7 novembre 2010

CHOPIN, L’ÂME DE LA POLOGNE

  • Frédéric Chopin, l'âme du piano - Claude Clément - Éditions du Jasmin


Le 1er mars 1810 voit la naissance de Frédéric Chopin sur le domaine de Zelazowa Wola à quelques kilomètres de Varsovie. Personne ne le sait encore, mais ce nouveau-né va bouleverser la musique classique, la faire entrer dans ère nouvelle, celle des Romantiques – dont il sera le chef de file – et influencer toute une génération de compositeurs au début du 20ème Siècle.

Frédéric Chopin aurait pu naître en France, dans le Dauphiné, région d'origine de ses ancêtres paternels. L'histoire des Hommes étant ce qu'elle est, et certains ayant l'âme plus aventureuse que d'autres, c'est dans la province de Mazovie – dont dépend Varsovie -, que ce dernier verra le jour. Issu d'un père Français – professeur de langue et de littérature française au lycée de Varsovie qui reçoit les enfants de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie polonaises -, et d'une mère venant de la noblesse polonaise, Frédéric Chopin grandira et s'épanouira dans un milieu privilégié. « Les Chopin sont heureux dans cette ville cosmopolite, riche en couleurs, où les dandys aristocrates côtoient les Juifs, les Turcs, les Grecs, les Italiens, les Français, les forains montreurs d'animaux étranges, les moines et les religieuses … ».

Dès l'âge de six, le jeune Chopin écrit déjà des poèmes de qualité. De plus, il est parfaitement bilingue, comme ses trois sœurs. Ce qui lui permettra de toujours se sentir chez lui en France comme en Pologne. « On y parle le polonais, mais aussi le français et l'allemand. Du fait de la dualité de leurs origines, les enfants Chopin sont tous parfaitement bilingues. Plus tard, Frédéric sera à Paris, séparé de sa famille, il écrira à son père en polonais. Nicolas lui répondra en français. Dans l'esprit du musicien, les deux langues sont aussi familières l'une que l'autre. Il gardera toute sa vie un léger accent en français, trace de cette double appartenance ». A sept ans, il écrit sa première composition musicale, « Polonaise pour piano forte, en si bémol majeur », largement inspirée du folklore local. Un prodige est né, à l'égal de Wolfgang Amadeus Mozart. A la différence que Chopin n'est pas Autrichien, mais Polonais, et que son pays natal reconnaîtra toujours son talent. Son entourage perçoit très tôt ses prédispositions pour la musique en général, le piano en particulier. On loue d'ores et déjà son génie, ses dons exceptionnels, ses aptitudes tant dans l'écriture que dans l'interprétation musicales.

A peine jeune homme, tout juste sorti de l'adolescence, Frédéric Chopin étouffe à Varsovie. Le poids de l'empire Russe pèse sur la Pologne qu'il cherche à engloutir, à faire disparaître. Surtout, brillant musicien et compositeur, Frédéric Chopin veut découvrir l'Europe, rencontrer d'autres grands musiciens et artistes, s'en inspirer. L'Autriche, l'Allemagne, l'Italie, la France. Tel sera l'essentiel de son périple. « Libre de s'épanouir à sa guise au gré de son inspiration, de ses recherches et de ses rencontres, le jeune homme ne ressent qu'une entrave : les frontières. En mai 1829, un nouveau tsar, Nicolas 1er, se fait couronner roi de Pologne à Varsovie. Le désenchantement que le peuple polonais avait ressenti durant le règne d'Alexandre ne fait que s'accentuer. En effet, le nouveau souverain se comporte plus durement que son prédécesseur, supprimant la liberté de la presse, installant un contrôle policier d'acier, renforçant les intérêts russes dans le pays au détriment de ceux des patriotes. Ce n'est qu'avec une apparente soumission que ceux-ci se résignent et participent, de mauvaise grâce, aux festivités lors de bals et de concerts ». Ses parents l'y encouragent vivement, alors que l'année 1830 voit l'Europe s'embraser par des soulèvements sociaux et révolutionnaires.

En France, sa rencontre avec Franz Liszt sera déterminante pour son avenir de concertiste et de compositeur, de même qu'avec Camille Pleyel, inventeur du piano moderne. Bien que de caractères diamétralement opposés, ces deux là se complèteront au point de devenir les deux facettes d'une même médaille musicale, romantique et novatrice, préfiguration d'une musique classique dépoussiérée de ses anciennes scories.

L'année 2010 voit le bicentenaire de la naissance de Frédéric Chopin. De fait, il paraissait difficile, voire impossible, de faire l'impasse sur l'ouvrage de Claude Clément, « Frédéric Chopin, l'âme du piano », et de rendre un hommage appuyé à celui qui va rénover – par ses apports créatifs, son approche très personnelle de la musique populaire polonaise et juive – les canons de la musique classique. Précoce, imaginatif, génial, tels sont souvent les adjectifs qualifiant Frédéric Chopin. Enfant éveillé, cultivé, binational, il prendra très vite conscience que pour évoluer dans son art, l'ouverture à d'autres cultures lui sera nécessaire, vital.

Il voyagera donc, souvent et beaucoup. Vienne, Berlin, Dresde, Prague, Breslau, Cracovie sont les villes visitées, partant à la découverte de ses pairs, Berlioz, Schuman, Liszt et Mendelssohn aussi doué que lui. De même, sa rencontre avec le peintre Eugène Delacroix sera l'amorce d'une solide amitié qui ne se démentira pas avec le temps. Partout où il se produira – de concerts publics en récitals privés – Frédéric Chopin sera ovationné, admiré. Ses qualités artistiques lui ouvriront les portes des plus grandes familles aristocratiques, les Radziwill, les Rothschild, les Beauvau, les Esterhazy, les Noailles, les d'Agoult. Les femmes, surtout, seront sensibles à son charme de dandy à l'élégance raffinée, à sa mélancolie, à sa douceur et à sa fragilité.

Cependant, toujours planera sur Chopin un mystère, celui de son éventuelle homosexualité. En effet, son côté artiste, sa précocité en toutes choses, sa correspondance ambigüe avec son ami de jeunesse Tytus Woyciechowski, sa fréquentation du marquis de Custine – homosexuel reconnu et affiché -, les écrits post mortem de Liszt, jetteront un doute sur sa réelle orientation sexuelle. Et ce n'est pas un hasard si Frédéric Chopin et George Sand se reconnaîtront l'un dans l'autre, même si les débuts de leur relation sont difficiles. Chopin sera révulsé par l'aspect masculin, hommasse de la romancière ; George Sand appréciant les hommes cachant leur côté féminin. Très vite, celle-ci le prendra sous son aile protectrice, devenant tout à la fois l'amante, la mère, la soignante, l'amoureuse et l'égérie d'un Frédéric Chopin de plus en plus fragile moralement et physiquement. Ces deux-là étaient fait l'un pour l'autre. Le destin, dans son immense mansuétude, les a réunis pour le meilleur de l'art.

« Frédéric Chopin, l'âme du piano » est une biographie qui en dit long sur cet artiste romantique, neurasthénique et phtisique qu'était Chopin. L'auteure le montre tel qu'en lui-même, tantôt doutant de ses capacités artistiques avérées, tantôt faisant preuve d'inconstances et de fantaisies. Dandy précieux, évoluant dans un univers où l'argent coulait à flot, Frédéric Chopin s'est servi intelligemment de sa notoriété pour vivre dans un monde fastueux, à la richesse ostentatoire.

Cette hagiographie, aisée à lire pour qui ne connaît ni Chopin, ni la musique classique, se concentre avant tout sur l'homme et sa relation aux autres. Elle aborde le couple atypique, singulier formé avec George Sand qui a permis l'épanouissement artistique d'un compositeur prolifique et imaginatif.

Au final, Frédéric Chopin était bien ce qu'a écrit Cyprian Norwid dans le « Quotidien polonais » à l'annonce de son décès : « Varsovien de naissance, Polonais de cœur et, par le talent, citoyen du monde ».

D'autres blogs en parlent : Alice, Izabel, Mimipinson ...

"Frédéric Chopin, l'âme du piano" a été lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio.


3 novembre 2010

QUE LIRA-T-ON EN NOVEMBRE ?

Avec un peu de retard pour cause de week end prolongé, de tombes à fleurir et de travail urgent à terminer, voici la rubric à brac mensuelle concernant les sorties poches du mois.

Après un mois d'octobre riche d'ouvrages divers et variés, où la qualité côtoyait la multitude des choix, novembre sera un tout petit peu plus calme. Sans aucun doute l'effet fin d'année avec des coffrets de collection sublimés par le talent créatif de Christian Lacroix pour les éditions du Livre de Poche. A retenir pour préparer sa lettre au Père Noël !

  • Éditions 10/18

Une partie du tout – Steve Toltz

Stupéfiant d'imagination, de drôlerie et de profondeur, un premier roman époustouflant, finaliste du prestigieux Man Booker Prize. Porté par une véritable dynamite verbale, un mélange détonant entre roman d'aventures, farce jubilatoire et conte philosophique. Une flamboyante odyssée familiale, du bush australien au Paris bohème et à la jungle thaïlandaise, des années 1960 à nos jours. Toute sa vie, Jasper Dean a hésité entre détester, plaindre, adorer et assassiner son père, Martin. Maintenant que Martin est mort, Jasper peut revenir à loisir sur le cas de ce philosophe autodidacte, génie méconnu et féroce misanthrope qui s'est brûlé les ailes à vouloir sortir de l'ombre de son frère Terry, Robin des bois moderne adulé des foules en Australie. De dépressions passagères en illuminations foudroyantes, d'amours contrariées en atroces trahisons, de clubs de strip-tease en paquebots clandestins, père et fils vont se retrouver embarqués dans une aventure qui les dépasse. Mais, face aux coups du sort, c'est en Jasper que Martin trouvera le meilleur compagnon d'infortune de ses vains efforts pour laisser une trace de son passage dans ce monde qu'il méprise...

La confrérie des mutilés – Brian Evenson

Après avoir perdu une main lors d'un règlement de comptes, Kline, un détective privé, se voit confier une enquête au sein d'une société secrète composée de mutilés volontaires, où un meurtre a été commis. Mais, pour mener son enquête, Kline doit gagner la confiance des membres de cette étrange secte. Or cette confiance se paie cher, car pour accéder à certains niveaux de la hiérarchie, il convient d'être à chaque fois davantage amputé…

Jusqu'où Kline sera-t-il prêt à aller pour découvrir l'insoutenable vérité ? Les voies de la confrérie sont-elles impénétrables ?

Dans la lignée de Poe et de Borges, une prose incisive au service d'un récit dérangeant, où rivalisent humour noir et banalité de l'horreur.

Mes vies – Edmund White

White nous dévoile ici, sans fard, tous les faits de sa vie, même les plus provocants, comme seul un grand écrivain peut se le permettre. Mes vies est un festin spectaculaire, charmant et drôle, charnel et intelligent, outrageux et lumineux. Tour à tour, décapant, émouvant, sensible, Edmund White nous embarque dans ses univers et dans ses opinions sur l'art et la vie. « Mes psys », « Mes femmes », «Ma mère », « Mes tapins », « Mes amis », « Mon Europe », « Mon Genet »... sont autant de chapitres qui constituent ces mémoires à l'écriture ciselée et d'une mélancolie déchirante.

Et que le vaste monde poursuive sa course folle – Column McCann

Dans le New York des années 1970, un roman polyphonique aux subtiles résonances contemporaines, une œuvre vertigineuse. 7 août 1974. Sur un câble tendu entre les Twin Towers s'élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires. Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu'il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n'avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants... Une ronde de personnages dont les voix s'entremêlent pour restituer toute l'effervescence d'une époque. Porté par la grâce de l'écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l'histoire d'un monde qui n'en finit pas de se relever.

Attention dieu méchant – Shalom Auslander

Jubilatoires, iconoclastes et hilarantes, des histoires délicieusement blasphématoires, par l'auteur de La Lamentation du prépuce. Entre Kafka, Beckett et Philip Roth, un régal de drôlerie, d'une liberté de ton aussi profonde que rafraîchissante. Y a-t-il là-haut quelqu'un qui m'aime ? Cette question hante Bloom depuis qu'il a failli mourir. Mais, face à l'inefficacité de Lucifer et de la Mort, en grand débat sur les méfaits des défibrillateurs, Dieu descend sur terre finir le travail lui-même. Deux hamsters, Donut et Beignet, attendent Joe, leur maître. Confiant dans la bonté de son dieu nourricier, Donut se met à prier. Affamé, Beignet commence à douter. Après une nuit de rêves impurs, Motty, élève d'une yéchiva loubavitch de dix-huit ans, se réveille avec une poitrine velue, un débardeur Budweiser et une furieuse envie de bricoler. Que vont penser les siens de son nouveau corps de chef de chantier goy ? Rabbins violents, épouses perverses, chiens culpabilisateurs et chimpanzés suicidaires peuplent ce recueil complètement original, qui, derrière un humour dévastateur, soulève des questions fondamentales sur la condition humaine et son besoin d'interdits.

  • Livre de Poche

Jezabel – Irène Némirowski

Procès d'une très belle femme, plus très jeune, qui écoute dans le boxe des accusés le récit de sa propre vie : l'enfance, l'exil, l'absence du père, le mariage, les relations houleuses avec sa fille, l'âge et le déclin, jusqu'à l'acte irréparable. Un huis clos qui questionne aussi la culpabilité du temps, l'érosion des sentiments et l'illusion passionnelle.

Le CV de Dieu – Jean-Louis Fournier

Après avoir créé le ciel, la Terre, les animaux et l'homme, Dieu commença à s'ennuyer. Il lui fallait de l'activité. Il décida de chercher du travail et comme tout un chacun, il rédigea son curriculum vitae...

Le mystère de Si-Fan – Fu Manchu – Sax Rohmer

Voici que Sir Gregory, de retour du Tibet, meurt dans les bras de Nayland Smith ! L'agent spécial soupçonne le Si-Fan, la puissante organisation secrète à laquelle appartenait Fu Manchu. D'emblée l'enquête de Smith flanqué de son inséparable Dr Petrie - couple à la Watson et Sherlock Holmes - entraîne nos héros dans les brumes méphitiques de Londres et les plus sinistres tripots de l'Eau End. Mais Fu Manchu est-il vraiment mort ? Dans le sillage du terrible Chinois, mort ou vif, et sur les traces de ses sbires, pullulent scorpions, fleurs vénéneuses et traîtres orientaux...

  • Folio

Au pays – Tahar Ben Jelloun

À quelques mois de la retraite, Mohamed n'a aucune envie de quitter l'atelier où il a travaillé presque toute sa vie depuis qu'il est parti du bled. Afin de chasser le malaise diffus qui l'envahit, il s'interroge sur lui-même avec simplicité et humilité. Il pense à son amour profond pour l'islam, dont il n'aime pas les dérives fanatiques ; il se désole de voir ses enfants si éloignés de leurs racines marocaines ; il réalise surtout à quel point la retraite est pour lui le plus grand malheur de son existence. Un matin, il prend la route de son village natal, décidé à construire une immense maison qui accueillera tous ses enfants. Un retour «au pays» qui sera loin de ressembler à ce qu'il imaginait.

On dirait vraiment le paradis – John Cheever

Lemuel Sears mène une existence paisible à Manhattan. Conscient de son vieillissement, il vit dans la crainte de ne plus connaître l'amour avant de disparaître. Un jour, il se rend dans la petite ville de Janice pour patiner sur l'étang, et découvre que celui-ci est utilisé comme dépotoir. Révolté, il décide de tout mettre en œuvre pour rendre à Janice son paysage bucolique. Amené à côtoyer les riverains, il rencontrera certaines figures du crime organisé, des politiciens véreux ainsi que quelques bonnes âmes prêtes à t'aider qui utilisent pour ce faire des méthodes pour le moins radicales... Parmi ces personnes, Sears fera la connaissance d'une jeune femme dont il tombera amoureux. On dirait vraiment le paradis, paru aux États-Unis en 1982, inédit en français, est le dernier roman de John Cheever. On y retrouve l'élégance de son style, l'humour omniprésent et l'immense tendresse qu'il porte à ses personnages.

Nous voilà – Jean-Marie Laclavetine

1973. Le cercueil du maréchal Pétain est arraché à sa sépulture de l'île d'Yeu par un commando de fidèles. Ils projettent de l'ensevelir à Douaumont, parmi les pioupious. Mais Paul Destrem et Salvador Martinez, deux trublions indépendants, interceptent par hasard l'illustre dépouille. Ils vont dès lors veiller sur ce trésor de guerre, ardemment convoité par diverses factions. Nous voilà ne raconte pas seulement les tribulations d'un Maréchal en rupture de tombe à travers trois décennies. C'est aussi la chronique ravageuse d'une époque et d'une génération parcourues par les répliques du séisme soixante-huitard, de 1973 à 2007. On y croisera quelques brebis échappées du Larzac, des forts en thème et des forts en gueule, une Islandaise aux yeux de banquise et un Argentin désargenté, des apôtres du président Mao devenus champions de l'Occident chrétien, des enfileuses de perles en plastique et des fumeurs de joints, des idéaux en berne et des idées en l'air, des renégats, des missionnaires, quelques gardes mobiles et un garde-barrière, et aussi une femme qui rit. On y rencontre Samuel, enfant perdu, et ses parents Paul et Lena, couple central du roman, qui essaient d'inventer un amour résistant aux maladies du siècle.

  • Point Seuil

Villa des hommes – Denis Guedj

"Puis- je vous entretenir d'une crise d'un genre très particulier?... Une crise qui a frappé les mathématiques dans leur chair. Moi qui vous parle, j'ai été responsable de la plus grave crise que les mathématiques ont subie depuis les Grecs ! Vingt-trois siècles parsemés de petits bobos sans conséquence et faciles à soigner. Jusqu'à ce que je débarque. "Crise des fondements", ont diagnostiqué mes confrères. Vous-même Monsieur Matthias, si j'ai bien compris, vous êtes employé, avant la guerre, à saper les fondements de la société. Eh bien moi, on m'accuse d'avoir sapé ceux des mathématiques ! Vous voyez bien que nous ne sommes pas réunis par hasard. ". 1917, en Allemagne. Au soir de sa vie, Hans Singer (inspiré par le mathématicien allemand Georg Cantor, père de la "Théorie des Ensembles ") est admis en hôpital psychiatrique. 11 y a déjà séjourné à plusieurs reprises mais, pour la première fois, il va devoir partager sa chambre de la Villa des hommes avec un jeune soldat français, conducteur de locomotive, libertaire et " héros malgré lui ". Ces deux hommes, que tout semble opposer, vont. peu à peu, apprendre à se connaître et lier une amitié - aussi improbable qu'indéfectible.

L'étoile du matin – André Schwarz-Bart

Quand Haïm joue de la flûte, les oiseaux se posent pour l'écouter, les villageois oublient leurs soucis. Pourtant Haïm se heurte à la cruauté des hommes : Juif polonais, il est happé par la machine nazie, connaît les ghettos, les camps de la mort, la haine, le doute. Un sombre destin, parsemé d'étoiles qui se nomment Arieh, David, Rachel ou Sarah. Amis, amantes, tour à tour, ils illumineront sa vie. André Schwarz-Bart est l'auteur du roman devenu mythique, Le Dernier des justes, qui a obtenu le prix Goncourt en 1959. Son dernier roman, L'Étoile du matin, est paru à titre posthume.

Mama Black Widow – Iceberg Slim

Dans ce monde de Blancs haineux, un nègre vaut moins que rien. Otis, débarqué de son Mississippi natal dans un ghetto de Chicago, se débat entre une mère prête à tout pour quelques dollars, un prédicateur pédophile et des macs toxicos. Et Otis n'est pas seulement noir et pauvre, il est tiraillé entre son cœur qui le porte vers les jolies filles et sa chaire qui réclame de beaux mâles. Iceberg Slim, célèbre proxénète de Chicago dans les années 1940 et 1950, a publié plusieurs romans. Mama Black Widow complète la trilogie commencée avec Pimp et Trick Baby, disponibles en Points.

Six heures plus tard – Donald Harstad

Quand une amie de sa fille disparaît à Londres, le shérif Carl Houseman semble tout désigné pour participer à l'enquête. Revendiqué par un étrange mouvement réformiste, le rapt est incompréhensible : ni mobile, ni rançon. Pourquoi cette jeune Américaine ? Qui se cache derrière ce groupuscule de terroristes amateurs ? Loin de tous ses repères, Houseman affronte un ennemi aussi terrifiant qu'inhabituel.

Originaire de l'Iowa, Donald Harstad est ancien shérif. Après Onze Jours, Code 10, - 30°, 5 octobre, 23 h 33 et Quatre Jours avant Noël, disponibles en Points, 6 heures plus tard est son sixième roman publié en France.

Et la fureur ne s'est pas encore tue – Aharon Appelfeld

Bruno Brumhart a cinquante ans. L'heure des bilans. Sa vie ressemble à un long cauchemar : les ghettos, la déportation, les camps, l'errance. Et puis le temps précieux de la halte, dans un château près de Naples, avec les autres déportés. Lieu des désespoirs, des rages mais aussi de rires et d'humanité. Être ensemble pour retrouver l'envie d'exister. Et après ? Même seul, il faudra continuer.

  • Pocket

Le jeu de l'ange – Ruiz Carlos Zafon

« Je t'emmènerai dans un endroit secret où les livres ne meurent jamais et où personne ne peut les détruire ...» Dans la turbulente Barcelone des années 1920, David, un jeune écrivain hanté par un amour impossible, reçoit l'offre inespérée d'un mystérieux éditeur : écrire un livre comme il n'en a jamais existé, « une histoire pour laquelle les hommes seraient capables de vivre et de mourir, de tuer et d'être tués », en échange d'une fortune et, peut-être, de beaucoup plus. Du jour où il accepte ce contrat, une étrange mécanique de destruction se met en place autour de lui, menaçant les êtres qu'il aime le plus au monde. En monnayant son talent d'écrivain, David aurait-il vendu son âme au diable ?

31 octobre 2010

ROBERT CAPA, PREMIER REPORTER DE GUERRE

  • De Delphot à Magnum : l'histoire du photo-reportage

"If your pictures aren't good enough, you aren't close enough" (si vos photos ne sont pas bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près).

S'il est un nom connu dans l'histoire du photo-reportage, c'est bien celui de Robert Capa. Et pour cause... Il en est le pionnier. Il arrive parfois que l'histoire avec un grand H vienne se mêler de votre existence pour en modifier le sens. C'est toute la vie de Robert Capa.

Originaire de Hongrie, rien ne prédestinait Endré Erno Friedman à se métamorphoser en Robert Capa. Plutôt les vicissitudes de l'histoire. En 1931, il quitte précipitamment son pays natal et sa dérive fascisante pour un Berlin encore épargné pour quelques temps par la peste brune. Bien décidé à devenir journaliste, il entreprend des études de sciences politiques. Pour aider sa famille, il travaille comme assistant à la Delphot, prestigieuse agence photographique de presse de Simon Gutman. Cette rencontre - providentielle - lui permettra de réaliser son premier photo-reportage sur Léon Trotsky, en exil au Danemark. Son destin est tracé, bien qu'il n'en n'ait pas pris conscience. Il va devenir l'un des plus grands photographes et le premier reporter de guerre du 20ème Siècle. Seulement, des nuages sombres et funestes s'amoncellent au-dessus de la plupart des pays d'Europe. Avec l'accession au pouvoir d'Hitler en 1933 et sa situation de juif communiste, il quitte Berlin pour Paris. C'est là qu'il rencontrera André Kertesz, David Seymour et Henri Cartier-Bresson. De cette amitié, naîtra l'une des plus grandes agences photos connues : Magnum.

Avant cette aventure professionnelle, il rencontre l'amour à Paris, sous les traits de Gerda Pohorylle - alias Gerda Taro - réfugiée juive allemande d'origine polonaise. C'est elle qui façonnera le personnage de Robert Capa qui - pour peu temps encore - s'appelle toujours André Friedmann. Bien avant Magnum, il créera une autre agence : Alliance-Photo avec Maria Eisner. C'est Gerda Taro qui a l'idée de créer la légende d'un prestigieux photographe, travaillant aux côtés de l'équipe. Il est riche. Il est américain. Il est mondain. Petit à petit, André Friedmann cède le pas à Robert Capa. Mais Capa ne serait pas Capa sans la guerre d'Espagne.

En 1936, il couvre la guerre civile aux côtés des Républicains, pour les magazines Vu et Regards. Gerda Taro le suit. A eux deux, ils seront de tous les fronts. C'est aussi là que se développe son style - bien particulier - au plus près de l'action, lorsque l'homme fait face au danger, prend des risques, se met en péril, devient authentique, sincère, fait face à la mort souvent. C'est pourquoi les photos les plus représentatives sont souvent approximatives, floues et mal cadrées. Il obtiendra la renommée grâce à une photo célèbre, intitulée "Mort d'un soldat républicain". Elle sera le symbole de la guerre d'Espagne, même si cette image reste sujette à caution aujourd'hui encore. Beaucoup de spécialistes se demandant si celle-ci est une reconstitution d'une réalité vue, ou bien une photo prise sur le vif. Gerda Taro tombera pendant la guerre d'Espagne sur le front, en 1937. Robert Capa ne se remettra jamais complètement de cette disparition. En 1938, Robert Capa est envoyé par Life sur le conflit sino-japonais. La même année, il est couronné plus grand reporter de guerre du monde. Entre la guerre d'Espagne et la 2ème Guerre Mondiale, Robert Capa va se consacrer à des sujets plus légers. Il abordera des thèmes comme le pèlerinage de Lisieux ou le Tour de France, pour Match ou Paris Soir.

En 1940, toujours menacé parce que Juif et communiste hongrois, Robert Capa se réfugie aux États-Unis. Il sera chargé, par les magazines Colliers et Life, de couvrir tous les combats d'Europe des troupes américaines. Le 6 juin 1944, Robert Capa débarquera avec la 1ère vague d'assaut d'Omaha Beach. Pendant six heures, il photographiera sans relâche la guerre et les hommes qui la font. Au plus près. Une fois de plus. Pour Life, il prend une centaine de clichés, qu'une erreur fera presque tout détruire. Il ne reste que onze photos qui serviront l'histoire et l'horreur vécues par ces hommes se battant et se débattant contre les flots et la mort, aux premières heures de la Liberté. Robert Capa sera toujours à la recherche de la photo différente, qui sorte de l'habituel, du classique et itératif. Il gardera jusqu'au bout une vision humaine et humaniste d'événements souvent douloureux, parfois effrayants et inhumains. C'est au nom de tout cela qu'il refusera de photographier la libération des camps de concentration, contrairement à Lee Miller ou d'autres.

En 1947, il fonde avec Cartier-Bresson et Seymour l'agence coopérative Magnum. Parallèlement à ses activités, son amitié avec John Steinbeck l'amène à visiter la Russie. De ce voyage commun, naîtra un livre "A Russian Journal", dont les photos ont toutes été prises par Robert Capa. En 1948, c'est le Proche Orient qui l'attire et la création de l'État d'Israël. Ses photos feront l'objet d'un livre "Report on Israël", écrit par Irwin Shaw. En 1954, Capa est au Japon et apprend que Life cherche un correspondant pour suivre la guerre d'Indochine. Il se porte volontaire. En parcourant le Tonkin, Robert Capa marche sur une mine. C'était le 25 mai 1954.

Il nous reste de Robert Capa ses photos qui, toutes, reflètent son profond humanisme, son amour des êtres et sa compassion pour les grandes douleurs et les petites misères des humbles, des sans noms, sans titres, des victimes. Lui qui disait "Like people and let them know it" (aime les hommes et fais leur savoir) nous a légués de véritables chefs d'œuvre sur pellicule. Franck et Vautrin se sont largement inspirés de la vie de Robert Capa pour leur série "Les aventures de Boro, reporter photographe". Actuellement, une exposition a lieu à New York autour de clichés relatifs à la Guerre civile espagnole retrouvés dans une valise.

24 octobre 2010

L’INDE, ENTRE PASSE ET AVENIR

  • Le défi indien Pourquoi le XXIe Siècle sera le siècle de l'Inde – Pavan K. Varma – Babel Poche n°798


« Qu'est-ce que c'est qu'être indien ? Une telle interrogation est particulièrement pertinente aujourd'hui, non seulement pour l'Inde elle-même, mais aussi pour le monde tout entier. Au XXIe Siècle, un humain sur six sera indien. L'Inde sera probablement devenue le deuxième marché de consommation du monde, avec une classe moyenne de plus d'un demi-milliard de personnes dotées d'un réel pouvoir d'achat. L'économie indienne est déjà la quatrième au monde en termes de parité de pouvoir d'achat. Elle se situe parmi les dix premières économies mondiales en termes de produit national brut ». Sir Winston Churchill a un jour dit que l'Inde était « […] une simple expression géographique ». Vision concise du colonisateur au colonisé. Cependant, malgré sa grande clairvoyance, celui-ci avait omis une donnée importante : sa démographie exponentielle, sa croissance politique et économique, essentiellement basée sur le clientélisme. Depuis la fin de l'impérialisme britannique, les indiens se sont développés pour devenir une puissance qui compte. Elle est la 2ème diaspora du monde, la communauté étrangère la plus riche des États-Unis et du Royaume-Uni. Les Indiens ont même rejoint les Juifs d'Anvers dans la Bourse des Diamants. En bref, l'Inde est un pays qui va bientôt se retrouver l'égal des grandes puissances occidentales et nucléaires. L'hebdomadaire « The Economist » évoque l'Inde comme « […] un éléphant à son réveil, traînant péniblement sa charge vers son emplacement réservé sur le marché ».

Vu de l'Occident, l'Inde est encore perçue comme un pays pacifique – tiré du mythe de l'ahimsa, vendu par Gandhi -, tolérant vis-à-vis des autres religions et souvent vue comme hors du monde du fait de ses traditions. N'en croyez rien. Au contraire, la société indienne est non seulement incroyablement avant-gardiste, mais elle est surtout pragmatique. La notion de caste et la hiérarchisation des relations sociales sont encore prégnantes et bien définies. « D'une manière générale, les Indiens sont opposés à la violence dès lors qu'elle crée un niveau d'instabilité ou de désordre qui menace le système social. Toutefois, dans un milieu contrôlé, comme l'application de la hiérarchie des castes ou de la pureté, lorsque la violence a une sanction sociale ou qu'elle est soutenue par une force supérieure en nombre, les Indiens peuvent être aussi violents que n'importe quel autre peuple ». Si elle n'était pas telle qu'elle s'est constituée pour survivre, sans doute que son système politique en serait moins corrompu.

En Inde, modernité et démocratisation de la société n'empêchent pas que chacun respecte et flatte l'autre. La corruption est une valeur contenue dans le quotidien de chaque Indien et codifie leur existence. Chacun est déférent vis-à-vis de son supérieur uniquement parce qu'il se sait respecté par son subalterne. « La corruption elle-même, selon une excellente réflexion récente, ne concerne pas seulement le gain matériel. « Dans une société comme la nôtre, où la valeur d'égalité morale de chaque individu est rarement affirmée, l'un des moyens par lesquels les gens expriment leur propre valeur est d'être capable d'exercer un pouvoir discrétionnaire sur d'autres. La corruption concerne tout autant l'attrait du pouvoir que celui de l'argent, et l'intensité frénétique de la compétition pour la puissance dans cette société est largement due au fait que, sans le pouvoir, votre valeur morale ne sera pas reconnue. La corruption est l'une des façons d'exercer ce pouvoir » ».

Dans cette société où les qualités ancestrales et la simultanéité se côtoient, un élément est prééminent, celle de la moralité attachée à la religion hindoue. En effet, chaque Indien a assimilé le moral et l'amoral. Le spirituel est incarné par le Karma, concept de naissance et de renaissance récurrent en fonction de la nature des actes commis. L'essentiel est que cela n'interfère pas avec les intérêts personnels et professionnels. Ainsi, les Indiens n'adhèrent pas aux valeurs d'honnêteté et de rigueur. Dans leur esprit, la fin justifie les moyens. Peu importe s'il faut pour cela donner des dessous de table pour atteindre le but fixé.

De même, l'altruisme, cette capacité à agir pour la communauté sans rien attendre en retour est une disposition suspecte chez les Indiens. C'est plutôt la suspicion qui règne en maître dans cette société où le mauvais œil et l'envie prédominent. « Cette ambiance de méfiance crée deux mondes opposés mais qui coexistent, l'un fait de déférence, l'autre d'hostilité. La déférence se montre quand l'attraction gravitationnelle du centre du pouvoir est forte ; l'hostilité fait surface lorsque cette attraction faiblit ; les deux coexistent lorsqu'il s'établit un équilibre ». L'Indien est ultra-matérialiste, jusque dans ses croyances et la religion. Seules comptent les offrandes financières dans les lieux cultuels visités par les dévots et les touristes étrangers. Et malheur à qui tenterait de réformer leur représentation de la charité !

Dans cette société basée sur le consumérisme à outrance et l'apparence, le capitalisme est roi. L'idée d'un État Providence social qui prendrait en compte les plus pauvres pour leur apporter assistance matérielle et réconfort psychologique serait immédiatement rejetée par la totalité de la population, riches et pauvres confondus. Les plus fortunés ne se soucient aucunement des plus nécessiteux de leurs congénères. De leur côté, les indigents des bidonvilles n'aspirent qu'à un seul et unique objectif, grimper l'échelle sociale et changer de statut. « Dans l'un des pays les plus pauvres du monde, l'aspiration à la richesse, en tant qu'objectif se suffisant à lui-même, est universelle ; les pauvres sont peut-être démunis, mais ils ne sont pas différents des riches à cet égard. Eux aussi veulent être riches et sont prêts à tout risquer pour y parvenir, pour peu que l'occasion se présente. Le montant total de la loterie organisée en Inde atteint pratiquement sept milliards de dollars, soit environ 2 % du produit intérieur brut du pays. Chacun ne peut pas gagner, mais chaque fois qu'un pauvre a réussi à grimper sur le char de la classe moyenne, ou même plus haut, il montrera exactement la même insensibilité que les riches à ceux qui sont restés derrière ».

Avec le « Défi indien », Pavan K. Varma a dû se faire quelques millions d'ennemis dans une Inde qui compte plus de un milliard d'habitants ! Ouvrage singulier, iconoclaste, l'auteur – ancien diplomate et haut fonctionnaire en charge des Relations Culturelles – a décidé de nous faire découvrir le vrai visage de l'Inde. Très éloignée des poncifs qui voudraient que ce pays soit celui de la spiritualité, apôtre de la non-violence – précepte du Mahatma Gandhi pour chasser l'occupant britannique -, l'image que nous donne Pavan K. Varma déboulonne toutes ces théories.

La spiritualité et la relation aux divers dieux de l'Hindouisme sont invoquées, non dans l'espoir d'une vie meilleure après, mais pour le présent, le concret. Chaque Indien, aisé ou malheureux, fait des offrandes essentiellement pour améliorer leur quotidien. On parle aux dieux et déesses comme on traite une affaire commerciale !

De même, avec nombre d'exemples, de témoignages, l'auteur relate l'ingéniosité, l'inventivité et la créativité des Indiens. En Inde, rien ne se perd, tout se transforme et 60 % de l'économie locale se fait dans la rue, grâce à la méthode de recyclage permanent. Cette économie informelle permet ainsi aux plus miséreux d'entre eux de percevoir des revenus de leur travail. De nombreuses micro-sociétés ont vu le jour grâce à la ténacité indienne et à la création de coopératives se développant par le micro-crédit bancaire. Cette économie qui s'apparenterait en Occident à une économie de bouts de chandelles, génère toutefois des millions d'emplois et de dollars en Inde.

« Le défi indien » de Pavan K. Varma sort des sentiers battus avec son Inde entre coutumes, vénérations et avant-gardisme. C'est un ouvrage à lire pour connaître une autre facette, la part immergée, réelle, quotidienne d'un pays qui – n'en doutons pas un instant – deviendra une puissance économique, technologique et financière avec qui il faudra compter dans les prochaines décennies.



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21 octobre 2010

JEUDI, C’EST CITATION !


« Nos yeux se remplissent peu à peu de teintes douces qui correspondent aux suaves modulations saisies par le sens auditif. Et puis la note bleue résonne et nous voilà dans l'azur de la nuit transparente. Des nuages légers prennent toutes les formes de la fantaisie ; ils remplissent le ciel ; ils viennent se presser autour de la lune qui leur jette de grands disques d'opale et réveille la couleur endormie. Nous rêvons d'une nuit d'été. Nous attendons le rossignol ».

« Écoutez comme il rêve, comme il pleure, comme il chante avec douceur, tendresse et mélancolie ; comme il exprime parfaitement tous les sentiments les plus tendres et les plus élevés / … / On peut dire que Chopin est le créateur d'une école de piano et d'une école de composition ».

« Chopin a passé parmi nous comme un fantôme … ». (Franz Liszt)

« Un poète des mondes intérieurs, de l'au-delà des notes, du chant de l'âme profonde qui en font l'héritier de Mozart et le précurseur de Debussy ». (Jean-Jacques Eigeldinger – Biographe de Frédéric Chopin)

« Ses phrases musicales sont si libres, si flexibles, si tactiles, qui commencent par chercher et essayer leur place en dehors et bien loin de leur direction de départ, bien loin du point où on avait pu espérer qu'atteindrait leur attouchement, et qui ne se jouent dans cet écart de fantaisie que pour revenir plus délibérément, d'un retour plus prémédité, avec plus de précision, comme sur un cristal qui résonnerait jusqu'à faire crier, vous frapper au cœur ». (Marcel Proust)


Qui, en pensant au piano, ne songe d'abord à Frédéric Chopin ? Enfant précoce, pianiste virtuose tôt reconnu, il puisa dans la matière brute de la musique populaire de son pays pour la sublimer en un art novateur et singulier. C'est en explorateur de toutes ces ressources, plutôt qu'en interprète étincelant de sa seule virtuosité, que Chopin réussit à en extraire une œuvre musicale originale et forte.

Il traversa son époque, tel un météore, rencontrant les grands artistes romantiques de son temps, en apportant sa contribution à ce courant dont il fût un des porte-parole. Il laissa une œuvre musicale riche et multiforme, surtout pour son instrument de prédilection, le piano, et influença bien d'autres compositeurs tels que Bedrich Smetana, Antonin Dvorak, Béla Bartok, ou encore Zoltan Kodaly.


« Frédéric Chopin – L'âme du piano » - Claude Clément – Éditions du Jasmin