18 juin 2010

MARIE AUX CENT VISAGES

  • Marie-Claude Vaillant Couturier - Un pas, encore un pas


J'ai l'ai déjà dit et écrit, mais je récidive une fois encore. J'ai de l'admiration pour toutes ces femmes - les connues et les inconnues - qui se sont battues sur tous les fronts pour s'imposer en tant que telles. Indépendantes, fortes et fragiles à la fois, elles ont prouvé qu'elles savaient faire aussi bien que les hommes, qu'elles étaient leurs égales. Certaines ont souvent payé cher leurs engagements politiques, sociaux, moraux ou religieux, parfois de leur vie. Parmi ces femmes, une dont je voudrais vous entretenir a été tout à la fois militante communiste, reporter-photographe, résistante et déportée, témoin capital au procès de Nuremberg en 1946, élue parlementaire dès 1946, enfin vice-présidente - par deux fois - de l'Assemblée Nationale et commandeur de la Légion d'Honneur en 1995. Et comme toujours, rien ou presque ne prédestinait Marie-Claude Vaillant Couturier à devenir cette femme engagée sur tous les fronts et dans toutes les grandes causes de son siècle.

Née Vogel, son père - Lucien Vogel - est un éditeur, et par n'importe qui, puisque c'est le créateur du journal Vu en 1928. Ce magazine a été le premier à laisser une large place à l'illustration photographique. Sa mère - Cosette de Brunhoff - n'est autre que la sœur de l'inventeur de Babar. Débutant comme chroniqueuse de mode, la jeune Marie-Claude Vogel deviendra très vite une des rares femmes reporter-photographe à une époque où cette profession se déclinait au masculin.
Surnommée la dame au Rolleiflex par l'équipe de Vu, elle est désignée pour réaliser un reportage sur la montée du nazisme en Allemagne en 1933. Marie-Claude réalise clandestinement des clichés sur les premiers camps de concentration du nouveau régime - Oranienburg et Dachau - où sont enfermés les opposants. De ce reportage, il ne restera que quelques photos éparses ; les nazis ayant détruit ses archives pendant la guerre. De même, Marie-Claude Vaillant Couturier effectuera quelques reportages pour le magazine Regards, dont un sur les Brigades Internationales.

En 1934, elle adhère à la Jeunesse Communiste et fondera - en 1936 - les Jeunes Filles de France avec d'autres militantes, dont Danielle Casanova. 1934 est aussi la rencontre avec celui dont elle portera toujours le nom, Paul Vaillant Couturier. Fondateur de l'Association Républicaine des Anciens Combattants, député communiste, rédacteur en chef de l'Humanité, artiste,
écrivain, poète qui disparaîtra subitement et précocement en 1937. Marie-Claude Vaillant Couturier prendra alors la responsabilité du service photo de l'Humanité.

1939 arrive et le gouvernement français contraint le parti communiste à la
clandestinité et à l'interdiction de son journal. Qu'à cela ne tienne, Marie-Claude Vaillant Couturier change d'activités et s'adapte aux nouvelles contraintes. Elle sera chargée de la solidarité aux familles de prisonniers. Immédiatement engagée dans la Résistance, elle participe à des publications clandestines : tracts, pamphlets, parution de l'Humanité dans la clandestinité. Mais elle ne se contente pas de cela, en assurant la liaison entre le Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France et les Francs Tireurs et Partisans de France (FTPF). Elle ira jusqu'à transporter des explosifs. Comme tous ces hommes et ces femmes passionnés et engagés dans des causes justes mais traqués, pourchassés, recherchés, Marie-Claude Vaillant Couturier sera arrêtée le 9 février 1942, lors d'une rafle contre le parti communiste clandestin. Ses compagnons arrêtés avec elle seront fusillés par les nazis. Elle restera cinq mois au secret à la prison de la Santé, avant d'être transférée au Fort de Romainville, jusqu'à son départ en déportation, le 24 janvier 1943.

Marie-Claude Vaillant Couturier et ses compagne de souffrances, de douleurs, de malheurs - dont Danielle Casanova, son amie des Jeunesses Communistes - feront partie du convoi des 31 000. Singulier et atypique, ce convoi sera le premier composé de femmes déportées politiques, résistantes et non-juives, envoyées à Birkenau. Elles seront 230 détenues à entonner La Marseillaise en entrant dans le camp. Elle y restera dix-huit mois, témoin oculaire du génocide des Juifs et des Tziganes. Elle participera au comité clandestin international de la résistance du camp. En août 1944, elle est transférée à Ravensbrück. Ce camp sera libéré le 30 avril 1945 par l'Armée Rouge. Marie-Claude Vaillant Couturier ne rentrera en France que le 25 juin 1945, préférant se consacrer à ses camarades malades, affaiblis, en attente de rapatriement. Toujours, Marie-Claude Vaillant Couturier sera celle qui soutient, encourage, aide, maintient
l'espoir en la victoire finale. Et ce, dans chaque camp. Pour maintenir le moral des déportées, elle diffusait les informations recueillies auprès de celles travaillant pour l'administration des camps. Ainsi, elles apprendront le 6 juin 1944 le débarquement Alliés en Normandie, et - plus tard - la libération de Paris.

Revenue en France, Marie-CLaude Vaillant Couturier n'arrête pas pour autant son combat. Elle est élue en 1946 députée de la Seine et siège à l'Assemblée Consultative Provisoire. La même année, se tient le procès de Nuremberg. Son témoignage restera dans l'histoire pour sa valeur et sa sobriété. Elle sera la porte-parole du calvaire de
tous les déportés. Néanmoins, elle reviendra de ce procès insatisfaite par l'absence des dirigeants de Krupp, Siemens, IG Farben sur le banc des accusés. Toujours en 1946, elle défendra - devant l'Assemblée Nationale - la notion d'imprescriptibilité de crimes contre l'Humanité, ouvrant la voie à la ratification par la France de cette Convention de l'ONU en 1964.

Tout au long de sa mandature législative, Marie-Claude Vaillant Couturier proposera des lois sur la majorité électorale à 18 ans, sur l'égalité des salaires entre hommes et femmes, ou encore pour alléger les procédures d'adoption. Elle n'aura de cesse de défendre la cause des handicapés, des drogués, des familles en difficulté.
Geneviève Anthonioz De Gaulle - autre déportée de Ravensbrück - dira d'elle "Je connais peu de femmes aussi courageuses que Marie-Claude, qui a toujours donné le sentiment que sa propre vie n'était rien sinon d'être au service de ses camarades". Cette phrase résume, à elle seule, ce qu'a pu être la vie et l'engagement de Marie-Claude Vaillant Couturier.





Par cette modeste contribution personnelle commence, sur ce blog, une série de billets, notes et photos relatifs au 70e Anniversaire de la 2ème Guerre Mondiale. Je reviens ainsi à ma passion d'origine, l'Histoire en général, et celle du second conflit mondial, en particulier. Je vous rassure, il n'y aura pas que cela. Seulement quelques lectures ou présentations au fil du temps pour remettre en mémoire les petits et grands événements de cette période grise. La grande majorité de mes écrits continueront de parler de livres divers et variés.

14 commentaires:

Mango a dit…

Ce que tu dis dans ton blog-it me fait plaisir! j'aime bien ton nouveau blog! Quant à ton billet, tout simplement bravo pour ta première contribution à cette période de l'histoire: il y a là de belles figures de femmes!

Anonyme a dit…

Bonjour,

Bravo pour ce très beau portrait de femme. Je suis très heureuse de lire que celui-ci est le premier d'une serie consacrée au 2nd conflit mondial, période qui me passionne également.

J'attends vos prochains billets av impatience. Merci et Bravo.

Jeanne.

Ys a dit…

Belle présentation, merci, je ne connais ce nom que par les nombreuses rues Paul Vaillant Couturier (ça fait léger...). Ça a changé ici, c'est beau !

Nanne a dit…

@ Mango : Merci pour tout ! Je me sens légère comme une bulle de champagne depuis que j'ai pris toutes ces décisions personnelles et professionnelles ... Ce fût difficile, mais salvateur ;-D Ce petit billet n'est que le premier d'une longue série où je mettrai les femmes à l'honneur pour leur engagement et leur courage. On l'oublie parfois, mais elles ont joué un rôle important et les jeunes doivent le savoir !

@ Jeanne : Si vous aimez l'Histoire de la 2e GM, je vais présenter une série de billets sur des ouvrages et des personnages en fonction de la période ... Il y a beaucoup de travail, mais cela va être passionnant pour ceux qui s'intéressent à cette période !

@ Ys : Tout la déco a changé et moi avec ;-D Je te rassure de suite, je pense que beaucoup connaissait Paul Vaillant Couturier, mais pas sa femme ... C'était une époque où les hommes avaient la primauté sur les femmes !

Dominique a dit…

Comme toi Nanne j'aime ces destins de femme hors du commun même si on ne partage pas nécessairement le type d'engagement on reste très admirative de la noblesse militante, de la ferveur de l'engagement et de la dignité dsns les épreuves

sybilline a dit…

Quelle femme admirable de courage, de générosité, de dévouement et d'intelligence!!
J'en reste sans voix, profondément touchée...

Je me réjouis de lire que tu as trouvé un chemin de lumière dans ta vie, Nanne :)

Manu a dit…

Quelle belle leçon de courage pour nous toutes !

Nanne a dit…

@ Dominique : Je suis admirative devant toutes ces femmes qui ont mis leur vie personnelle entre parenthèses pour se consacrer à la lutte pour la Liberté ... Je comprends que certaines personnes ne soient pas d'accord avec cela, mais elles restent un exemple de courage, de force morale et de dignité exemplaires ! Je crois qu'il est nécessaire de s'en souvenir ...

@ Sybilline : C'est effectivement une personne a donné d'elle-même et qui s'est dévouée pour les autres durant toute sa vie ... Elle aurait pu rester dans son coin et vivre tranquillement. Elle a préféré l'engagement et la lutte pour la Liberté. On doit beaucoup à des personnes comme elle !

@ Manu : C'est effectivement une magnifique leçon de courage et d'abnégation que son engagement ... Elle n'a pas été la seule, mais c'est elle qui a témoigné pour ses consœurs à Nuremberg !

Anjelica a dit…

Comme toi, je partage un sentiment de grandes admirations pour toutes ces femmes qui ont lutté pour notre liberté, pour notre indépendance, pour nos droits. Et j'enrage quelquefois de constater que certaines libertés arrachées de haute lutte soient foulés au pied sans qu'on réagisse ! Je m'inquiète aussi de me rendre compte que les jeunes filles d'aujourd'hui n'ont pas forcément conscience que la lutte n'est pas finie et qu'il en faut peu pour revenir en arrière !!!
Très beau billet, Nanne, en l'honneur de cette dame.
Je partage aussi avec toi, une grand intérêt à cette page de notre histoire.

Cynthia a dit…

Il y a tout de même quelque chose d'étrange dans la façon de parler de cette femme, une froideur que je ne m'explique pas, comme si elle récitait un texte. Ou juste un problème d'élocution?

Désolée pour l'apparente légereté de ma remarque mais en lisant ton portrait, je me l'imaginais en témoin beaucoup plus ému...

Cynthia a dit…

PS : Bravo pour le relooking du blog, il est super comme ça, ne change plus rien !

Nanne a dit…

@ Anjelica : Merci pour ton commentaire riche et très intéressant. C'est vrai que beaucoup de jeunes femmes et d'adolescentes n'ont pas conscience des luttes de leurs aînées pour obtenir ce qu'elles ont comme un droit presque naturel ! Il est regrettable que peu d'entre elles connaissent le nom de ces personnes et leurs engagements au nom de la parité. On leur doit tout, ou presque, notamment le droit de vote et notre indépendance financière. Ce sont des femmes - connues ou inconnues - qui méritent notre respect et que l'on ne doit pas oublier. C'est pour cela que j'ai choisi de commencer cette (longue) série de billets par cette figure de la Résistance féminine.

@ Cynthia : En fait, ce qui s'est passé, c'est que Marie-Claude Vaillant Couturier a voulu témoigner à Nuremberg pour l'ensemble de ses camarades d'infortune et pas uniquement de ce qu'elle a vu et vécu. Un peu comme pour "Si c'est un homme" de Primo Levi, le témoignage est très distancié, très froid, impartial. Les minutes de son intervention sont à lire, parce que l'on ressent de façon prégnante ce recul. Ce qui est exceptionnel, vu que le témoignage date de 1946, alors qu'elle avait été libérée en juillet 1945.

@ Cynthia : Promis, juré, je ne change plus mon design ! Je l'aime trop comme il est ...

Cynthia a dit…

Merci pour tes éclaircissements Nanne ;)

Nanne a dit…

@ Cynthia : C'est toujours un plaisir de pouvoir donner des informations pour mieux comprendre certains comportements ou événements ...