7 juillet 2009

LE CLONE SANS PASSE

  • Comme deux gouttes d'eau - Tana French - Michel Lafon Éditions


"Cette histoire est celle de Lexie Madison, pas la mienne. J'aurais aimé raconter l'une sans m'immiscer dans l'autre, mais c'est impossible. Je croyais nous avoir fermement cousues, toutes les deux, épaule contre épaule, avoir bien serré les sutures mais être capable de les briser. Or, peu à peu, nos liens se sont raffermis, approfondis ; ils sont devenus souterrains, invisibles. Et ils m'ont échappé. Pourtant, je suis responsable : de tout ce que j'ai fait". L'inspecteur Cassie Maddox a du mal à retrouver son souffle depuis sa dernière enquête à la brigade criminelle. Un meurtre d'une adolescente rapidement élucidé qui l'a touchée plus qu'elle ne le pensait. Depuis, elle est passée au département des violences domestiques pour prendre du recul par rapport aux événements. Sauf qu'il arrive parfois que certaines histoires mettent du temps à refaire surface. Souvent, elles ne remontent même jamais. Pour ce qui concerne Cassie Maddox, l'histoire a mis quatre ans à ressurgir.

Tout est revenu lorsque deux de ces collègues l'ont appelée sur le lieu d'un crime, en pleine campagne irlandaise. La victime porte le nom d'Alexandra Madison, étudiante à Trinity College, et ressemble trait pour trait à l'inspecteur Maddox. Cette identité était celle qu'elle s'était créée pour infiltrer et démanteler un trafic de stupéfiants. Son ancien chef voit là une occasion unique pour noyauter le groupe dans lequel la victime évoluait et découvrir le meurtrier de cette mystérieuse jeune femme. Faire croire que Alexandra Madison a survécu à ses blessures et laisser Cassie Maddox prendre sa place pour enquêter. "Elle apparaît pour la première fois en février 2002, lorsqu'elle fournit l'extrait de naissance d'Alexandra Madison afin d'ouvrir un compte. Elle l'exhibe à nouveau, ainsi qu'un relevé d'identité bancaire et sa photographie, pour obtenir tes anciens dossiers universitaires, dont elle se sert pour s'inscrire à Trinity en doctorat d'anglais. - Elle est très organisée. - Oh oui ! Organisée, imaginative et convaincante. Je n'aurais pas mieux fait moi-même. Elle ne s'est jamais inscrite au chômage, ce qui est très intelligent. Elle a dégoté un job dans un café de Dublin, travaillé à plein temps tout l'été, puis intégré Trinity en octobre. Le titre de sa thèse est ... Tu vas apprécier ... "Voix diverses : identité, vérité et mensonge". Il s'agit de femmes qui écrivaient sous un pseudonyme".

Cette énigmatique jeune femme partageait sa vie avec quatre autres jeunes gens, tous étudiants au département de littérature anglaise, dans un vieux manoir du 18ème Siècle, Whitehorn House. Ce groupe vivait replié sur lui-même. Les membres de ce cénacle se connaissaient et se fréquentaient depuis leur première année à l'université. Personne d'autre n'avait réussi à s'y immiscer, sauf Lexie Madison. Cette fille semblait être apparue par hasard début 2000. Rien ne permettait de l'identifier et lui redonner son véritable nom. Ses quatre amis ne souhaitaient pas savoir qui elle était réellement et s'en moquaient. Seules comptaient leur vie commune et les règles observées. Ce "Club des Cinq" apparait à Cassie Maddox aussi soudé que les
cinq doigts d'une même main. Que l'un d'entre eux vienne à manquer, les autres se sentent immédiatement orphelins, sont anéantis. Ils forment de l'extérieur - à eux cinq - une micro-société dans laquelle personne ne peut accéder. Ils semblent vivre en symbiose, et chacun possède une place définie au sein de cette cellule presque familiale. De l'extérieur, cet ensemble paraît harmonieux, sans aspérité, sans faille, sans fêlure, les membres sont sans problème apparent, équilibrés, sains. Hormis la littérature victorienne, le"Club des Cinq" a en commun de ne jamais revenir sur leur passé personnel. En acceptant cette nouvelle mission d'infiltration, Cassie Maddox se voit redevenir Alexandra Madison, celle qu'elle avait inventé de toutes pièces, qui revenait de son passé et qui avait été utilisé par une autre personne, assassinée. Le plus difficile pour l'inspectrice était de ne pas se perdre psychologiquement dans cette mission où elle servirait d'appât.

Avis aux amateurs du genre, "Comme deux gouttes d'eau" de Tana French est un vrai policier psychologique avec tous les ingrédients du genre. Les personnages sont méticuleusement ciselés. Ici, point de bagarres inutiles, pas de violences verbales ou physiques, pas de jet d'hémoglobine. Dans ce roman, tout passe par l'analyse psychologique de chaque personnage et des situations. Le drame s'installe lentement mais sûrement, se diffuse au fil des pages. Dès le début de la lecture, l'ambiance est lourde, pesante, de plomb. On pressent que quelque chose se trame. On se pose des questions. On tourne les pages en se demandant ce qui va se passer, qui peut être le coupable, qui est réellement cette Alexandra Madison, quel est son passé. Le suspense est là, qui rend le lecteur haletant, trépignant d'impatience. Ce qui aurait pu être lassant sur la longueur, se transforme en une histoire palpitante aux rebondissements permanents. Parce que dans "Comme deux gouttes d'eau", Tana French réussi l'exploit de nous mettre à la place de son inspectrice. Le temps de la lecture, chacun devient Cassie Maddox infiltrée dans un groupe de jeunes originaux. Mais ce n'est pas tout. Il y a aussi et surtout l'atmosphère. Cette ambiance unique de la campagne irlandaise que l'auteure a su rendre avec sa rudesse, ses rancœurs tenaces et ses acrimonies historiques et locales, sa haine de l'autre au point de lui jeter des sorts, de le terroriser, de refuser de lui parler. Dans "Comme deux gouttes d'eau", c'est cette Irlande profonde, indépendante, fière de ses racines et de son passé, qui se revendique libre et qui l'est, que l'on retrouve. Une Irlande qui a payé le prix fort pour se libérer de l'emprise anglaise. C'est l'Irlande
d'une autre époque, celle du 19ème Siècle avec ses légendes, ses histoires de maîtres et de serfs, de riches et de pauvres, de jeunes filles enfermées au couvent pour avoir aimé un Anglais ou être tombées enceintes. L'Irlande qui s'est faire face à l'adversité. C'est aussi l'Irlande avec ses pubs, ses chants mélancoliques et doux, ses musiques entraînantes. Dans un style impeccable, maîtrisé, parfait, Tana French nous embarque dans une affaire pleine de rebondissements, labyrinthique dont le lecteur sort exsangue de sa lecture. Vous êtes désormais prévenus !

Pour Cuné, ce roman a une âme vénéneuse qui ne laisse pas indifférent ; pour Lily, c'est un thriller tout en subtilités et en suspens ; Yvon a trouvé le roman plutôt classique ; Caroline recommande ce roman pour les vacances et n'a pas pu décrocher avant la fin ; pour Cathulu, ce roman est une réussite. D'autres, peut-être ... Merci de me le faire savoir.

13 commentaires:

keisha a dit…

Je vois pas mal ce livre sur les blogs, et toujours des billets enthousiastes...

Cecile a dit…

Il a vraiment l'air bien ce livre (on le voit partout en ce moment). Est-ce qu'il faut lire le premier ou ça ne dérange pas trop la lecture ?

Nanne a dit…

@ Keisha : Enthousiastes les billets, car ce roman est réellement prenant ! Dès qu'il est commencé, impossible d'en sortir avant la dernière page et même après ... Un très bon roman psychologique avec des morceaux d'Irlande à l'intérieur !

@ Cécile : Personnellement, je crois qu'il vaut mieux commencer dans l'ordre, car l'inspectrice de ce roman est déjà présente dans le premier avec une enquête dont la romancière fait allusion dans celui-ci ! Mais cela ne m'a pas gênée. J'ai l'habitude de ne pas lire les romans dans l'ordre ... Mais je compte lire le premier roman pour savoir s'il est aussi bon que celui-ci !

Ys a dit…

Ça tue ce billet, ça tue ! Non mais parce que j'avais juré de ne rien rajouter à ma PAL vacances, mais ton billet est du genre à me faire me précipiter à la librairie : c'est mal...
Et puisqu'il faut toujours tenir les promesses qu'on se fait à soi-même, j'ai trouvé une solution : je vais l'offrir à Mr Ys pour son anniversaire la semaine prochaine !

Dominique a dit…

On retrouve cette Tana French à tous les coins de la blogosphère
je ne vais pas pouvoir résister très longtemps ....

Nanne a dit…

@ Ys : Ça c'est une excellente idée, de lui offrir un livre que l'on veut lire pour soi, mais qui n'augmente pas la PAL ... Mais il risque de le garder pour lui ! Surtout s'il apprécie les policiers psychologiques ... Take care !!

@ Dominique : C'est une romancière irlandaise qui commence à faire pas mal parler d'elle, et en bien ! Celui-ci est vraiment très bon et plein de suspense jusqu'au bout ... Son premier roman est sorti en poche. Je dis ça, je dis rien !

Mango a dit…

J'ai déjà noté ce livre . Comme je suis dans une période "policiers", je compte le lire bientôt! Les avis sont si positifs!

Manu a dit…

J'ai déjà noté son premier livre ! Donc je vais commencer par celui-là mais ton billet donne bougrement envie :-)

Nanne a dit…

@ Mango : Je te confirme que ce roman est excellent ! Une fois commencé, on ne le lâche plus jusqu'au bout ... C'est un très bon policier psychologique, avec des morceaux d'Irlande, ce qui ne gâche rien !

@ Manu : Comme d'hab, j'ai commencé par le second pour ne pas faire comme tout le monde ! Mais j'ai été sous le charme de l'écriture et de l'imagination de Tana French. J'ai décidé de lire le précédent, maintenant que j'ai aimé le 2ème. Celui-ci est vraiment très réussi !

Theoma a dit…

le premier est dans la Pal. je sens que celui-ci va le rejoindre.

Nanne a dit…

@ Theoma : Comme j'ai l'habitude de commencer les choses par la fin, j'ai déjà lu son 2ème roman qui est vraiment excellent ! J'ai le 1er dans ma PAL, mais je vais attendre un peu avant de le commencer. La crainte de la déception après l'enthousiasme !

chris89 a dit…

J’attendais plus de ce roman « d’ambiance ». J’ai tout de même passé un bon moment !

Nanne a dit…

@ Chris89 : J'ai gardé un très bon souvenir de ce roman policier à l'histoire pour le moins originale. J'ai le premier roman de Tana French à lire, "Écorces de sang" ... Je verrai si le style est aussi réussi que pour le suivant !