1 octobre 2011

QUE LIRA-T-ON EN OCTOBRE ?

C'est une excellente question, ça ! Voyons voir ce que nous proposent les éditions poches en ce mois d'automne ...
  • 10/18
Le cherche-bonheur - Michael Zadoorian

Ella et John Robina, couple de citoyens américains à la retraite, vus pour la dernière fois au volant de leur camping-car le Cherche-bonheur, aux abords de Detroit. Si vous avez des informations, merci de contacter au plus vite leurs enfants au numéro qui suit...Après une longue vie et soixante ans de mariage, la santé chancelante et la mémoire qui flanche, Ella et John savent que leurs jours d'autonomie sont comptés. Si John ne se souvient plus nécessairement si on est mardi ou jeudi, il peut encore conduire. Ella le "kidnappe" donc, avec une seule idée en tête : partir une dernière fois à l'aventure. C'est le début d'un périple extraordinaire...

La saison des mangues introuvables - Daniyal Mueenuddin


A la fin des années soixante-dix, entre Lahore et Islamabad, tandis que décline l'ordre féodal du Pakistan une galerie inoubliable de serviteurs, de chauffeurs, de contremaîtres et de comptables gravite en huit histoires entrelacées autour de K K Harouni, propriétaire terrien, distant et négligent. Saleema a vingt-quatre ans quand elle tombe enceinte d'un vieux domestique qui finit par l'abandonner, avec son petit garçon, dans les rues de Lahore, à la mort de K.K. Harouni... Un jardinier est emprisonné et torturé par la police... La jeunesse dorée d'Islamabad n'est pas en reste avec la vie dissolue de Lily, qui cherche une rédemption dans les bras d'un jeune fermier trop sérieux dans un Pakistan post-colonial en cours d'implosion... A la lecture de ces fictions ciselées sur le Pakistan moderne où le bonheur est rare, le destin inévitable, et où chacun cherche sa place à l'heure où s'épuisent les traditions, on n'est pas sans penser à Tchekhov, voire aux Gens de Dublin de Joyce. Avec le même art du détail et la même passion pour ses personnages, Daniyal Mueenuddin fait une entrée retentissante en littérature. Un recueil aux odeurs de poussière, de luxure et de mangues.


Un amour exclusif - Johanna Adorjan

Vera et István s'aiment passionnément depuis un demi-siècle. Ils ont survécu à la Shoah, au régime communiste, à l'insurrection de Budapest et à l'exil au Danemark. Jusqu'à ce dimanche d'octobre 1991 ou ils décident de mourir, ensemble... Traquant les souvenirs, Johanna Adorján part sur les traces de leur destinée belle et douloureuse. L'histoire d'un amour hors du commun, otage d'un siècle chaotique, retracé avec pudeur et tendresse par la petite-fille de ce couple inoubliable.

Dernier hiver - Ake Edwardson

Un matin de décembre, une patrouille de police est appelée dans un appartement de Vasastan. Elle trouve un homme en état de choc. Sa compagne est allongée dans leur lit, morte. Quelques jours après se produit un meurtre identique : une femme est étouffée dans un bel appartement du même quartier, son ami à ses côtés. Malgré leurs dénégations, les deux hommes sont les principaux suspects. Il s’agit désormais d’obtenir des aveux. Pourtant, un détail dans les deux appartements intrigue une jeune auxiliaire de police, qui ne peut s’empêcher d’y penser. Quelque chose détonne… Le Dernier Hiver est le dixième et dernier épisode des aventures du commissaire Erik Winter et ses collègues de la police de Göteborg, une série policière saluée à travers le monde entier.

L'indésirable - Sarah Waters

Au hasard d'une urgence, Faraday, médecin de campagne, pénètre dans la propriété délabrée qui a jadis hanté ses rêves d'enfant : il y découvre une famille aux abois, loin des fastes de l'avant-guerre. Mrs Ayres, la mère, s'efforce de maintenir les apparences malgré la débâcle pour mieux cacher le chagrin qui la ronge depuis la mort de sa fille aînée. Roderick, le fils, a été grièvement blessé pendant la guerre et tente au prix de sa santé de sauver ce qui peut encore l'être. Caroline, enfin, est une jeune femme étonnante d'indépendance et de force intérieure. Touché par l'isolement qui frappe la famille et le domaine, Faraday passe de plus en plus de temps à Hundreds. Au fil de ses visites, des événements étranges se succèdent : le chien des Ayres, un animal d'ordinaire docile, provoque un grave accident, la chambre de Roderick prend feu en pleine nuit, et bientôt d'étranges graffitis parsèment les murs de la vieille demeure. Se pourrait-il qu'Hundreds Hall abrite quelque autre occupant ? Dans ce roman à tiroirs, Sarah Waters revisite avec le talent qu'on lui connaît les codes des classiques anglais, d'Henry James à Edgar Allan Poe.

  • Livre de Poche
En un monde parfait - Laura Karsischke

Jiselle, la trentaine et toujours célibataire, croit vivre un véritable conte de fées lorsque Mark Dorn, un superbe pilote, veuf et père de trois enfants, la demande en mariage. Sa proposition paraît tellement inespérée qu'elle accepte aussitôt, abandonnant sa vie d'hôtesse de l'air pour celle, plus paisible croit-elle, de femme au foyer. C'est compter sans les absences répétées de Mark, les perpétuelles récriminations des enfants et la mystérieuse épidémie qui frappe les États-Unis, leur donnant des allures de pays en guerre. L'existence de Jiselle prend alors un tour dramatique... Ce qui est rare chez Laura Kasischke, c'est ce curieux mélange de maîtrise et d'émotion, d'étrangeté et de simplicité, d'atrocité et de poésie. Douée d’un talent de narration peu commun, Laura Kasischke est une écrivaine capable de déchaîner la terreur et d’en faire surgir la beauté. Olivia de Lamberterie, Elle.

L'intranquille - Gérard Garouste

Je suis le fils d’un salopard qui m’aimait. Mon père était un marchand de meubles qui récupéra les biens des juifs déportés. Mot par mot, il m’a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation. A vingt-huit ans, j’ai connu une première crise de délire, puis d’autres. Je fais des séjours réguliers en hôpital psychiatrique. Pas sûr que tout cela ait un rapport, mais l’enfance et la folie sont à mes trousses. Longtemps je n’ai été qu’une somme de questions. Aujourd’hui, j’ai soixante-trois ans, je ne suis pas un sage, je ne suis pas guéri, je suis peintre. Et je crois pouvoir transmettre ce que j’ai compris. G . G. Un livre qui a la puissance d’un roman, traversé par l’antisémitisme, les secrets de famille, l’art, la folie et l’amour. Un autoportrait bouleversant.

La chute du mur - Jean-Marc Gonin / Olivier Guez

Le 6 octobre 1989, quand il reçoit Gorbatchev pour célébrer les 40 ans de la RDA, Erich Honecker contemple avec sérénité l'avenir de son pays. Et pourtant, un mois plus tard, le tourbillon de l'Histoire balaie toutes ses illusions : le Mur de Berlin tombe dans la nuit du 9 au 10 novembre. Pendant ces quelques semaines, dans l'atmosphère électrique de l'automne allemand de 1989, ils sont des dizaines à affronter la Stasi au prix de leur liberté, des dizaines à ébranler, chacun à leur manière, le Mur et la dictature : c'est un pasteur accueillant les contestataires dans son église, c'est Kurt Masur organisant des forums de libre discussion à Leipzig, ce sont les activistes imprimant des tracts la nuit et bravant les Vopos à Leipzig ou à Berlin, ce sont enfin les sbires de la Stasi qui tenteront jusqu'au dernier moment de manipuler l'opposition pour sauver le régime... Reporters expérimentés, Jean-Marc Gonin et Olivier Guez les ont rencontrés au cours de deux années d'enquête et ont fait de ces acteurs anonymes les héros de ce livre, au même titre que les leaders de l'époque. A partir de leurs témoignages et d'un considérable travail d'archive, ils racontent de l'intérieur ces jours qui ont fait basculer le XXe siècle. Un récit digne des meilleurs thrillers.

La panthère - Sophie Des Horts

Jeanne Toussaint voit le jour dans la Flandre des brodeuses, à la fin du XIXe siècle. Dotée d’un goût très sûr et d’une volonté d'acier, elle part à la conquête de Paris, où elle enflamme le cœur de Louis Cartier, qui lui enseigne les pierres précieuses et les alliages mystérieux. De leur amour naissent des bijoux fabuleux : oiseaux de paradis, aigrettes et diadèmes ciselés, mais surtout la mythique panthère... Un style est né, le sien. Dans une traversée du siècle où l'on croise Proust, Cocteau, Hemingway, Scott et Zelda, Coco Chanel, ou encore la duchesse de Windsor, Stéphanie des Horts met en lumière le destin extraordinaire de la géniale Jeanne Toussaint.

Clara Malraux - Dominique Bona

Malraux, ce n'est pas seulement André. C'est aussi Clara : sans elle, sa vie, sa légende auraient sans doute été différentes. Entre eux a existé un lien fait de complicité et de passion. Ils se sont aimés, déchirés, trompés. Ils ont tout connu ensemble, sauf l'ennui. Vivant éperdument et en communion les fêtes des années vingt, à la confluence des débats intellectuels, politiques et artistiques, ils ont trouvé dans les voyages l'exotisme, la révolution chinoise, la drogue qui convenait à leurs tempéraments survoltés. […] Destin magnifique et cruel. Ce livre montre comment une femme moderne, libre, tente d'exister à l'ombre d'un grand homme. Non pas par lui mais avec lui. Et même, sans lui. D. B. La biographie de Dominique Bona se lit comme un roman. Roman de guerre, roman politique, roman d’amour. Bernard Pivot, Le Journal du dimanche. Passionnant et bouleversant de la première à la dernière page.

Love Medicine - Louise Erdrich

De 1934 à nos jours, les destins entrelacés de deux familles indiennes, isolées dans leur réserve du Dakota, à qui les Blancs ont non seulement volé leur terre mais aussi tenté de voler leur âme. Mêlant comédie et tragédie, puisant aux sources d'un univers imaginaire, riche et poétique, qui marque tous ses livres, de Dernier rapport à Little No Horse à Ce qui a dévoré nos cœurs, ce premier roman de Louise Erdrich est présenté ici dans sa version définitive, reprise et augmentée par l'auteur.

  • Folio
La mise à nu des époux Ransome - Allan Benett

Un soir, en rentrant de l'opéra, Mr et Mme Ransome, incarnation d’une bourgeoisie
britannique pétrie de convenances, retrouvent leur appartement cambriolé, ou plutôt vidé. Tout a disparu, jusqu'aux plinthes et au papier toilette. Monsieur cherche les coupables, Madame, d'abord effondrée, se rêve peu à peu une nouvelle vie. Le fragile voile des conventions se déchire. Il va falloir trouver du linge, des meubles et affronter le monde extérieur, ce grand inconnu peuplé d'individus aux manières extravagantes, épicier pakistanais, grossier inspecteur de police, ménagère abrutie de télévision…. Alan Bennet, l’auteur de La reine des lectrices, nous offre une satire réjouissante, égratignant sans vergogne le snobisme d’un couple anglais et ses petits compromis.

L'écriture comme un couteau - Annie Ernaux

"J'importe dans la littérature quelque chose de dur, de lourd, de violent même, lié aux conditions de vie, à la langue du monde qui a été complètement le mien jusqu'à dix-huit ans, un monde ouvrier et paysan. Toujours quelque chose de réel. J'ai l'impression que l'écriture est ce que je peux faire de mieux, dans mon cas, dans ma situation de transfuge, comme acte politique et comme "don". C'est la première fois qu'Annie Ernaux publie un livre d'entretiens. Avec Frédéric-Yves Jeannet, elle parle de sa venue à l'écriture, de sa manière de travailler, de ses raisons d'écrire. Cette édition est augmentée d'une postface inédite d'Annie Ernaux.


La centrale - Élisabeth Filhol

« Quelques missions ponctuelles pour des travaux routiniers d'entretien, mais surtout, une fois par an, à l'arrêt de tranche, les grandes manœuvres, le raz-de-marée humain. De partout, de toutes les frontières de l'hexagone, et même des pays limitrophes, de Belgique, de Suisse ou d'Espagne, les ouvriers affluent. Comme à rebours de la propagation d'une onde, ils avancent. Par cercles concentriques de diamètre décroissant. Le premier cercle, le deuxième cercle... Le dernier cercle. Derrière les grilles et l'enceinte en béton du bâtiment réacteur, le point P à atteindre, rendu inaccessible pour des raisons de sécurité, dans la pratique un contrat de travail suffit. Ce contrat, Loïc l'a décroché par l'ANPE de Lorient, et je n'ai pas tardé à le suivre ».


Une autre mer - Claudio Magris

Il était une fois un philosophe radical, Carlo Michelstaedter, mort en 1910 à vingt-deux ans, au lendemain de l’achèvement de sa thèse,
La persuasion et la rhétorique. Il était une fois un de ses disciples et amis, Enrico Mreule, le héros de ce roman, qui, se voulant fidèle à la pensée de son maître, refusa tout engagement professionnel, politique et familial. De la Patagonie à l’Istrie, de la Grande Guerre au fascisme, il veut vivre au présent, ne pas s’inventer de vains défis, tandis que s’enfuit la vie véritable…


Scènes de vie villageoise - Amoz Oz

Nous voici à Tel-Ilan, un village centenaire fondé par les pionniers bien avant la création de l’État d’Israël. Une petite communauté villageoise y vit entourée de vignes et de vergers, et la vie semble s’écouler paisiblement. Depuis quelque temps pourtant, les gens de la ville envahissent les rues du bourg au moment du Shabbat, et avec eux, la spéculation immobilière et la vulgarité. Mais Pessah Kedem, ancien membre de la Knesset, est un vieillard inquiet pour d’autres raisons. Il n’aime pas le jeune étudiant arabe que sa fille Rachel héberge dans l’annexe au fond de la
cour, et surtout, il est convaincu que quelqu’un creuse sous sa maison la nuit. L’agent immobilier Yossi Sasson, lui, convoite depuis longtemps la maison de Batya Rubin, une des plus vieilles du village, et lorsque la fille de la propriétaire l’invite non seulement à la visiter de fond en comble, mais se montre très affectueuse à son égard, il croit déjà toucher au but. Sauf que…Kobi Ezra lui, cherche à surmonter la timidité de ses dix-sept ans pour séduire la jolie bibliothécaire du village, pendant que Gili Steiner, médecin remarquable et célibataire endurcie, attend en vain l’arrivée de son neveu Gideon, dont elle a pourtant cru trouver le manteau dans le dernier car arrivé de la ville. Quant au maire de la ville, Beni, il ne comprend pas pourquoi sa femme lui a fait remettre une note comprenant seulement ces mots «Ne te fais pas de soucis pour moi»... En huit nouvelles qui se lisent comme un roman, Amos Oz fait surgir une société villageoise imaginaire. Un décor unique et des personnages récurrents lui permettent de tendre un miroir à nos passions, nos doutes, nos misères et nos joies. Son écriture oscillant entre tendresse, mélancolie et âpreté serre de très près la fragilité de nos vies, et sa manière subtile de nous plonger dans une comédie humaine, certes très israélienne mais surtout universelle, confirme une fois de plus son immense et incomparable talent.

Entretiens avec le bourreau - Kazimierz Moczarski

Le bourreau, c'est le général SS Jürgen Stroop...
Condamné à mort en 1947 par le tribunal américain de Dachau pour l'assassinat de pilotes prisonniers de guerre, il fut remis deux mois plus tard aux autorités polonaises pour répondre de la liquidation du ghetto de Varsovie en avril-mai 1943. Quant à Kazimierz Moczarski, résistant de l'Armée de l'Intérieur (A.K.), il a été arrêté en 1945 par les services de sécurité communistes, condamné à mort après un procès truqué et enfermé pendant une partie de sa détention dans la même cellule que Stroop. Perversion ? Torture d'un raffinement suprême ? Toujours est-il que de cette cohabitation contre nature de la victime et du bourreau, Kazimierz Moczarski a tiré un document stupéfiant, tragique mais parfois aussi cocasse, et qui n'intéressera pas que les historiens. Faisant taire sa haine et les souvenirs des combats de la veille, oubliant sa propre condamnation à mort et les tortures auxquelles il était soumis, Kazimierz Moczarski a tenté pendant 225 jours de comprendre les mécanismes qui ont pu conduire un Allemand très ordinaire à prendre part au génocide après s'être hissé jusqu'aux sommets de l'équipe dirigeante du IIIe Reich. Sans autre secours, dans cette extraordinaire enquête, que celui d'une patience à toute épreuve et d'une mémoire prodigieuse forgée par les années de clandestinité. Jürgen Stroop a été pendu à Varsovie le 6 mars 1956.


Moisson rouge - Dashiell Hammet

Le vieil Elihu Willsson règne en maître sur la petite ville minière de Personville dans le Montana depuis qu'il a utilisé les services de la pègre pour réprimer des grèves locales. Mais les truands sont bien décidés à rester et à imposer leur loi. Il fait alors appel à un détective privé peu regardant quant aux méthodes expéditives et illégales pour nettoyer la ville... Traversé par une violence paroxystique, mené sur un mode frénétique, Moisson rouge est le grand roman sur le capitalisme sauvage des années 1920.
  • Points Seuil
La séparation - Dan Franck

Un homme, une femme, l’approche insidieuse d’une rupture. Le narrateur note les petits riens, la tendresse qui s’émousse, le désir de liberté qui s’affirme, les silences plus lourds que le plomb, qui annoncent l’amour défait. Elle est tombée amoureuse d’un autre, mais le vrai coupable s’appelle le temps qui passe, et la séparation devient une issue autant fatale que désirée…

Mensonges sur le divan - Irvin D. Yalom

Psychanalyste reconnu, Ernest Lash est en proie au doute : en se montrant plus
proche de ses patients ne parviendrait-il pas à de meilleurs résultats ? Quand Carol Leftman, brillante et séduisante avocate, entre dans son cabinet, il met en pratique sa nouvelle théorie. Mauvaise pioche : Carol, convaincue que son mari l’a quittée sur les conseils dudit psychanalyste a décidé de le piéger…

La méthode Shopenhauer - Irvin D. Yalom


Quand Julius Hertzfeld, un célèbre psychiatre de San Francisco, apprend qu’il n’a plus que quelques mois à vivre, que fait-il ? Il contacte l’un de ses anciens patients, l’arrogant Philip Slate, accro au sexe, rigide, asocial et manipulateur, le grand échec de sa carrière, devenu depuis psychothérapeute. Au centre de cette relation : Schopenhauer…


Mon patient Sigmund Freud - Tobie Nathan

Sitôt arrivé à Vienne, Jack Bean, étudiant en médecine surdoué, est introduit dans le cercle très fermé de la Société psychanalytique. Il approche le maître, Sigmund Freud, qui se prend d’affection pour lui ; Jack devient son plus proche confident. Amours bigames, jalousies, excès, Freud lui livre tous ses secrets. Jack Bean est mort, mais il a laissé ses carnets intimes à sa descendance…

Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe - Andrew O'Hagan


Élevé par une sœur de Virginia Woolf, recueilli par la mère de l’actrice Nathalie Wood puis récupéré par Sinatra, Maf échoit finalement à Marilyn Monroe. L’égérie de Hollywood s’entiche très vite de cet espiègle bichon savant, qui cite Keats aussi bien que Freud ! Et dans cette actrice qui, pour être respectée, affecte le sérieux en dépit d’un grand talent comique Maf trouve une femme qui a du chien !

Petite sœur, mon amour - Joyce Carol Oates

Bliss, princesse des glaces qui a remporté tous les prix de patinage, a été assassinée. Pourtant, tout le monde l’aimait. Son frère Skyler, psychotique, un peu jaloux de son succès. Sa mère, prête à tout pour faire de Bliss une star : maquillage outrancier, tenues sexy et produits dopants. Ses fans qui l’adulent jusqu’à l’obsession. Oui, tout le monde aime Bliss, mais trop d’amour peut tuer…


Les brumes du passé - Léonardo Padura

Mario Conde, ancien policier reconverti dans la vente de livres rares, trouve un vieil article sur la « Dame de la Nuit », célèbre chanteuse disparue cinquante ans plus tôt. Qui était cette femme au visage étrangement familier ? À l’heure où son pays connaît la famine, l’enquête de Mario fait resurgir l’époque glorieuse où La Havane éclipsait New York et Paris, où Cuba régnait sur le monde de la nuit…

Les visages - Jesse Kellerman

La plus grande œuvre d’art jamais créée dort dans les cartons d’un appartement miteux. Ethan Muller, un galeriste new-yorkais, décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux, qui mêlent à un décor torturé d’innocents portraits d’enfants. Le succès est immédiat, le monde crie au génie. Mais un policier à la retraite croit reconnaître certains visages : ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus…

27 septembre 2011

LE PETIT GARCON DE VERRE DEVIENDRA UN GRAND COMPOSITEUR

  • Tchaïkovski - Nina Berberova - Actes Sud Éditions


"Les poèmes qu'il écrivait, en russe et en français, étaient médiocres. Ce ne serait décidément pas un Pouchkine ! {...} Ce n'étaient que des tentatives d'exprimer son étonnement, son émerveillement devant le monde, devant le Créateur, et, surtout ses sentiments personnels. Parfois, il débordait d'amour et, la nuit, fondait en larmes. Mais ce désir de s'extérioriser, cette adoration qu'il portait au monde, ces larmes, apportaient à l'enfant un étrange bonheur. La vie à Votkinsk, l'atmosphère paisible et douce de cette maison où tout le monde l'aimait et où il aimait tout le monde, contribuaient aussi à le rendre heureux. {...} Mais Pierre ne pensait qu'à une chose : inventer, rimer, écrire, exprimer ses sentiments au monde entier, ces sentiments qui l'étouffaient et auxquels il cherchait une issue".

Piotr Ilitch Tchaïkovski. PIT. Ce nom, ces trois syllabes résonnent comme un accord musical léger, gracile, aérien. Comme les sons d'un piano sur lequel se posent un instant des doigts souples et délicats, effleurant à peine les touches d'ivoire pour jouer un air élégant et improvisé. Et du raffinement, il y en a eu tout au long de la vie de Tchaïkovski, de même que de la douleur, des troubles, de l'émotion, de la peine, de l'angoisse, des doutes. Tchaïkovski qui, dès son plus jeune âge, sera imprégné de piano par sa gouvernante - Fanny Dürbach - Française. Fanny qui, telle une seconde mère, prendra le petit Piotr sous son aile protectrice, parce qu'elle sentait qu'en lui germait, s'épanouissait, se développait déjà un génie artistique à la sensibilité exacerbée. Elle aurait tellement aimé que son petit protégé devienne l'égal de Pouchkine. Mais un tel poète, il n'y en a qu'un seul ! "Dès le premier jour, elle remarqua Pierre, cet enfant silencieux, bizarre, peu soigneux, trop jeune pour suivre les cours, qui suppliait qu'on l'admît dans la classe et ne voulait pas en démordre. Pierre était comme tous les enfants, craignant l'obscurité, aimant les bonbons ; mais il était volontaire et opiniâtre. Mme Tchaïkovski ne savait pas si on pouvait lui accorder cette permission, mais Fanny décida, et Pierre, avec les autres enfants, apprit le français et les prières. Il était calme, trop calme, et Fanny souvent s'en inquiétait. Son intelligence était vive ; il avait beaucoup de charme quoique toujours rebelle à l'éponge et au savon. Fanny lui porta une grande affection {...}".
La vie allait ainsi, bon an mal an, entre insouciance, peurs enfantines, découvertes merveilleuses, appréhension aussi. Sa rencontre - à l'adolescence - avec Alexéi Apoukhtine, jeune poète connu de Tourgueniev et de Fet, garçon arrogant, prétentieux, sûr de lui, à l'intelligence vive, précoce et doué, moqueur, blessant, cinglant, acide sera une vraie révélation pour Piotr Tchaïkovski. Ce dernier se sentira insignifiant, insipide, banal, fade face à un esprit aussi brillant, aussi libéré, aussi cultivé. Une amitié particulière, singulière, une complicité qui ira bien au-delà de la simple relation entre deux jeunes hommes en devenir - une certaine forme d'intimité aussi -, s'installeront entre Tchaïkovski et Apoukhtine. Est-ce par lui que le futur compositeur découvrira son attirance pour les autres hommes, comprendra et acceptera ses penchants homosexuels dans une société pétrie de convenances et de bonnes manières, et vivant sous l'emprise de la morale religieuse pour longtemps encore ? Apoukhtine lui en donnera le goût et l'envie. "Il se sentait devenir plus sec, plus dur, plus taciturne sous l'influence du démon qui occupait le même banc que lui. Leurs lits étaient voisins. Tard dans la nuit, il bavardaient ; ils avaient des secrets, dont quelques-uns leurs restèrent à jamais. Ils s'aimaient, l'un avec un petit sentiment de pouvoir, de force, de supériorité ; l'autre, avec une inquiétude jalouse. Pour Apoukhtine, tout était clair ; c'était un homme qui savait ce qu'il voulait et ne doutait pas de sa vocation. Pour Tchaïkovski, l'avenir était bien trouble. Dans le présent instable et tourmenté, il tremblait, affolé par la complexité des choses {...}".

Tchaïkovski adulte développera une double personnalité, ambigüe, qui ira en s'accentuant avec le temps et la notoriété. Sombre fonctionnaire au Ministère de la Justice le jour, il se transformait - le soir venu -, en un fêtard notoire d'une troupe de jeunes gens qui comprenaient ses jolies cousines germaines, de belles amies communes et, toujours, Apoukhtine. Bien sûr, Tchaïkovski aura quelques flirts, amourettes inconsistantes, des mains à peine touchées, tout juste frôlées, un ou deux baisers volés ici où là, mais rien de réellement concret. Décidément, les femmes ne l'intéressaient pas outre mesure, sauf leur délicatesse, leur beauté physique, leur élégance, leur rire cristallin. La musique, la composition occuperont plus souvent l'esprit et la vie de Piotr Tchaïkovski que l'amour, cherchant - à travers la créativité -, à oublier, à enfouir, à ensevelir sa véritable sensibilité. "Cette force puissante qu'il chérissait en secret, c'était son pouvoir de création. En lui montait un désir de créer d'une violence telle que seule son immense puissance de travail permettait d'assouvir. Ici même, sans plus tarder, jouir de cette douceur, de cette ivresse, matérialiser son inspiration, connaître la sueur de l'effort et des larmes de béatitude ! C'était son seul vrai bonheur, doux et amer".

"Tchaïkovski" de Nina Berberova bouscule, ébranle les canons de la biographie
classique. En effet, au lieu de contourner le sujet, de l'éviter pudiquement, ou d'en parler par allusion et circonlocution, la romancière russe raconte non seulement la vie du compositeur du Lac des Cygnes et de Casse-Noisette, mais révèle aussi son rapport à la sexualité et son homosexualité. Personnalité torturée, tourmentée, peu sûr de son talent et doutant de ses qualités artistiques, manquant de confiance en lui, mélancolique, taciturne, solitaire, volontiers capricieux, Tchaïkovski ne rêvait que d'une seule chose au fond : se libérer de la contrainte sociale, s'extraire du carcan des codes bourgeois de son siècle pour vivre enfin librement et assumer sa sexualité.

Enfant psychiquement fragile, physiquement chétif, veillé, couvé par Fanny qui remplacera l'amour froid et distant de sa mère qu'il vénérait, Tchaïkovski sera tôt arraché à ces amours féminins. Dès lors, sa vie basculera vers un équilibre précaire, instable, alternant volubilité, légèreté, travail intense, productif et apathie, désespoir, dépression, pulsions suicidaires, sentiment d'inutilité absolu. A l'égal de sa personnalité cyclothymique, la composition artistique et musicale de Tchaïkovski sera soumise à des cycles. Tantôt brillant, il composera opéras, concerts, romances, symphonies, ballets reconnus par une critique internationale exigeante et un public intransigeant, mais enthousiaste ; tantôt vidé de sa substance créatrice, il peinera à agencer les bons accords pour délivrer une musique digne de son immense talent.

Ayant avec la vie un rapport complexe, la détestant et la vénérant tout à la fois, tout comme avec l'argent qu'il dépensait sans compter, Tchaïkovski était un être tourmenté, anxieux jusqu'à l'obsession. Un mariage de convenance pour masquer son homosexualité et éviter la déportation en Sibérie, sera un cuisant échec lui faisant fuir Saint-Pétersbourg et la Russie. La présence rassurante, apaisante et amicale de Madame Von Meck aux côtés de Tchaïkovski lui apportera un peu de sérénité dans son univers troublé. Mécène du compositeur, celui-ci lui dédiera sa IVème Symphonie.


"Tchaïkovski" de Nina Berberova permet au lecteur de se plonger dans la société russe de cette fin de 19ème Siècle cultivée, érudite, savante, au savoir-vivre raffiné et sophistiqué. On baigne dans une atmosphère où l'art, la magnificence, la splendeur, la grâce sont la règle. On partage des instants précieux avec le Groupe des cinq - Borodine, Rimski-Korsakov, Moussorgski, Cui, Balakirev - dont Tchaïkovski sera toujours considéré comme le sixième de la bande de compositeurs romantiques qui transformeront la musique russe au tournant du siècle. Dans son style distingué, fin, aristocratique et remarquable, Nina Berberova nous fait partir à la découverte d'un autre Tchaïkovski, plus proche de la réalité, du quotidien que de l'icône inaccessible où certains ont voulu le placer.

D'autres blogs en parlent : Les Zibelines, Mango ...


231 - 1 = 230 livres dans ma PAL ...

20 septembre 2011

LA FOLIE DES SOEURS PAPIN

  • Les Bonnes - Jean Genet - Folio n° 1060


"Vous me détestez, n'est-ce pas ? Vous m'écrasez sous vos prévenances, sous votre humilité, sous les glaïeuls et le réséda. On s'encombre inutilement. Il y a trop de fleurs. C'est mortel. Je serai belle. Plus que vous ne le serez jamais".

Voici une vraie pièce de théâtre qui bouscule les canons classiques du genre. Une pièce où se mêle le drame ambigu de la misère sociale et la violence d'une situation de soumission devenue insupportable. Avec "Les Bonnes", Jean Genet a voulu établir un réel malaise chez le spectateur. Et il y réussit très bien ! Le thème, à lui seul, suffit à susciter la gêne. Directement inspiré d'un fait divers des années 1930, "Les Bonnes" raconte les relations ambivalentes, ambisexuées de deux sœurs - Christine et Léa Papin -, dans le monde feutrée de la bourgeoisie de province de l'époque.

C'est un huis clos entre Claire et Solange. Dans la solitude de leur mansarde, elles échangent leur rôle comme on se prête un vêtement. Elles s'inventent une vie pour mieux s'extraire de leur condition de bonnes à tout faire, de domestiques, de soubrettes, de sans-grades. Claire, dans un état de psychose paranoïaque, devient Madame, la maîtresse de maison. Elle décharge alors toute la haine, l'aversion, l'antipathie, le mépris qu'elle porte en elle. Cette amertume, elle la déverse contre Madame,
contre la société, se la renvoie à elle-même, à sa sœur. Solange devient Claire dans ces moments, subordonnée à Madame, assujettie à la violence de sa sœur. Tout ce qu'elles n'osent renvoyer au visage de Madame, elles se le crachent à la figure, tel un venin mortel. "Solange - [...] Je connais la tirade. Je lis sur votre visage ce qu'il faut vous répondre et j'irai jusqu'au bout. Les deux bonnes sont là - les dévouées servantes ! Devenez plus belle pour les mépriser. Nous ne vous craignons plus. Nous sommes enveloppées, confondues dans nos exhalaisons, dans nos fastes, dans notre haine pour vous. Nous prenons forme, madame. Ne riez pas. Ah ! surtout ne riez pas de ma grandiloquence ...".

Monsieur a été arrêté pour des raisons obscures sur lettre de dénonciation. C'est Claire qui a rédigé celles-ci, parce qu'elle soupçonne Solange d'être la maîtresse de Monsieur. "Tu accompagnais Monsieur, ton amant... Tu fuyais la France. Tu partais pour l'île du Diable, pour la Guyane, avec lui : un beau rêve ! Parce que j'avais le courage d'envoyer mes lettres anonymes, tu te payais le luxe d'être une prostituée de haut vol, une hétaïre. Tu étais heureuse de ton sacrifice, de porter la croix du mauvais larron [...]". Posture intenable pour Claire, qui perd l'autre moitié d'elle-même : Solange. En devenant Madame, elle se transforme elle aussi en maîtresse virtuelle de Monsieur. Malheureusement, dans ce puzzle implacable, Madame est la pièce de trop, celle dont il faut se débarrasser. Cela sera chose faite. Symboliquement.

Les sœurs forment un couple sadomasochiste, allant de la relation conflictuelle au couple fusionnel. Elles se détestent mais ne peuvent se séparer, ni changer leur condition d'origine. Au travers de la haine pour Madame, Claire / Solange et Solange / Claire jouent le jeu de la domination, de l'emprise, de l'asservissement, de la soumission. Les personnages frisent la schizophrénie, inversent rôles et fonctions. Parfois, au cours de cette lecture oppressante, on ne sait plus qui parle à qui. Est-ce Claire qui adresse des reproches à Solange ; ou bien Claire qui se parle en se prenant pour Madame et s'invective. On sort de cette lecture avec beaucoup de questions sur la construction des personnages, sur ce duo tragique et violent, sur les interdits moraux, particulièrement l'homosexualité supposée des deux sœurs. "Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce ! Mais nous ne sommes pas des ingrates, et tous les soirs dans notre mansarde; comme l'a ordonné Madame, nous prions pour elle. Jamais nous n'élevons la voix et devant elle nous n'osons même pas nous tutoyer. Ainsi Madame nous tue avec sa douceur ! Avec sa bonté, Madame nous empoisonne. Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce !".

Écrite en 1947, "Les Bonnes" est une pièce très dure, très osée pour l'époque. Mise en scène la même année par Louis Jouvet, celle-ci a été très mal accueillie à sa création avec une critique acerbe et nombreuse qui lui a reproché sa longueur et son sujet malsain. Personnages dérangés, perturbés psychiquement, abandonnées et élevées chez les religieuses, les sœurs Papin ont développé des pulsions morbides, pour se venger des malheurs de leur existence.

Dans "Les Bonnes", Jean Genet appuie sur le comportement schizoïde de Claire et Solange, entre envie de meurtre et dévouement quasi sacrificiel pour leur maîtresse. Il les fait tout à la fois compatir à la douleur de celle-ci et haïr cette femme à la générosité trop large pour être naturelle, spontanée. Avec cette pièce de théâtre, l'auteur nous ouvre les portes de la folie mystique, de la psychose et nous laisse à voir un univers au bord du gouffre, border line. Comme sa propre existence ! "Les Bonnes" très en avance pour l'époque, laisse un arrière-goût de trouble et d'inconfort. Un sentiment d'assister à une lente descente aux enfers de deux sœurs s'enfermant dans leur folie jusqu'à l'autodestruction. Une pièce lourde et dépouillée à la fois. Étrange et fascinante comme la folie.


D'autres blogs en parlent : Everina, Mango, Marie Ordinis ... D'autres, peut-être ?! Merci de me prévenir par un commentaire, que je vous ajoute à la liste.


232 - 1 = 231 livres dans ma PAL ...

16 septembre 2011

LA PETITE POULOU

  • Chez eux - Carole Zalberg - Phébus Éditions


"Allez, décide Anna, encore quelques secondes. Que durent un peu le noir et l'oubli d'ici.

Je sentirais d'abord un rayon de soleil taquiner mon front et s'il n'effraie pas trop mes paupières, j'ouvrirais mes yeux. Je verrais que le trait blond et tièdes, tout chargé de poussière, part de la fenêtre. Le temps que l'on écarte en grand les rideaux, il serait devenu une mer lumineuse. C'est d'une main ferme et rapide que ce geste serait fait, parce qu'il est l'heure de se lever maintenant ma chérie jolie. Mein kindele, mein shäpsele. Je comprendrais alors dans un éclat du cœur que la semaine se termine et que Mamma est revenue".

Anna Wajimsky a six ans lorsqu'on l'arrache subitement à son bonheur émerveillé d'enfant. Que sait-on de la vie, des peines, des inquiétudes, des tourments, des appréhensions d'adulte à six ans ? Normalement, rien, dans une période de paix. Mais on est en 1939. Et à six ans, la petite a déjà connu l'exil, l'exode, la détresse, l'angoisse, l'épouvante. Partie de Lódz en Pologne pour ce que ses parents imaginaient une terre d'accueil, hospitalière et protectrice, la France ne sera qu'un répit trop court sur le chemin de croix de cette famille. A six ans, la petite Kätsele - comme la surnomme Ethel sa mère -, a été ôtée à l'amour des siens, cachée dans une famille de paysans français bourrus, bougons, butés, renfrognés, durs à la tâche où les sentiments et la sensiblerie n'ont pas leur place. Et puis, la Mère Poulou est une femme rustique, mutique, rude, presque sauvage qui n'a pas le temps de s'apitoyer sur les petits chagrins de sa pensionnaire d'infortune. Heureusement, il y a l'école pour Anna. Et à l'école, il y a Cécile Tournon, l'institutrice qui encourage, aide, soutient, réconforte, panse les petits et les grandes peines, protège aussi, quand cela s'avère nécessaire. "Maintenant que sa mère n'est plus là pour calmer ses vertiges, affermir le sol sous ses pieds, dégager l'horizon des ombres amassées, Anna a investi Cécile Tournon de cela aussi : elle est devenue l'être vers lequel se tourner quand les questions se bousculent et s'échappent sans trouver de réponse ; quand les peurs soudain sont à la fois si profondes et si vagues qu'il faut les cerner à tout prix ; les baptiser pour mieux les combattre".

Mademoiselle Tournon, un roc solide sur lequel la petite Anna pourra s'appuyer, se
raccrocher pour affronter la violence, la cruauté des adultes, la tourmente quotidienne faite d'effroi, d'inquiétude, d'angoisse, de panique, de questions sans réponse. Une jeune femme de cœur, engagée corps et âme dans la lutte contre la bêtise humaine, contre l'inhumanité, la brutalité et le cynisme des décisions politiques faisant des juifs des parias traqués. Mademoiselle Tournon, pétrie d'idées républicaines, d'égalité, de fraternité, de liberté, de solidarité envers les plus faibles, les plus démunis, les plus fragiles, ne pouvait admettre le sort fait à Anna qu'elle prendra sous son aile bienveillante. "Pour la jeune femme, Anna avait très vite constitué une mission sacrée, l'acte de courage et d'éclat accompli pour ne pas céder aux lois de ces temps innommables. L'idée sublime d'une vie sauvée non seulement dans son souffle quotidien, mais dans son droit au lendemain, à un avenir qui ne serait pas définitivement bridé par les injustices du passé".

En écrivant "Chez eux", Carole Zalberg se penche sur la partie maternelle de son histoire familiale et marche sur les pas de sa mère, enfant. En relatant le quotidien de la petite Anna Wajimski cachée chez des paysans de la Haute-Loire - les Poulange -, la romancière revient sur le comportement de certains Français qui ont refusé l'inacceptable, l'intolérable, l'inique infligés par les lois du Gouvernement de Vichy aux Juifs, français et étrangers.

Anna, prise dans la nasse de la grande histoire, grandira plus vite que ces petites camarades de classe. Née dans un milieu aisé en Pologne, elle sera trimballée à travers l'Europe jusqu'en France où ses parents croiront trouver un semblant de repos, de sérénité. Ici, comme ailleurs, la pitié et l'empathie ne seront pas la règle fondamentale. La séparation, douloureusement vécue par chacun, s'imposera pour se donner une chance - même infinitésimale - de survivre au pire.

Anna, enfant sage, docile, intelligente et perspicace, comprendra très vite que, pour se fondre dans la masse, disparaître et se faire oublier, il lui faudra se taire, se cacher sous une autre identité, oublier qui elle a été pour prendre une autre apparence, un autre masque plus correct. Dans cet univers bouleversé, chamboulé, Anna s'ouvrira des espaces de bonheurs enchantés grâce aux visites d'Adriel - son cousin -, lien ténu et unique entre ses parents et elle. Chaque instant de joie, de gaieté, de plaisir, d'insouciance, de rire, sera comme une bataille gagnée contre la barbarie, le fanatisme.

Avec "Chez eux", Carole Zalberg nous parle de cette enfance singulière et quelque peu malmenée, maltraitée, brimée, opprimée par l'histoire des Hommes. Écrit distancié, Carole Zalberg nous raconte avec pudeur, délicatesse et retenue cette parenthèse mélancolique vécue par sa mère. Cela donne un récit sensible, éthéré, soigné, pudique qui ne cède jamais à la facilité, mais où transparait l'émotion et l'admiration d'une fille pour sa mère.


D'autre blogs en parlent : Sourifleur, SD49 (Sandrine), Sylvie (Le boudoir des livres), Sybilline (Chez qui j'avais découvert ce joli récit) ... D'autres, peut-être ?! Merci de vous faire connaître par un petit commentaire et je vous ajoute à la liste.


Le site de Carole Zalberg


233 - 1 = 232 livres dans ma PAL ...

11 septembre 2011

DIX ANS DEJA ...



Parce que parfois les photos ont plus de poids que tous les mots employés
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