30 avril 2009

LE REVE EUROPEEN DE ROMAIN GARY

  • L'éducation européenne - Romain Gary - Folio n° 203


"L'éducation européenne" est un conte moral, cruel et optimiste. Janeck, jeune polonais de 14 ans, prend conscience des difficultés de l'existence en cet hiver rigoureux de 1942. Il se joint aux partisans des forêts polonaises sur les conseils de son père. "Des hommes affamés et affaiblis vivaient tapis au cœur de la forêt. On les appelait "partisans" dans les villes, "verts" dans les campagnes [...]. Ils vivotaient par petits groupes de six ou sept dans les cachettes creusées dans la terre, dissimulées sous les broussailles, pareils à des bêtes traquées". Comme les partisans, Janeck connaîtra le froid, la faim, la trahison, la lutte et la mort. Comme tout adolescent, il connaîtra l'amour auprès de Zosia. Zosia, de Wilno, qui "va avec les soldats", comme elle dit. Petit être fragile et gracile, meurtri par la violence de la vie. Il trouvera auprès de Zosia la chaleur et le réconfort d'un cœur resté pur, malgré les forfaitures de l'existence. Avec les partisans - camarades d'infortune - Janeck comprendra la grandeur de l'Homme. La simplicité, la générosité de chacun lui permettra de toujours croire en l'homme.

C'est une galerie de portraits à la fois émouvante et pathétique que l'on découvre avec le personnage de "L'éducation européenne". Il y a Staczyk, coiffeur de Wilno, qui a perdu ses deux filles et hurle au fond des bois, comme les loups affamés des steppes, "Toutes les deux, toutes les deux". Les nuits de délire, il part en criant comme un damné et revient, au petit jour, repu de ses victimes. Cukier, boucher juif, bâti comme un lutteur forain, qui attend patiemment chaque vendredi soir pour prier avec d'autres. Où encore Machorka, paysan grec orthodoxe, qui confond forêt et catacombes, partisans et premiers chrétiens. Il vit dans attente de la résurrection. Les trois frères Borowski, taciturnes, décidés et méfiants, qui ne se séparent jamais. Enfin, Adam Dobranski, chef du réseau de résistance, épris de poésie, de littérature et de liberté. Mais surtout, il y a la présence surnaturelle d'un partisan hors du commun, exceptionnel, qui permet à chaque résistant de croire et d'espérer, le partisan Nadejda. "C'est le nom de guerre de notre commandant en chef, et il a une très belle voix. Il chante tout le temps [...]. Il vient souvent nous donner des concerts dans cette forêt".

Enfin, les partisans de Dobranski sont pétris de cultures européennes et de grandes idées politiques. "L'Europe a toujours eu les meilleures et les plus belles universités du monde. C'est là que sont nées nos plus belles idées, celles qui ont inspiré nos plus grandes œuvres. Les universités européennes ont été le berceau de la Civilisation". Ce sont des idéalistes qui font plus la guerre aux concepts nauséeux qu'aux hommes mêmes.

Au travers de leurs expériences personnelles, chaque partisan apprendra à trier le bon grain de l'ivraie. Ils découvriront le vrai sens des mots fraternité, patriotisme. "Janeck demande à Dobranski : -Tu aimes les Russes, toi ? - J'aime tous les peuples, mais je n'aime aucune nation. Je suis patriote, je ne suis pas nationaliste. - Quelle est la différence ? - Le patriotisme, c'est l'amour des siens. Le nationalisme, c'est la haine des autres [...]. Il y a une grande fraternité qui se prépare dans le monde [...]".

Janeck comprendra la force et le sens de l'amitié vraie, par-delà des différences, avec Augustus Schröder, officier allemand et fabricant de jouets musicaux, égaré dans un conflit qu'il ne comprend pas. Augustus Schröder qui fera découvrir Schubert, Mozart et Chopin à Janeck.

En prenant pour prétexte l'histoire des partisans polonais, Romain Gary fait passer un message à l'attention de ses lecteurs. Il faut se garder des préjugés et idées préconçues qui aveuglent la réflexion personnelle, évitent de se poser les vraies questions sur les événements et sur les personnes. Avec "L'éducation européenne", on revisite les concepts de solidarité, de fraternité entre les peuples, d'espoir aussi. Car "L'éducation européenne" est un livre d'espoir sur fond d'abîme. A travers tout le récit, Romain Gary nous montre qu'il ne faut désespérer de rien, ni de personne. Comme le répète souvent Janeck : "Rien d'important ne meurt ... sauf les hommes et les papillons". C'est un livre sur l'amour universel des Hommes, sur tout ce qui les rapproche par delà les différences de culture, d'idéologie, de race, de religion.

28 avril 2009

MEME DIEU LES A ABANDONNEES

  • Seules contre tous - Miriam Katin - Seuil Éditions


Budapest, 1944. Jusqu'à cette date-là, les Juifs de Hongrie avaient toujours été relativement épargnés par la solution finale qui s'était abattue sur l'ensemble de la communauté en Europe. Non pas qu'ils vivaient dans une grande sérénité d'esprit, mais le Général Horthy, alors régent du pays, refusait de les livrer aux nazis. Cette même année, Horthy - sentant le vent de la liberté souffler sur l'Europe -, décidait de changer secrètement d'allié. Ce retournement spectaculaire de situation n'a pas été du goût de l'occupant allemand. Leur ire s'est immédiatement retournée contre la communauté juive hongroise.

Or, Lisa et Esther - sa mère - sont juives. Et comme tous, elles doivent se plier aux diktats imposés par l'occupant. Après avoir été sommée de donner son chien, Esther doit rentre l'appartement qu'ils occupaient avec Karoly, son mari, suite à une dénonciation du concierge de l'immeuble. Ordre lui a été signifiée de déménager pour être parquée dans un quartier avec d'autres Juifs. Seulement Esther a entendu des rumeurs alarmantes concernant des déportations de populations, de disparitions. Elle ne veut surtout pas s'y rendre. Pour cela, elle est prête à tout, même à changer d'identité, à fuir sa vie citadine et bourgeoise pour la campagne, à mentir pour sauver sa vie et celle de sa petite Lisa.

Contre de l'argent, elle deviendra une simple domestique de campagne avec une enfant illégitime. Esther devra néantiser son passé, gommer son histoire, brûler ses photos personnelles et la Thorah, ne rien conserver de ce qui pourrait la trahir à
tout instant. Se faire oublier, se fondre dans la masse, disparaître corps et biens. Elle trouvera refuge chez des paysans rustres et sauvages qui n'auront pas grand chose à partager, mais le feront de bon cœur. Esther participera aux travaux quotidiens, tentant ainsi d'échapper aux angoisses et à la crainte d'être prises avec sa fille. La petite Lisa mettra du baume au cœur de sa mère et dans celui de ce vieux couple de campagnard reclus dans leurs rituels taciturnes.

Mais bientôt la fin de la guerre arrive. La débâcle allemande va laisser la place à la
violence soviétique avec des soldats sans foi ni loi. Sans sentiment, aussi. Les vainqueurs se comporteront de la pire manière qui soit, pillant, violant dans chaque lieu où ils passaient. Après la peur des nazis, la terreur des soldats de l'Armée rouge sensée apporter la liberté tant attendue par tous. Partout, les mêmes scènes de bataille pour un village gagné. Esther, Lisa et les habitants de ces hameaux en feront toujours les frais, pauvres civils pris qu'ils sont entre le marteau et l'enclume.

Le retour à la normalité, à la vie d'avant ne sera pas un exercice facile. Prise en charge par un centre de réfugiés, Esther cherchera à retrouver son mari, dont elle est sans nouvelles depuis son enrôlement dans l'armée hongroise, et à obtenir des informations sur sa famille disparue.

Dès les premières pages de "Seules contre tous" de Miriam Katin j'ai eu la nausée, un haut le cœur, une envie irrépressible de vomir et de pleurer tout à la fois. Dans cette bande dessinée magnifique, l'auteur relate son histoire personnelle, sa fuite avec sa mère à travers le pays, les risques que celles-ci ont dû prendre pour ruser et rester en vie. Et le récit est pour le moins édifiant. La haine, le mal, l'abjection transpirent partout dans le quotidien, dans leurs rencontres, chez les gens. Ici, pas de place pour l'espoir. Simplement se dire que chaque journée gagnée contre la barbarie, le désespoir, c'est une journée supplémentaire qui rapproche de la fin du calvaire qui finira par arriver.

Dans cette bande dessinée tragique parce que réellement vécue par son auteur, tout est noir et gris, dur et sombre. Même les sentiments doivent être masqués, cachés, réprimés. La petite Lisa, enfant de trois ans à peine en 1944, ne comprend pas cette méchanceté d'adulte. Elle essaie tant bien que mal de s'attacher à des
objets, à des animaux. En vain. Les moindres parcelles de bonheur lui sont arrachées par la bêtise des grandes personnes.

Sur leur route, elles croiseront des civils vraiment mauvais, hostiles, des allemands pas toujours aussi dangereux que cela, des femmes jalouses et perverses, des gens généreux, simples et bons, prêts à les aider dans leur désir de survivre, leur donnant le gîte, le couvert, un sourire, un bout de pain ou un peu de compassion.

Les dessins au crayon à papier aux des traits épais, durs, rageurs alternent avec des coups de crayon plus légers, lorsqu'il s'agit de se remémorer des instants fugaces de bonheur. Quelques planches aux couleurs tendres et lumineuses, symboles de la vie et de renaissance, viennent casser cet ensemble noir et adoucir certains passages. On est frapper par le ton de narration, sans rancœur, sans animosité qui tranche avec la dureté des dessins. C'est une lecture dont on ne sort pas indemne, mais qui marque et laisse une empreinte longtemps après l'avoir terminée.

Le site de Miriam Katin sur ses autres albums, les avis de Joëlle, de Florinette et de Sylire pour qui cette BD a été un vrai coup de cœur.

25 avril 2009

NO PASARAN !

  • Une charrette pleine d'étoiles - Frédéric H. Fajardie - Mille et une nuits Éditions


30 mars 1938. Ivry-sur-Seine. A l'Electromécanique de Savoie, Henri Sajer - dit Riton - est un membre sémillant du comité de grève qui bloque l'entrée de l'usine. A ses côtés et pour soutenir les revendications syndicales, Robert Harszfield - "le savant" ou "la guenille levantine" - selon la lecture du Populaire ou de l'Action française, et Louis Mena, ancien délinquant ayant versé dans le militantisme actif après un coup de force contre les Camelots du Roy, en février 1934. Depuis cette date, ces trois-là sont devenus inséparables. A l'autre bout de la scène politique et sociale, Xavier Chastenet, cadet d'André Chastenet, propriétaire de l'Electromécanique de Savoie. Suite à un viol commis sur une petite employée de l'entreprise paternelle, celui-ci se retrouve embarqué sur un cargo en partance pour La Corogne, en zone franquiste. Là-bas, il doit y rejoindre son aîné - Jean-François - capitaine dans la milice espagnole. "- Le Xavier, il s'est barré. Il a calté définitivement. En plus, le paternel va brouiller les cartes, mélanger les dates, acheter du monde : il pourra prouver que le gosse n'était pas en France au moment de ce qui est arrivé à la petite. Louis Mena releva vivement la tête : - Barré ? Où ça ? - En Espagne, à la guerre. Parti rejoindre son frangin qui est griveton dans l'armée nationaliste. Probable qu'à cette heure il est pas loin d'être rendu là-bas : le vieux l'a emmené ce matin".

Lorsque Louis Mena apprend que le meurtrier de sa fiancée est parti se faire oublier en Espagne, il décide de le suivre jusque-là. C'est décidé. Et comme la guerre civile fait rage là-bas, il s'engagera auprès des Républicains qui se battent pour conserver la démocratie. Il fait ainsi d'une pierre deux coups, la vengeance d'un côté, la solidarité socialiste de l'autre. Et comme Riton et Harszfield sont solidaires des actes de Mena, tous partent comme un seul homme vers leur destin, de l'autre côté des Pyrénées.

La traversée sera pour le moins chaotique. Après un passage clandestin de la
frontière franco-espagnole, c'est la plongée dans la guerre sur le front de Catalogne, la difficulté de vivre avec la peur lancinante de mourir en terre inconnue. Ce qu'ils vont découvrir là-bas va faire quelque peu vaciller leur foi dans une guerre que chacun croyait juste, parce que engagée et motivée. Henri Sajer comprendra très vite qu'il est entré dans ce conflit sur un coup de tête, par fanfaronnade, pour ne pas laisser les copains partir seuls. "Riton luttait contre la peur. Il lui fallait oublier cette mitrailleuse franquiste qui leur faisait face, sa femme et ses deux enfants, l'angoisse de ne pas être réembauché à l'Electromécanique de Savoie. Il avait l'horrible impression que cette guerre ne le concernait que d'assez loin, comme s'il se trouvait ici d'abord pour ses amis, et il éprouvait un sentiments de culpabilité qu'avait accentué le souvenir du soldat qu'il avait abattu". Louis Mena prendra conscience que la mort de Lucie - sa fiancée - n'avait été qu'un prétexte comme un autre pour se lancer dans cette bataille où les bons étaient parfois aussi violents que ceux d'en face. Seul, Robert Harszfield prendra goût à ce combat. Lui qui refusait de se servir d'une arme et de porter l'uniforme, verra là une occasion de se venger des progroms qui avaient anéanti ses parents.

Cette belle amitié entre eux trois sera quelque peu malmenée par la querelle
interne aux Républicains, Mena soutenant ouvertement les poumistes, Harszfield, les brigadistes. Après le front de Catalogne et la perte de Barcelone, ce sera le front de l'Ebre pour tenter de colmater les brèches ouvertes par les troupes franquistes dans les lignes adverses. Puis, l'ultime bataille de Madrid pour conserver la capitale ibérique, symbole de la suprématie politique.

En ouvrant un livre de Frédéric H. Fajardie le lecteur est sûr de lire un ouvrage politiquement et socialement engagé. Avec "Une charrette pleine d'étoiles" l'auteur traite des étrangers qui se sont engagés aux côté des Républicains durant la guerre d'Espagne. Et en faisant commencer son court roman en 1938, Fajardie joue avec la roue du destin historique. 1938, signe la fin des illusions, des espoirs en France comme en Espagne. 1938 sonne le glas du Front Populaire et de son rêve de jours meilleurs pour beaucoup d'ouvriers. 1938, ce sont les accords de Munich signés par Daladier et Chamberlain et censés assurer la paix en Europe. 1938, c'est l'année de la liquidation des membres du POUM par les Brigades Internationales pour s'accorder l'omnipotence des communistes dans les rangs des Républicains. 1938 c'est la dernière année de paix fragile et ténue en France, en Espagne et partout dans le monde.
Moins d'une année plus tard, cet équilibre sensible volera en éclats déclenchant le Second Conflit mondial. Dans "Une charrette pleine d'étoiles, Frédéric Fajardie explique en filigrane le conflit interne et cruel, la bagarre idéologique entre les combattants du POUM - anarchistes et trotskystes - et ceux des Brigades Internationales, communistes et staliniens. Conflit qui entraînera non seulement l'éradication des poumistes, mais surtout la fin de la démocratie pour de nombreuses années en Espagne.

A travers l'histoire de ses trois personnages, c'est toute cette année dramatique que
le lecteur revit. On sait que la Frente Popular est à terre, presque achevée au profit des nationalistes et des franquistes. On pressent que le prochain conflit sera - à tout le moins - européen. Malgré tout, on espère jusqu'au bout une embellie qui ne viendra pas de si tôt. Dans une langue saccadée, hachée, heurtée, Frédéric Fajardie nous raconte la dernière année d'une guerre qui n'aura été qu'une longue introduction à la Seconde Guerre Mondiale. Chaque chapitre est une date et un lieu, qui s'égrène comme autant de stations vers un calvaire futur.

23 avril 2009

DE GAULLE EN TONGS

  • De Gaulle à la plage - Jean-Yves Ferri - Poisson Pilote Éditions


Été 1956. Le général De Gaulle ayant claqué la porte du gouvernement provisoire dix ans plus tôt pour cause de mésentente chronique avec les veaux de Français, se sent d'un coup bien seul. Quelque peu oublié par ses compatriotes - peu reconnaissants du don de sa personne durant la 2ème Guerre mondiale -, entrés de plein pied dans l'ère de la consommation et des loisirs grâce aux Trente Glorieuses, le libérateur de la France décide de prendre quelques jours de vacances bien méritées sur la côte bretonne. Accompagné de son épouse tricoteuse, de son rejeton Philippe - son sosie adolescent -, et de son dévoué aide de camp Lebornec, le général De Gaulle va découvrir les joies des vacances en famille, pour tous, sur les plages populaires. Fou rire garanti !

Il faut dire, pour sa défense, que le général De Gaulle a gardé quelques souvenirs de son passé historique et professionnel. En effet, l'installation quotidienne du parasol sur la plage donne lieu à un salut aux couleurs
réglementaire. A chaque parole du général, son adjoint se met au garde-à-vous pour lui répondre, comme au temps de sa grandeur passée. Parce que Lebornec est un fidèle parmi les fidèles. Toujours aux petits soins pour le général et sa famille, à expliquer la situation au chef de la France Libre, à agréer sa tactique d'approche des plages. Il est la main qui rédige les mémoires du général De Gaulle, les yeux qui lui lisent les nouvelles des journaux, la pensée qui termine ses envolées lyriques, la conscience qui le ramène à la réalité lorsqu'il s'égare et louche sur les jeunes femmes de la plage.

Dans son entourage, il y a aussi Yvonne. Femme effacée s'il en est, elle sait aussi revenir sur les sujets qui fâchent comme les causes de son soudain départ pour
Londres le 17 juin 1940, ce qu'il avait bien pu faire là-bas tout ce temps, qui était cette mystérieuse Mrs. France Lemercier-Twiningham, secrétaire bilingue attachée au gouvernement de la France Libre et - surtout - quel lien avec la France à libérer ? Le rejeton, toujours considéré comme un éternel enfant et qui passe son temps à lorgner lui aussi les femmes sur la plage, sans jamais oser les aborder.

La rencontre inopinée avec son allié de toujours, Sir Winston Churchill, est l'occasion de quelques pages truculentes. C'est l'instant de se remémorer quelques moments de la grande histoire entre deux fortes personnalités qui ont dû se supporter tant bien que mal pendant quatre ans. Cette incompréhension, volontaire et assumée, se porte même jusque dans la langue. Particulièrement lorsque De Gaulle et Churchill discutent littérature, mémoires et Prix Nobel !

Et celui que personne n'attend dans cette bande dessinée pleine d'humour, de bons mots, allusions subtiles à la situation politique de l'époque, le chien-loup ! Rebaptisé pour l'occasion du petit nom guttural de Wehrmacht, l'animal a un passé lourd et trouble. Récupéré par un officier de la 2ème DB après le suicide de son maître, le cerbère n'est - ni plus, ni moins - que le rejeton du chien personnel de Hitler ! Il faut avouer que le pauvre Wehrmacht a des séquelles profondes et irréversibles venant
du tréfonds de son passé. Surtout lorsqu'il repense aux troupes russes et à ses croquettes !!

"De Gaulle à la plage" de Jean-Yves Ferri est un condensé et un concentré d'humour pur jus. En 48 pages, il n'y a pas un seul temps mort. Chose plutôt rare qui mérite d'être signalée. Tout est fin, adroit, drôle. L'auteur a su éviter les truismes, parfois faciles dans ce genre de littérature. Car c'est loin d'être une caricature sordide et stupide du général De Gaulle. Plutôt une autre façon de le percevoir, plus proche du commun des mortels. Jean-Yves Ferri déboulonne la statue du Commandeur De Gaulle où l'avaient placé trop d'historiens, pour oser nous le montrer dans son quotidien, entouré de ses proches, avec ses qualités et ses petits défauts. Jusqu'à présent, on imaginait mal le Général De Gaulle en tongs et bermuda lançant des appels au mégaphone de la plage le 18 juin. Avec Jean-Yves Ferri, c'est désormais chose faite ! Tout cela nous donne des planches hilarantes, mêlant avec allégresse la grande histoire avec des préoccupations et des considérations beaucoup plus terre à terre. L'auteur ne s'est pas gêné pour reprendre à son compte quelques expressions ou grandes phrases du général et les a
distillées dans ses dialogues, pour le plus grand plaisir du lecteur.

Les dessins, simples en
apparence, semblent être tout droit sortis des bandes dessinées des années 1950, et nous offrent à voir un De Gaulle éminemment bienveillant, sociable, presque enfantin quand il s'agit de ses relations avec les femmes ou avec son meilleur ennemi, Churchill. Bref, en un mot comme en cent, "De Gaulle à la plage" est à lire et à relire dans les moments moroses que nous connaissons tous comme une ouverture lumineuse, comme un intermède jubilatoire.

Alwenn est tombée sous le charme teuton de Wehrmacht, Kathel, Mireille ainsi que Gachucha, l'interview de l'auteur sur Evene. D'autres, peut-être ... Merci de me le faire savoir !

20 avril 2009

HISTOIRE D'UN TRAIN IMPERIAL

  • Le train de l'Orient-Express - Vladimir Fédorovski - Livre de poche n°30967


"De Monte-Carlo à Vienne, de Paris à Saint-Petersbourg, de Madrid à Constantinople, ce "train des rois, roi des trains" allait faire fantasmer tant d'écrivains, comme Agatha Christie, Valery Larbaud, Paul Morand, Pierre Mac Orlan ; tant de belles intrigues, tant de princes, de grands ducs, de lords et de ces milliardaires, sans oublier les magnats hongrois et les boyards roumains possédant de tels domaines que l'un d'eux dit un jour : "L'Orient-Express met trois heures à me traverser". Mais, plus qu'un train de luxe, l'Orient-Express est l'emblème d'une Europe qui s'est faite avant l'heure, ouvrant ses portes aux hommes d'affaires et d'État, aux célébrités ou tout simplement aux amoureux du voyage". Voyager avec l'Orient-Express c'est traverser le temps et l'histoire de l'Europe, lorsque celle-ci faisait et défaisait les alliances stratégiques. Le premier trajet de l'Orient-Express date de 1883, du 15 octobre pour être très précis. Parti de Paris pour se rendre à Constantinople, l'Orient-Express traversait l'Europe en moins d'une semaine.

Constantinople devenue Istanbul, capitale de l'immense Empire Ottoman, s'étendant de l'Anatolie à l'Algérie en passant par le Liban, la Syrie, l'Irak, le Proche-Orient et la Tunisie, est une ville mythique et magique. Située à la confluence entre le monde occidental et le monde oriental, Constantinople n'en n'était pas moins une mégapole complexe où se côtoyaient toutes les cultures, toutes les modes, toutes les religions. Mais l'avènement de la Belle Époque, la montée du capitalisme fastueux et l'exploitation ferroviaire allaient changer la face de l'Orient. Les occidentaux allaient voyager plus facilement, apportant avec eux d'autres mœurs et une nouvelle façon de vivre. Surtout, l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand le 28 juin 1914 à Sarajevo allait faire capituler ce colosse aux pieds d'argile qu'était l'Empire Ottoman. Et l'extension des réseaux de chemin de fer de l'Orient-Express jusqu'au Hedjaz allait menacer l'autorité du chérif Hussein de La Mecque qui verra là une excellente occasion de se délier du Sultan Abdülhamid II et de se rapprocher des Britanniques.

En 1930, la durée du trajet Paris-Constantinople n'est plus que de 57 heures. C'est
l'époque de l'entre-deux. Tout le monde oublie - pour un temps - les horreurs de la Grande Guerre, pour se jeter à corps perdu dans les Années Folles. L'Orient-Express suit le mouvement. Pourrait-il faire autrement, lui qui ne transporte dans ses voitures que les grands de ce monde ? Grâce aux airs du jazz naissant, du fox-trot, du one-step, du tango, il en oublierait presque - ce train légendaire - que l'Armistice du 11 novembre 1918 a été signé dans la voiture n°2419, transformée en bureau, pour le maréchal Foch. C'est dans une débauche de luxe due à l'Art Nouveau que l'Orient-Express franchira l'Europe des années 1930. Les grands noms de la décoration se pencheront sur ses voitures bleu nuit et dorées pour le faire resplendir de mille feux. Daum, Gallé, Lalique, Majorelle, tous fourniront une part de leur immense savoir-faire pour faire de ce train exceptionnel un lieu unique en son genre. "Au beau milieu de cet assemblage disparate et baroque de mots, de pensées, se forgeau l'Art nouveau. Des meubles raffinés furent créés avec placage de bois précieux, marqueterie, incrustation, sur des thèmes divers, animaux, plantes, arbres, fleurs et lianes. Majorelle, pour les meubles, et les frères Daum pour la verrerie subirent l'influence du verrier et céramiste Emile Galle et de l'école de Nancy, eux-mêmes inspirés par l'art japonais et extrême-oriental". Marlène Dietrich, par son cosmopolitisme européen, sera le symbole parfait de l'Orient-Express, icône de la beauté, de l'élégance et de la culture. C'est par sa voix que l'auteur entendra pour la première fois le nom de l'Orient-Express.

Si ce train a transporté tous ceux qui ont pu compter dans le monde des arts, du spectacle et de la politique, il a aussi été celui des espions. Car si ce train a participé à la légende romanesque de Mata-Hari, il a été plus sérieusement un nid d'espions soviétiques à la solde de Staline. Le plus célèbre d'entre eux reste Leonid Eitingon qui fera de ses compartiments de l'Orient-Express un des hauts lieux de
rencontre des agents du Kremlin et des mondains distingués. Ce va-et-vient des espions de tous les pays d'Occident et d'Orient a largement inspiré une certaine grande dame du roman policier, grande voyageuse et passagère incontournable de l'Orient-Express, Agatha Christie.

En entreprenant la lecture du "Roman de l'Orient-Express" de Vladimir Fédorovski, j'avais une furieuse envie de voyager à peu de frais à travers l'Europe et le temps, dans l'un des plus beaux trains du monde. Prenant pour prétexte la quête des origines familiales d'un couple de jeunes new
yorkais - Anna et Kaï - originaires du vieux continent, l'auteur nous raconte l'histoire de ce train fascinant. Chaque chapitre est l'occasion d'une halte culturelle et historique de l'Orient-Express et des régions traversées. A chaque chapitre, c'est tout le passé d'un monde disparu qui renaît sous nos yeux. Celui de la vieille Europe, avec ses monarques et ses aristocrates dignes et orgueilleux, sa jeunesse ivre de liberté, sa société en pleine métamorphose. L'Orient-Express, train des têtes couronnées et des personnages biens nés, a suivi le cours de l'histoire de l'Europe en s'adaptant à chaque grand tournant. De Lawrence d'Arabie, participant au soulèvement du monde Arabe, à Mistinguett et Maurice Chevalier, chantant, dansant et amusant la clientèle huppée de l'Orient-Express, sans oublier les couples illustres tels que Cocteau et Radiguet, Diaghilev et Lifar, tous ont emprunté - à un moment ou à un autre de leur existence privée ou professionnelle - les services de ce somptueux train pas comme les autres.

Mêlant imaginaire et grande histoire, Vladimir Fédorovski nous fait découvrir le
parcours de ce train unique. Grâce à la magie qui se dégage du "Roman de l'Orient-Express" servie par une écriture vive et intelligente, on visite quelques grandes villes telles que Venise, Prague, Budapest qui se révèlent à nos yeux de lecteur dans leur splendeur passée. Bien que l'on prenne plaisir à la lecture de ce roman, l'histoire fictive de ce couple vient un peu casser l'atmosphère créée par le passé prestigieux de l'Orient-Express et n'apporte rien de plus à ce roman très bien écrit et remarquablement documenté. Car l'auteur, par sa faconde, sa culture immense et son passé de diplomate a su donner à ce roman le ton juste, celui d'une fresque historique qui a traversé tout le 20ème Siècle et faire rêver beaucoup de monde.

Une vidéo résumant l'histoire de l'Orient-Express :