- Le Guépard - Giuseppe Tomasi di Lampedusa (Point Seuil)
Autant l'avouer dès le début, je me sentirai en règle avec ma conscience, j'avais beaucoup de crainte à commencer "Le Guépard". Pour comprendre cela, il faut reconnaître - qu'à ma grande honte - je me suis toujours endormie devant le film, splendide, de Luchino Visconti. Et pourtant j'adore ce réalisateur italien. Je ne connaîtrai jamais la fin - ni même le milieu - de ce chef d'œuvre du cinéma. Tout cela parce qu'il me semble que le film manque de dynamisme, d'action. Aussi, pour le livre, même combat. Et force est de constater que "Le Guépard" de Lampedusa est un livre magnifique, certes, mais ... quelque peu statique.
Lorsque les troupes garibaldiennes débarquent en Sicile et déstabilisent le trône et ses fidèles, cela ne perturbe pas outre mesure le prince Fabrice de Salina, savant mélange d'aristocrate sicilien mâtiné de gènes germaniques. "Son tempérament autoritaire, sa raideur morale, sa propension aux idées abstraites, rencontrant la mollesse de la société parlimertaine, s'étaient mués respectivement en caprices tyranniques, en cas de conscience perpétuel, en mépris pour ses parents et amis qui lui semblaient voguer à la dérive le long des lents méandres du pragmatisme sicilien".
Plus intéressé par l'astrologie et ses secrets que par les intrigues de la cour qu'il
méprise, Don Salina et sa famille jouit d'un immense prestige sur ses terres héréditaires et auprès de ses métayers. Mais lorsque des mouvements insurrectionnels s'amorcent, c'est surtout pour faire évoluer la société et ses mentalités féodales. Et s'il est des prérogatives qui sont périssables, ce sont bien celles de la noblesse.
Si ces changements amusent Don Salina qui s'en accommode malgré tout, son neveu, Tancrède Falconeri est bien décidé à prendre le bon parti, celui de la révolution en marche. Noble désargenté, Tancrède est prêt à beaucoup pour redorer son blason, même à épouser une belle et riche jeune fille de parvenu. C'est Angélique, fille de Don Calojero, qui lui permettra de réaliser son rêve. "Tancrède s'abandonnait à de longues considérations sur l'opportunité, mieux : sur la nécessité d'unions entre des familles celle des Falconeri et celle des Sedara [...] ; on devait les encourager pour l'apport de sang nouveau qu'elles transmettaient aux vieilles souches, et parce qu'elles concouraient à niveler les classes sociales, ce qui était présentement l'un des buts du mouvement politique italien".
Le propre des révolutions est de renverser non seulement le pouvoir en place, mais de le faire changer de mains. Dans "Le Guépard", on assiste à la chute des grandes familles de Sicile telle la maison Salina et à l'ascension d'opportunistes, tel Don Calojero. Évidemment, la chute des privilèges et du prestige des Salina est lente, mais elle est sûre et inexorable. On a conscience qu'avec la
disparition du prince Fabrice Salina, on vit les dernières heures de la tradition aristocratique en Italie.
"Le Guépard" est un livre magnifique à l'écriture élégante, délicate et savoureuse, un classique de la littérature italienne que je ne regrette pas d'avoir lu. Il fait revivre au lecteur les grandes heures de l'Italie et son passage d'une société féodale et religieuse à une société moderne et démocratique avec tout ce que cela implique de renoncements, de trahisons, de mésalliances, de reniements et de violences larvées. "Nous fûmes les Guépards, les Lions : ceux qui nous succèderont seront les Chacals, les Hyènes. Et tous tant que nous sommes, Guépards, Chacals, Brebis, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre".
L'avis de Wictoria ... Je n'en n'ai pas trouvé d'autres ! Dans le cas contraire, merci de vous faire connaître dans un commentaire.