9 octobre 2009

ET DE TROIS !





Déjà trois ans ! Trois ans que ce blog existe, que je l'alimente de quelques billets sur mes lectures et de photos prises ici ou là, lors de mes balades.

Trois ans qu'il vit grâce à vous, à vos commentaires, à vos idées de lecture (et les tentations qui vont avec, particulièrement depuis mon objectif PAL !), à votre passage discret tout simplement.

En le commençant, je n'avais pas imaginé qu'il durerait aussi longtemps ! Je m'en étonne même quelque fois. Je me suis prise au jeu et au plaisir de partager, d'échanger et de découvrir des auteurs et des livres que je n'aurais sans doute jamais lus autrement. Surtout, je prends encore plus de plaisir à venir vous lire (même si, parfois, je manque cruellement de temps), et à partir à la rencontre de nouveaux blogs de lecture, de photos et d'autres petites merveilles.

Depuis, je me dis que ce blog risque de durer encore un bout de temps, tout simplement parce que j'ai une PAL absolument gigantesque, que je veux en venir à bout (je sais, je rêve, mais ça fait du bien) et que j'ai encore et toujours l'envie de vous lire et de partir à votre rencontre !

Donc, en route pour une quatrième année de blog ...

8 octobre 2009

L'OEIL DU DRAGON MIROIR

  • Eon et le douzième dragon - Alison Goodman - La Table Ronde Éditions


"Personne ne sait comment les premiers Yeux du dragon conclurent leur marché périlleux avec les douze dragons énergétiques de la chance. Les rares écrits et poèmes ayant traversé les siècles commencent l'histoire bien après que l'homme et l'esprit animal eurent fait un pacte pour protéger notre pays. Cependant, on dit qu'il existe encore un livre noir qui raconte les débuts violents de l'antique alliance et lui prédit une fin catastrophique. Les dragons sont des êtres élémentaires, capables de manipuler le hua, l'énergie naturelle en toute chose. Chaque dragon est en phase avec l'un des Animaux célestes du cycle de puissance de douze années, lequel se déroule en respectant le même ordre depuis l'origine du temps : Rat, bœuf, Tigre, Lapin, Dragon, Serpent, Cheval, Chèvre, Singe, Coq, Chien et Porc. Les dragons sont également les gardiens des douze Directions du Ciel et les garants des douze Vertus Supérieures".

Eon se prépare pour la cérémonie qui doit permettre à un jeune garçon de douze ans de devenir le prochain apprenti du dragon Rat. Pour rien au monde Eon laisserait passer cette opportunité de pouvoir - enfin - devenir quelqu'un. Car c'est un immense privilège que d'être choisi pour cette fonction suprême. Et cela étonne déjà Eon d'avoir été repéré alors qu'il est lourdement handicapé par sa hanche qui le fait atrocement souffrir. Sa cote auprès des parieurs était de un contre mille. Autant dire sans aucune possibilité d'accéder à son rêve. Et pourtant, Eon est parmi les douze privilégiés qui se préparent à cette charge. Il sait qu'il n'a pas d'autres choix que de réussir pour aider son seigneur - Heuris Brannon -, ancien Œil du dragon Tigre, qui sera ruiné en cas d'échec de la part de Eon. D'ailleurs, dans la demeure de son maître, tous les serviteurs le savent et forment deux clans bien distincts. Et celui-ci avait tout de même consenti à entraîner Eon malgré les risques financiers qu'il prenait parce que le jeune garçon possédait un don unique, celui de voir tous les dragons. Prédisposition qui était la primauté des garçons. Parce que Eon se prénomme en réalité Eona et qu'elle détient un pouvoir bien supérieur à celui d'un garçon de son âge. "- J'ignore pourquoi tu as le don de voir les dragons, Eon. Ce doit être la volonté des dieux. Comment expliquer autrement l'impulsion qui m'a poussé à mettre à l'épreuve une fille en cherchant un candidat ? C'est absolument contre nature. Il secoua la tête. Je savais qu'il avait raison. Les femmes n'avaient aucun pouvoir. Ou, du moins, leur seul pouvoir résidait dans la beauté de leur corps. Il n'était pas le fruit de leur courage, et encore moins de leur esprit. - Cependant, ton pouvoir est plus grand que celui de tous les Yeux du dragon réunis, poursuivit-il. Et demain, le dragon Rat sera attiré par ce pouvoir".

Pour parer le mauvais œil et éviter ainsi une catastrophe lorsque Eon ne sera plus sous la protection tutélaire de son maître, celui-ci l'avait enregistré auprès du Conseil des Yeux du dragon en tant qu'Homme de l'Ombre. Ainsi, aux yeux de tous, Eon devenait un eunuque châtré avant l'âge de dix ans, ce qui lui donnait cette voix fluette et ce corps efféminé. Il pourrait mettre en avant son statut d'Ombre et son infirmité pour éviter de se dénuder, car si quelqu'un venait à découvrir sa véritable
nature, Eon serait assassiné ainsi que son protecteur, Heuris Brannon. Cependant, celui-ci a une crainte pire que celle de la véritable origine de Eon. Il redoute Sire Ido, actuel Œil du dragon, homme perfide et prêt à tout pour conserver le pouvoir acquis par cette fonction prestigieuse. Et pour asseoir sa situation, Sire ido veut imposer le futur apprenti aux membres du Conseil des Yeux du dragon et influencer le dragon Rat dans son choix. Pour cela, il s'adjoindra la complicité de Ranne, le maître d'armes qui a entraîné les candidats.

Grâce à ses qualités exceptionnelles et malgré son invalidité, Eon sera choisi et introduit à la cour impériale pour devenir non pas un simple apprenti, mais un Œil du dragon à part entière, parce qu'il a réveillé le dragon Miroir, absent des rites depuis de nombreux siècles. Dès lors, Eon devra faire face à la haine du seigneur Ido et du Grand Seigneur Sethon, noble frère de l'empereur qui - tous deux - briguent le pouvoir suprême.

En recevant "Eon et le douzième dragon" de Alison Goodman, je craignais cette lecture, étant peu - voire même pas du tout - une adepte des romans de fantasy. Heureusement, j'avais lu plusieurs billets titillant ma grande curiosité. Et je crois bien que celle-ci a - de nouveau - été payante. Tout simplement parce que la lecture de ce roman est très éloigné de ce que je pouvais imaginer. De la fantasy, il n'y a que la légende des dragons énergétiques et une chine mythique que l'on pourrait aisément replacer au 18ème ou 19ème Siècles. Hormis cela, c'est plutôt eu l'impression de lire une histoire de seigneurs chinois en quête de souveraineté, un roman de cape et d'épées dont le décor serait transposé dans l'empire de Chine. Alison Goodman a su mélanger subtilement imagination et réalité, légende et tradition historique. Dans ce roman foisonnant, on a le sentiment de revivre la cour millénaire des empereurs de Chine, descendants des dragons, et d'approcher le quotidien de celle-ci entre obligations rituelles et intrigues de palais. Dans une débauche de détails, la romancière nous raconte l'existence de cette assemblée où se mêlent les eunuques chargés des tâches journalières, les favorites et les concubines dans le harem, les seigneurs Yeux du dragon représentant chacun une énergie vitale et une qualité nécessaires au bon fonctionnement du pays et se
livrant une lutte interne pour l'hégémonie. Elle nous décrit avec force détails la beauté et le luxe des décors et des vêtements de cour, ce qui donne une sensation de véracité historique à ce récit où se mêlent à la fois le fantastique et la magie. Dès lors, impossible de faire l'impasse sur la célèbre légende du Chevalier d'Eon en lisant "Eon et le douzième dragon". Mais par-delà cette quête de la domination, on ne peut s'empêcher de percevoir l'éloge de la différence. De Eon, qui masque sa féminité en usant d'artifices et de drogues à Chart, son ami infirme et refoulé de partout parce qu'apportant le malheur et la peine, à Dame Dela, Contraire - homme travesti en femme -, chaque personnage porte en lui le poids d'une handicap physique ou psychologique qu'il doit dépasser pour être accepté par les autres. En bref, "Eon et le douzième dragon" est un roman haletant, captivant que l'on ne lâche plus une fois commencer la lecture, même si on déplore quelques longueurs qui ne gâchent par pour autant le plaisir d'une telle lecture. A mettre entre toutes les mains, des ados aux adultes !

Merci à BoB, sans qui je n'aurais pas lu cette petite merveille. J'attends la suite avec impatience. Elle est prévue pour 2010 !

Beaucoup ont déjà chroniqué ce roman, dont Clarabel moyennement enthousiaste, Lael, captivée, Karine:), emballée, Herisson08 et Tiphanya, un coup de cœur, Ankya et Choco, impatientes de lire la suite, Esmeralda, attachant, Chiffonnette, longuet mais passionnant, Fashion, haut en couleur et passionnant ... D'autres, peut-être ? Merci de vous faire connaître par un commentaire avec le lien concerné.

328 - 1 = 327 livres à lire ... Qui a dit que je n'arriverais pas au bout de ma PAL ?!





2/7 livre de la Rentrée Littéraire 2009

5 octobre 2009

MON JOLI COLIS RIEN QU'A MOI !


Je n'ai rien dit, mais j'ai participé au Swap Book Inside, magistralement organisé par Ys qui régale régulièrement les blogueuses et autres lectrices que nous sommes de ces petits échanges de colis contenant plein de bonnes et belles choses, mais surtout de livres qui alimentent encore et toujours nos PAL. La mienne - comme la vôtre, je suppose - ne ressemble plus à rien et s'apparente au Tonneau des Danaïdes, se remplissant à mesure qu'il se vide.

Mais ainsi est la triste vie des lectrices compulsives qui refusent obstinément de se faire soigner d'un mal au combien délicieux ! Donc, je disais que j'avais participé au Swap Book Inside et samedi j'ai - enfin - reçu mon paquet cadeau. Il me venait de Marseille, sentait encore le sable chaud et on pouvait entendre la stridulation des cigales dans la garrigue. Je sais, je m'égare. Mais l'automne est bel et bien là et je pense déjà à l'été prochain, histoire de ne pas déprimer de suite. Remarquez qu'avec le contenu du paquet, ce sera difficile de déprimer !

Bref, c'est Kali qui était ma swapeuse. Et là, quel bonheur ! Parce que j'ai eu du beau et du bon à me mettre sous les yeux et sous la dent. Aussi, plutôt qu'un long discours, je vous laisse avec les photos de tout ce que j'ai reçu. Juste pour vous faire saliver ...

Le paquet déployé


Les thés et le sucre roux


Les gourmandises de Suisse



Douceurs de Suisse et d'Ardèche


Des douceurs intellectuelles



Et pour finir ...

Un SLAT ! J'en rêvais, Kali l'a fait !

Inutile de vous le dire, vous le savez déjà, mais je vous remercie toutes les deux. Ys pour ce swap au thème si riche et varié ; Kali pour ce colis qui donne l'impression que c'est Noël avant l'heure ...

Quant à mon colis, il est parti chez Lounima ...

4 octobre 2009

LE ROUGE ET LE NOIR A L'ITALIENNE

  • Le Guépard - Giuseppe Tomasi di Lampedusa (Point Seuil)

Autant l'avouer dès le début, je me sentirai en règle avec ma conscience, j'avais beaucoup de crainte à commencer "Le Guépard". Pour comprendre cela, il faut reconnaître - qu'à ma grande honte - je me suis toujours endormie devant le film, splendide, de Luchino Visconti. Et pourtant j'adore ce réalisateur italien. Je ne connaîtrai jamais la fin - ni même le milieu - de ce chef d'œuvre du cinéma. Tout cela parce qu'il me semble que le film manque de dynamisme, d'action. Aussi, pour le livre, même combat. Et force est de constater que "Le Guépard" de Lampedusa est un livre magnifique, certes, mais ... quelque peu statique.

Lorsque les troupes garibaldiennes débarquent en Sicile et déstabilisent le trône et ses fidèles, cela ne perturbe pas outre mesure le prince Fabrice de Salina, savant mélange d'aristocrate sicilien mâtiné de gènes germaniques. "Son tempérament autoritaire, sa raideur morale, sa propension aux idées abstraites, rencontrant la mollesse de la société parlimertaine, s'étaient mués respectivement en caprices tyranniques, en cas de conscience perpétuel, en mépris pour ses parents et amis qui lui semblaient voguer à la dérive le long des lents méandres du pragmatisme sicilien".

Plus intéressé par l'astrologie et ses secrets que par les intrigues de la cour qu'il méprise, Don Salina et sa famille jouit d'un immense prestige sur ses terres héréditaires et auprès de ses métayers. Mais lorsque des mouvements insurrectionnels s'amorcent, c'est surtout pour faire évoluer la société et ses mentalités féodales. Et s'il est des prérogatives qui sont périssables, ce sont bien celles de la noblesse.

Si ces changements amusent Don Salina qui s'en accommode malgré tout, son neveu, Tancrède Falconeri est bien décidé à prendre le bon parti, celui de la révolution en marche. Noble désargenté, Tancrède est prêt à beaucoup pour redorer son blason, même à épouser une belle et riche jeune fille de parvenu. C'est Angélique, fille de Don Calojero, qui lui permettra de réaliser son rêve. "Tancrède s'abandonnait à de longues considérations sur l'opportunité, mieux : sur la nécessité d'unions entre des familles celle des Falconeri et celle des Sedara [...] ; on devait les encourager pour l'apport de sang nouveau qu'elles transmettaient aux vieilles souches, et parce qu'elles concouraient à niveler les classes sociales, ce qui était présentement l'un des buts du mouvement politique italien".

Le propre des révolutions est de renverser non seulement le pouvoir en place, mais de le faire changer de mains. Dans "Le Guépard", on assiste à la chute des grandes familles de Sicile telle la maison Salina et à l'ascension d'opportunistes, tel Don Calojero. Évidemment, la chute des privilèges et du prestige des Salina est lente, mais elle est sûre et inexorable. On a conscience qu'avec la disparition du prince Fabrice Salina, on vit les dernières heures de la tradition aristocratique en Italie.

"Le Guépard" est un livre magnifique à l'écriture élégante, délicate et savoureuse, un classique de la littérature italienne que je ne regrette pas d'avoir lu. Il fait revivre au lecteur les grandes heures de l'Italie et son passage d'une société féodale et religieuse à une société moderne et démocratique avec tout ce que cela implique de renoncements, de trahisons, de mésalliances, de reniements et de violences larvées. "Nous fûmes les Guépards, les Lions : ceux qui nous succèderont seront les Chacals, les Hyènes. Et tous tant que nous sommes, Guépards, Chacals, Brebis, nous continuerons à nous considérer comme le sel de la terre".

L'avis de Wictoria ... Je n'en n'ai pas trouvé d'autres ! Dans le cas contraire, merci de vous faire connaître dans un commentaire.

1 octobre 2009

LA MANTE MECANIQUE

  • Cadence - Stéphane Velut - Christian Bourgeois Éditions

"J'habite Betrachtunstrasse. Au 18 précisément. J'y suis depuis un an. Cette nuit est ma dernière ici, je vais quitter ce lieu et je suis affligé. Je suis affligé parce que tout ici me ressemblait - on me dit peu accueillant. C'était ma tanière, mon trou, mon chantier. Et puis on y voyait la rue d'en haut, un petit fragment de la ville ; tout petit, oui, mais juste de quoi surveiller dehors, dehors où rien ne va plus comme avant. J'ai eu beau limiter mes sorties, me faire discret, les choses m'ont rattrapé, Munich va m'emporter : c'est imminent, je n'y peux plus rien, cette nuit, demain, ils vont venir nous prendre moi et la petite qui dort dans la chambre du fond. Je les attends". Un sombre artiste peintre se voit proposer par le nouveau régime en place la réalisation d'une œuvre glorifiant la politique d'aryanisation de la nouvelle Allemagne. En échange, celui-ci doit concevoir son tableau en sept mois, en échange d'une somme conséquente. Ni plus, ni moins. Son modèle - confiée au peintre par l'administration-, petite fille blonde, délicate et diaphane, incarnera l'image de cette propagande sur la pureté de la race. Cette œuvre doit matérialiser la pensée du Führer sur l'authenticité et la rédemption des origines germaniques.

Ce peintre travaillera pour ses nouveaux maîtres - petits fonctionnaire pointilleux, procéduriers et tatillons, venant vérifier la bonne exécution et l'avancée dans les normes du travail de l'artiste -, gonflés de suffisance et bouffis d'orgueil parce que persuadés d'appartenir à une catégorie d'hommes supérieure et convaincus de détenir un pouvoir quasi divin sur le reste de la population. "Parlons un peu de ces minables bureaucrates à la botte de petits ambitieux plus minables encore, impeccablement dressés, vouant au Führer une sorte d'amour, comme on en voue à son père. "Notre sauveur", disaient-ils parfois à la radio. Je les sentais rigides, pointilleux, incapables de la moindre initiative, et je ne parle pas de l'imagination, ils en étaient privés. Ils n'étaient qu'un tout petit, un minuscule fragment d'un pouvoir plus haut placé, une petite cloque gonflée jusqu'au ridicule".

Mais au lieu de se conformer au diktat de la commande officielle, le portraitiste va concevoir une œuvre toute différente, une vision plus personnelle de la pensée autorisée. Cette composition sera celle de l'aboutissement de sa vie, son chef d'œuvre ultime, son acmé. Son modèle, cette enfant mutique et immobile censée représenter une Allemagne régénérée et débarrassée des scories de l'ancienne société, va devenir sa chose, son objet par lequel il va échafauder son projet démentiel. Peu importe pour lui qu'elle se terre dans un silence assourdissant,
qu'elle ne se meut pas dans l'appartement. Cela ne le gêne pas. Au contraire. L'essentiel est ailleurs. Qu'elle obéisse au doigt et à l'œil à l'instant décidé par lui seul ; qu'elle se transforme en sa mécanique, sa construction, sa création consommée sortie de son imaginaire fantasmagorique. Il n'exige rien d'autre de sa petite poupée vivante. Et pour mener à bien son dessein utopique, pour parachever son chef d'œuvre, pièce la plus accomplie de sa carrière, le peintre s'alliera le soutien inconditionnel de Félice, sa concierge, et de Werner Troost - un ami de longue date -, prothésiste de renom qui a acquis sa notoriété avec des prothèses pour les Gueules Cassées de la Grande Guerre. "Ma petite était là, face à moi enfin, je n'avais rien d'autre en tête. Voilà la vérité. Je jubilais. Je n'aspirais à rien de plus. Le pays pouvait bien continuer de sombrer, la porte refermée sur ces deux ridicules petits pions en habit sombre je jouirai enfin de mes propres folies. Je tenais l'occasion d'assouvir mes désirs, jusqu'aux plus inavouables. Quant à ma toile, j'allais la truffer de fantaisies invisibles. Une déraison au grand jour et à l'insu du monde entier, la mienne cette fois. Le chaos dehors ? Qu'importait. Ici ce serait bientôt la fête, personne n'y verrait rien. J'allais bien profiter. Profiter. Le reste ... ! Je m'égare, reprenons".

Dès les premières lignes de "Cadence" de Stéphane Velut le lecteur est mal à l'aise, gêné, dérangé, bousculé, questionné par ce texte singulier. Ce roman lui renvoie une image sombre de lui et des autres. Le lieu - Munich -, puis la période - 1933 -, nous ramènent inexorablement vers un passé qui pèsera lourd dans la balance de l'histoire. De plus, le narrateur - dont on ne connaîtra jamais le nom - incorpore dans son récit sa perception des événements du moment à l'histoire de la préparation de son œuvre, y ajoutant des bribes de pensée intime. Le lecteur est le témoin muet de ce qui se déroule devant ses yeux épouvantés, éberlué qu'il est par tant de folie maîtrisée, de machiavélisme, de monstruosité à visage humain et de détachement de la part de l'artiste. D'un coup, celui-ci n'a plus cette seule fonction confortable de simplement lire un texte qui raconte une histoire, Stéphane Velut le met dans la position de confident malgré lui et de complice du personnage central, dont on ne saura que peu de choses. Sauf qu'il n'est pas un chantre du parti nazi, que la politique l'indiffère et que le sort de l'Allemagne ne le concerne même pas. Cet artiste est étranger à tout ce qui se produit autour de lui. Il refuse tout contact avec les autres, vivant en reclus. Il n'existe que par et pour son œuvre, celle qui a germé dans son esprit torturé et qu'il veut parfaire. Par-delà la production artistique, nous parviendront les bruits de la rue, les discours âpres, rugueux, vociférant et haineux d'un Führer alors en pleine apogée de son pouvoir sur une population déjà engoncée dans le carcan du national-socialisme. On assiste à la métamorphose de Munich sous une neige permanente qui la plombe et de ses
habitants qui se suspectent, ne se parlent plus et vivent dans la peur d'une arrestation. Ces habitants qui, petit à petit, se transfigurent en chiens, en rats, en porcs pour mieux de fondre dans la masse et ressembler à leurs maîtres. Difficile de ne pas voir dans ce huis-clos une allusion à l'obsession qui précède toute création et qui confine presque à la folie, à la torture psychologique, à la perversion mentale avec des relations victime / bourreau, presque sadomasochiste. Parce que c'est aussi de cela que traite "Cadence". Stéphane Velut connaît bien les mécanismes de l'âme humaine, ses souffrances, ses errements, ses méandres psychologiques et digressions mentales, au point de créer un personnage analogue au Gregor Samsa de "La Métamorphose" de Kafka. Bref, on sort de cette lecture secoué, avec un sentiment de crasse morale et en se disant que - quelque part, à un moment -, nous avons été le spectateur d'une horreur à visage humain. Déroutant et dérangeant !

Un article sur Actualitté, sur chronique de la rentrée littéraire.


1/7 livres de la rentrée littéraire 2009

329 - 1 = 328 livres à lire ... Ça se tire ! Ça se tire !