n’y a pas de clarté finale.

Pour Goethe, type même de l’Allemand, être homme signifie être insuffisant. Meurs et deviens, efforce-toi de progresser, de réunir dans une synthèse ta vie subjective et tes connaissances objectives …
"


"Au demeurant, le caractère ombrageux et tourmenté de Hanns, et celui, optimiste, de ma mère, n’étaient-ils pas comme le revers et l’avers de l’âme allemande ? Ne pouvait-on retrouver, dans ce contraste, la complémentarité et la dissemblance du Nord et du Sud de l’Allemagne ? Je me fais cette réflexion : que la lumière pâle et tamisée du Nord, qui crée des contours incertains, ne suscite chez les gens de ces contrées qu’une tendance au doute, à l’introspection, à l’éternelle interrogation : La lumière du Sud, par contre, nette et tranchante, accusant les lignes, les paysages, les silhouettes, éveillerait-elle une tendance à la spiritualité claire, affirmative et rationnelle ? Mais non ! Fallait-il être du Nord pour aimer Brahms ? Fallait-il être du Sud pour faire de Vivaldi son musicien de prédilection ? Cependant, cet argument ne valait rien ! La musique dépasse les nationalités, les frontières ! Je tournais et retournais ces pensées dans ma tête, en fille de Prussien, je m’obstinais, et je n’aboutissais nulle part …"

24 février 2011

JEUDI C’EST CITATION !

« Elle entend juste que c'est le plus beau jour de sa vie. C'est aujourd'hui que ça va arriver. Dix-sept ans le plus bel âge. L'âge pour ça. Viens, je connais un coin, l'entraînant par la main. Elle ne parlait pas sa langue, ni lui la sienne. Bien sûr il avait compris, tous les hommes du monde comprennent quand on leur dit ça. Il s'est laissé faire, tous les hommes du monde se laissent faire quand on leur dit ça. Aux lèvres, il avait le même sourire que celui qu'elle avait vu la première fois à la fontaine ».

« Elle savait plus comment elle avait fait pour qu'il la remarque. Elle avait fait ce qu'il fallait et ça avait marché. C'était arrivé. Exactement comme elle le voulait. Les rendez-vous, les baisers. Maladroits, fougueux au début. Sa langue allait vite, lentement, de nouveau vite. Elle aimait ça. Terriblement. La fougue puis la lenteur. C'est ça qu'elle aimait le plus, le changement de rythme. Ils s'étaient à peine cachés ».


« Dix-sept ans. Quand je viendrai vers toi il fera nuit car la nuit est le plus beau moment pour les amants. Car la nuit bruisse de mille microscopiques frissons, de mugissements infimes, de brins d'herbe luisant de petites vies, la nuit est animale plus animale que le jour ce sera la nuit mon amour que je viendrai vers toi. Et le noir sera l'écrin de ton souffle tiède sur moi sur ma nuque, la connaissance sera désormais au bout de mes doigts je perdrai toute autre forme de savoir. Je viendrai vers toi et déposerai à tes pieds mes doutes et mes certitudes il n'y aura plus ni passé ni avenir le temps s'arrêtera je ne saurai plus rien que cette seconde qui brûlera comme l'allumette frottée à la nuit. Tu ouvriras un à un les boutons de ma robe et je m'allongerai près de toi dans l'herbe et le vent de la nuit ».


« Ma science est au bout de mes doigts. Je peux, par exemple, mesurer le taux d'humidité des corps. Quand je touche les femmes je sens affleurer les rivières souterraines. Certaines en comptent plus que d'autres, leurs corps sont de lourdes fleurs tropicales ouvertes et humides ».


Chaque jour, Monika arrive la première à l'Institut de beauté. Elle est étrangère, d'origine polonaise, et n'aime pas cette ville impersonnelle et grise où elle travaille. Chaque jour, avant l'arrivée des clientes, elle pense avec nostalgie à son enfance, dans une ferme, dans un vrai pays, avant, avec de vraies saisons. Elle se souvient qu'avec sa sœur elles ne pensaient qu'à une seule chose : comment vient-on au monde ? Monika observe, écoute, juge parfois les femmes qu'elle voit défiler dans sa cabine. Toutes lui racontent des histoires, des plus anodines aux plus intimes. Alix qui ne veut pas d'un homme qui l'aime, Adèle une vieille femme qui a été tondue à la Libération, la femme du boucher, blanche, frileuse, si solitaire… Corps est un roman poétique. Loin des chairs lisses et insipides que la presse féminine jette en pâture à notre imaginaire, Fabienne Jacob fouille le corps des femmes. Voici un portrait sensible de la femme contemporaine ; entre enfance, âge de tous les possibles, et maturité, âge de quelques lucidités.


« Corps » - Fabienne Jacob – Buchet Chastel Éditions


27 janvier 2011

CITATION DU JEUDI SE POURSUIT !


« Pendant les années passées à préparer ce livre, je me suis souvent interrogé sur les difficultés que présente la compréhension de New York, et je suis parvenu à la conclusion que la raison principale tient au pouvoir symbolique que la ville a lentement acquis au cours des quatre siècles de son histoire et à la fascination qu'elle en est venue à exercer à travers le monde.

Car New York fascine : son énergie, ses hiéroglyphes que tracent ses tours et ses canyons à la surface de Manhattan, les cris et les bruits qui résonnent de la Batterie aux hauteurs de Harlem, son mouvement incessant qui anime la métropole tout entière en violentes contractions. Kaléidoscope infini d'images et de sensations, New York laisse songeur. C'est aussi une ville d'extrêmes – le tourbillon que décrit l'un le délire que diagnostique l'autre, la proclamation à la face du monde d'une modernité affirmée comme triomphante. New York n'est pas l'Amérique : elle en est une potentialité, la plus intense peut-être ».


« L'avenue du milieu, la Fifth Avenue, sert d'épine dorsale à cette sole gigantesque. D'un côté, c'est « west », de l'autre, c'est « east ». La première rue commence au sud, côté océan, la dernière est au nord, côté continent. Tout est réglé désormais » (Le Corbusier – 1930)


« Je n'ai jamais vu la baie de Naples, et par conséquent je ne puis faire de comparaison ; mais mon imagination ne saurait concevoir rien de plus beau en ce genre que le havre de New York. Les objets qui s'offrent à la vue de tous côtés sont aussi beaux que variés ; mais en les désignant on ne ferait qu'écrire une nomenclature de mots, sans donner la plus légère idée de cette scène. Je doute même que le pinceau de Turner pût y rendre justice, et la peindre avec la gloire et l'éclat qu'elle présentait à nos yeux. Nous semblions entrer dans le havre de New York sur des flots d'or liquide, et comme nous passions rapidement devant les îles couvertes de verdure qui s'élèvent de leur sein, comme des sentinelles gardant cette belle cité, le soleil couchant lançait à chaque instant ses rayons horizontaux de plus loin en plus loin, comme pour nous montrer quelque nouveau point du brillant paysage. Dans le fait, New York nous parut, même quand nous la vîmes sous un jour moins brillant, une belle et noble ville. […] Nul autre lieu ne jouit peut-être des mêmes avantages de situation. Placée sur une île qu'elle couvrira, je crois, un jour tout entière, elle s'élève, comme Venise, du sein de la mer, et comme cette reine des cités, dans les temps de sa gloire, elle reçoit le tribut de toutes les richesses de la terre ».

«C'est une torche, un phare, dont la flamme éclaire

Des hautes cités jumelles le port jeté dans l'air.

Dans ces yeux brille la promesse d'un destin.

Ses lèvres silencieuses hurlent dans le vent :

« Gardez, vieux pays, vos pompes, vos trésors !

A moi vos masses blotties ! L'air libre les attend !

Jetés par l'ouragan, elle arrive à bon port,

L'ordure misérable de vos rivages grouillants.

J'ai hissé mon fanal devant la porte d'or ».


« Dans l'immédiat, la haute torche de la Liberté ne proclame pas seulement au monde la générosité de l'hospitalité américaine, elle éclaire le spectacle de la puissance économique de New York, la vision de son entreprise commerciale, financière et industrielle sur le continent nord-américain et sur un avant-pays toujours plus vaste. La statue tourne le dos à la ville, pour mieux regarder vers le large ».


« Confondant leurs idiomes et leurs caractères originaux, se coudoient toutes les races du monde ; des Italiens et des Irlandais, des Espagnols et des Suédois, de maigres Égyptiens près de lourds Allemands, des enfants de moujiks se roulant dans la boue avec de petits nègres, des femmes venue des pays du soleil, enveloppées de loques de couleurs éclatantes, bleues, rouges, jaunes, vertes, causent sur les portes de boutiques que tiennent de noirs juifs hollandais ».


« Havre mythique de la liberté, porte de l'Amérique, banquière du continent, mosaïque de cultures, symbole des succès d'une superpuissance et des tensions qui la déchirent, New York est d'abord fille du capitalisme. Tôt devenue un paradis du commerce, elle vit au rythme de ses docks, de ses ateliers, de ses bureaux, et son dynamisme en fait la rivale de Londres dans la domination de l'économie mondiale. La métropole des rives de l'Hudson ne cesse de changer d'échelle. Les premiers gratte-ciel s'élèvent près de Wall Street à la fin du XIXe siècle, et la population double entre 1900 et 1940. Little Italy, le quartier juif du Lower East Side, Harlem : New York est en même temps une seconde Babel et Métropolis. Sa modernité ne tient pas seulement à ses paysages urbains, féeriques selon les uns, dantesques selon d'autres ; elle repose sur sa capacité à surmonter ses contradictions et à innover. Capitale de l'information, c'est elle qui invente l'industrie des loisirs, les théâtres de Broadway et les parcs d'attraction de Coney Island. Au cœur de l'avant-garde, haut lieu du jazz et des débats d'idées, elle accueille artistes et intellectuels du monde entier qui renforcent son magnétisme. Aujourd'hui centre de la culture planétaire et paradigme du rêve américain, elle continue à attirer de nouveaux immigrants. " New York n'est pas une ville finie, écrivait Le Corbusier, c'est une ville en devenir ».


Histoire de New York – François Weil – Fayard Editions

2 décembre 2010

CITATION DU JEUDI !

« Nous sommes les confidents non seulement des avariés et des éclopés de toute espèce mais aussi des inquiets, des agités, des désespérés. Le pauvre, l'abandonné sentent qu'ils peuvent se confier à nous puisque nous sommes souvent seuls à les consoler ».

« Manet et le tueur, deux facettes d'une même médaille, le génie lumineux d'un côté, son reflet obscur de l'autre, le soleil noir. Manet invisible (puisque mort) mais omniprésent, après lequel court le tueur, lui aussi pour l'instant, en tout cas, encore invisible. Dans une course-poursuite forcément perdue d'avance, il jalonne son parcours de victimes innocentes chacune utilisée comme un objet pour servir ses desseins … ».

« Victorine, l'entendit-il prononcer d'une voix faible après un silence de mort. Un jour elle est venue chercher des couleurs. Je l'ai reconnue parce qu'elle ressemblait à celle du « Chemin de fer » … Curieux comme à chaque fois Manet l'a représentée avec une tête différente. Et pourtant on la reconnaissait. Quel tempérament … Cette longue collaboration entre le peintre et son modèle ressemblait à s'y méprendre à une histoire d'amour ».


10 AVRIL 1885. Dans une bastide d'Aix-en-Provence, la gendarmerie découvre une reconstitution macabre du Déjeuner sur l'herbe, le célèbre tableau de Manet, réalisée avec des cadavres. A Paris, le jeune Dr Corbel lutte chaque jour contre la syphilis et les maladies pulmonaires au chevet des laissés-pour-compte. Mais son destin va basculer avec l'apparition dans son cabinet de l'envoûtante Obscura, échappée de l'enfer des maisons closes, qu'un client avait fait poser quelques mois plus tôt telle Olympia, autre sulfureuse œuvre de Manet... Une fresque policière, autour d'un des tableaux les plus scandaleux de l'histoire. Mais surtout un formidable roman à climat qui nous plonge au cœur du XIXe siècle, des sommets de la société à ses bas-fonds, de l'exubérance de la nuit à la sérénité d'un atelier de peinture, des balbutiements de la médecine légale aux vertiges de la clinique du Dr Blanche, génial aliéniste et grand amateur de peinture. Car ne faut-il pas avoir perdu la raison pour considérer la mort comme une œuvre d'art ?


Obscura – Régis Descott – JC Lattès Éditions


21 octobre 2010

JEUDI, C’EST CITATION !


« Nos yeux se remplissent peu à peu de teintes douces qui correspondent aux suaves modulations saisies par le sens auditif. Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l'azur de la nuit transparente. Des nuages légers prennent toutes les formes de la fantaisie ; ils remplissent le ciel ; ils viennent se presser autour de la lune qui leur jette de grands disques d'opale et réveille la couleur endormie. Nous rêvons d'une nuit d'été. Nous attendons le rossignol ».

« Écoutez comme il rêve, comme il pleure, comme il chante avec douceur, tendresse et mélancolie ; comme il exprime parfaitement tous les sentiments les plus tendres et les plus élevés / … / On peut dire que Chopin est le créateur d'une école de piano et d'une école de composition ».

« Chopin a passé parmi nous comme un fantôme … ». (Franz Liszt)

« Un poète des mondes intérieurs, de l'au-delà des notes, du chant de l'âme profonde qui en font l'héritier de Mozart et le précurseur de Debussy ». (Jean-Jacques Eigeldinger – Biographe de Frédéric Chopin)

« Ses phrases musicales sont si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de leur direction de départ, bien loin du point où on avait pu espérer qu'atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet écart de fantaisie que pour revenir plus délibérément, d'un retour plus prémédité, avec plus de précision, comme sur un cristal qui résonnerait jusqu'à faire crier, vous frapper au cœur ». (Marcel Proust)


Qui, en pensant au piano, ne songe d'abord à Frédéric Chopin ? Enfant précoce, pianiste virtuose tôt reconnu, il puisa dans la matière brute de la musique populaire de son pays pour la sublimer en un art novateur et singulier. C'est en explorateur de toutes ces ressources, plutôt qu'en interprète étincelant de sa seule virtuosité, que Chopin réussit à en extraire une œuvre musicale originale et forte.

Il traversa son époque, tel un météore, rencontrant les grands artistes romantiques de son temps, en apportant sa contribution à ce courant dont il fût un des porte-parole. Il laissa une œuvre musicale riche et multiforme, surtout pour son instrument de prédilection, le piano, et influença bien d'autres compositeurs tels que Bedrich Smetana, Antonin Dvorak, Béla Bartok, ou encore Zoltan Kodaly.


« Frédéric Chopin – L'âme du piano » - Claude Clément – Éditions du Jasmin

23 septembre 2010

JEUDI, C’EST CITATION !

« Innocent que j'étais, de n'avoir pas compris que les monstres servent d'exutoire au sadisme larvé des « honnêtes gens » !... ».

« Mais qu'est-ce que l'objectivité ?

Et doit-on, au nom de l'objectivité, rester constamment dans un scepticisme prudent et supérieur qui permet de distribuer les blâmes sans se mouiller ? Je n'en sais rien non plus ! ».


En 1952, Jean Meckert est envoyé à Lurs pour le journal France Dimanche pour couvrir ce qui deviendra un des faits divers les plus retentissants du siècle : l'affaire Dominici. Deux ans plus tard, Meckert revient sur cette expérience et examine le rôle tenu par les médias dans le développement de l'affaire. Entre faits bruts et récits à scandale, il tente d'analyser le travail de journaliste et livre son propre point de vue sur des faits qui, cinquante ans plus tard, continuent de susciter des commentaires et d'alimenter des fictions.


La tragédie de Lurs – Jean Meckert – Joëlle Losfeld Editions

26 août 2010

LIBRE DE PENSER ET D’ETRE

« Ce que chacun de nous doit respecter, c'est l'être humain en tant qu'individu libre de penser et de vivre sa vie comme il l'entend, hors de toute contrainte ».


" Mais qu'est-ce que c'est que porter le voile, habiter un corps voilé ? Que signifie être condamnée à l'enfermement dans un corps voilé puisque féminin ? Pourquoi voile-t-on les filles, seulement les filles ? Pourquoi cache-t-on leur corps, leur chevelure ? Qui a le droit d'en parler ? J'ai porté dix ans le voile. C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle. "



Bas les voiles ! – Chahdortt Djavann – Folio n°4332