7 mars 2009

VIE ET MOEURS DE NOS DJINNS

  • Le fantôme de Canterville et autres nouvelles - Oscar Wilde (Librio 2€ n° 600)

Alors que M. Hiram B. Otis, ministre américain, se rend propriétaire du domaine de Canterville Chase, lord Canterville estime de son devoir de le prévenir de la présence d'un vieux fantôme dans les murs de la demeure. Un fantôme bel et bien présent depuis 1584 et qui apparaît toujours avant la mort d'un membre de la famille depuis trois siècles. Le ministre américain et sa petite famille n'a peur de rien, ni de personne. Encore moins d'un fantôme juste bon à être remisé dans un musée pour attirer une foule de badauds.

La famille à peine installée, voilà que les premières manifestations de Sir Simon de Canterville - le fantôme - apparaissent à l'heure du thé. Une tache de sang souille le sol depuis la nuit du meurtre de lady Eleanore de Canterville en 1575. Une empreinte soit-disant indélébile et qui impressionne tous ceux qui la voient. C'est sans compter sur la famille Otis qui ne croit pas à ces fadaises. Un coup de détergent et la marque disparaîtra ! Certes, la tache a disparu. Mais elle est réapparue dès le lendemain. Et ainsi les jours suivants. Pas de doute, le fantôme est bel et bien
présent et déterminé à les chasser, comme les précédents ! "Il effaça donc une seconde fois la tache, mais le lendemain matin elle reparut encore. Le jour suivant elle était encore là, bien que la bibliothèque eût été fermée à clef pour la nuit par Mr. Otis lui-même, et qu'il eût emporté la clef à l'étage. Toute la famille fut dès lors fort intéressée par cet événement ; Mr. Otis commença à soupçonner qu'il avait été trop dogmatique dans sa dénégation de l'existence des spectres, Mrs. Otis manifesta son intention de faire partie de la Société Spirite, et Washington prépara une longue lettre à MM. Myers et Podmore, au sujet de la "permanence des taches sanglantes lorsqu'elles se rattachent à un crime". Cette nuit-là, tous les doutes relatifs à l'existence objective des apparitions furent levés à tout jamais".

Et pour montrer qu'il était le seul maître des lieux, le fantôme n'hésitera pas à réveiller tout le domaine à grands renforts de chaînes rouillées. Cela ne perturbera pas plus les nouveaux résidents du château
qui lui offriront du lubrifiant pour huiler ses chaînes. Les jumeaux lui jetteront même un oreiller à la tête ! Maudits Américains ! Mais le fantôme de Canterville n'en restera pas sur un échec aussi cuisant, lui qui a su faire plier une cohorte de gouvernantes françaises au service de ses descendants, qui a frappé d'effroi la duchesse douairière et saisi de crise d'hystérie des servantes ou encore qui a poussé à la neurasthénie un recteur de paroisse. Foi de vrai fantôme de château anglais hanté !

Et pour se venger de tels affronts, rien de mieux que d'effrayer, de faire peur, frémir, mourir d'angoisse toute cette famille d'ignorants, particulièrement les jumeaux. Mais rien n'y fera, ni les bruits de chaînes ou les rires d'outre-tombe, encore moins les déguisements et autres accoutrements de Sir Simon de Canterville. "Il renonça dès lors à tout espoir d'effrayer jamais cette grossière famille, et se contenta, en général, de rôder le long des couloirs, chaussé de pantoufles de lisière, avec un épais cache-nez rouge autour de la gorge, de peur des courants d'air, et une petite arquebuse, pour le cas où il aurait été attaqué par les jumeaux".

Tout le monde ne trouve que des qualités au "Prince Heureux", la beauté, la gentillesse, la sagesse et l'amabilité. Cependant, le Prince Heureux est malheureux. Juché sur son piédestal, il voit et il entend toutes les misères de sa ville. Vient à passer une
hirondelle partant rejoindre l'Égypte pour y passer l'hiver au soleil. Le Prince Heureux lui demande si elle veut bien être sa messagère du bonheur pour aider de pauvres gens à supporter leurs malheurs. L'hirondelle, qui avait bon cœur et l'âme généreuse, accepte. Pour aider les plus démunis, le Prince Heureux n'hésite pas à se dépouiller de ses atours et demande à la petite hirondelle de les leur porter. "- Je suis couvert d'or fin, dit le Prince ; détachez-le feuille à feuille et donnez-le à mes pauvres. Les hommes croient que l'or peut les rendre heureux. Feuille à feuille, l'Hirondelle arracha l'or fin jusqu'à ce que le Prince Heureux n'eût plus ni éclat ni beauté. Feuille à feuille, elle distribua l'or fin aux pauvres et les visages des enfants devinrent roses, ils rirent et jouèrent par la rue". Et Dieu, dans sa grande mansuétude, les réunira pour l'éternité !

Parce qu'un géant refusait de laisser jouer les enfants dans son joli jardin, l'hiver allait s'installer chez lui pour très longtemps. Les feuilles refusaient de pousser, les fleurs de s'épanouir et les oiseaux de chanter. "Le
Géant égoïste" ne voulait partager son jardin avec personne. Mais, très vite, celui-ci comprendra que pour faire revenir le printemps dans son jardin, il doit le partager avec les enfants. Pour le remercier de ce partage, Dieu lui accordera de vivre éternellement au Paradis.

Alors qu'un vieux Rat d'eau se vante de mettre l'amitié au-dessus de toutes les valeurs morales, une Linotte lui raconte l'histoire de Hans le jardinier et de son "Ami dévoué", Hugh le meunier. Si Hans partage tous les produits de son jardin avec son meilleur ami, la réciproque est loin d'être vraie. "Parfois, cependant, le voisinage trouvait étrange que le riche Meunier ne donnât jamais rien en retour au petit Hans, quoiqu'il eût cent sacs de farine emmagasinés dans son moulin, six vaches laitières et un grand nombre de bêtes à laine ; mais Hans ne troubla jamais sa cervelle de semblables idées". Et si l'amitié est de tout donner, même de son temps pour certains, elle est aussi de tout recevoir pour d'autres.

Alors qu'un amoureux transi pleure sur son infortune sentimentale, un rossignol entend sa plainte. Pour pouvoir exaucer l'amoureux malheureux, le rossignol lui sacrifiera sa vie. Mais la demoiselle à qui est destiné la rose rouge est une ingrate
qui - aux beautés de la nature - préfère l'or des palais. Et l'amoureux, dépité, retournera à ses grimoires. "Il souffre tout de ce que je chante : tout ce qui est joie pour moi est peine pour lui. Sûrement l'amour est une merveilleuse chose, plus précieuse que les émeraudes et plus chère que les fines opales. Perles et grenades ne peuvent le payer, car il ne paraît pas sur le marché. On ne peut l'acheter au marchand ni le peser dans une balance pour l'acquérir au poids de l'or".

"Le fantôme de Canterville et autres nouvelles" d'Oscar Wilde est un petit recueil de nouvelles pétries d'humour anglais. C'est drôle, léger, chic et grinçant. Dans une écriture empreinte de poésie et de sensibilité, Oscar Wilde nous conte - à travers ces cinq histoires - les qualités et les défauts des hommes. C'est une satire de la
société de son époque, encore terriblement d'actualité. Au fil de ces nouvelles réjouissantes, on y retrouve - pêle-mêle - l'absence de croyances et de valeurs morales, la nécessité de distribuer les richesses, le don de soi et l'individualisme. Mais que l'on ne s'y trompe pas. Par-delà l'apparente légèreté du ton, Oscar Wilde critique sévèrement et cyniquement ses contemporains. C'est à lire où à relire pour le plaisir de découvrir une autre facette de cet auteur génial, à la fois esthète et polémiste.

L'avis de rats de biblio, de Lilly, de Sylvie du "Boudoir des livres", d'Allie ... D'autres, sans doute. Faites-le moi savoir, je vous ajouterai.

12 commentaires:

Karine :) a dit…

Elle me tente depuis un bon moment cette nouvelle! Je n'ai toujours pas lu Oscar Wilde (à part les aphorismes) même si le personnage m'intrigue beaucoup!

Manu a dit…

Lu il y a très (trop) longtemps, j'avais beaucoup aimé. Je devrais le relire mais je lirai d'abord les pièces de théâtre reçue dans le cadre du London Swap :-)

Leiloona a dit…

Il faudrait que je le lise, tout de même. ^^
Depuis le temps ...

La liseuse a dit…

Je ne suis plus à un librio près ! J'en ai toute une étagère (j'exagère un peu) mais c'est tellement pratique ces petits bouquins. et côté qualité/prix, ils sont je crois imbattable. J'achète surtout les livres de genre classique et fantastique. Les anthologies aussi !

cathe a dit…

J'adore cette nouvelle que je relis régulièrement :-))

Jigé a dit…

Salut amie française et merci du partage. C’est tout à fait par hasard, au gré de mes explorations des blogs, que j’ai atterri ici.

Bravo pour ton blog aux textes intéressants! (Môa être plutôt philosophique).

Étrange: la boîte rouge de thé vert: j'ai la même. Bah!

NOTE. Mon blog parle de la connaissance de soi. Si le coeur t'en dit, tu es bienvenue.

Nanne a dit…

@ Karine:) : Tu es (presque) impardonnable ! Oscar Wilde est à découvrir d'urgence parce que tout est excellent chez lui ... Je ne saurais te conseiller l'incontournable "Portrait de Dorian Gray" ! A lire d'urgence ...

@ Leiloona : Ne pas découvrir Oscar Wilde va devenir une hérésie tant ses ouvrages sont présentés sur beaucoup de blogs (surtout celui de Lou, mais pas seulement !) ... Il faut au moins lire "Le portrait de Dorian Gray". C'est magnifique, tout simplement !

@ Laëtitia : Je pense comme toi pour ces petits librio que je trouve extra ! Les classiques, les policiers ou les fantastiques sont vraiment des mines pour (re)lire de grands auteurs parfois oubliés ... J'en ai aussi beaucoup ;-D

@ Cathe : Cette nouvelle est une petite merveille à lire, à relire et à raconter aux enfants pour les faire rire !

@ Jigé : Bienvenu sur mon blog, même si tu y es arrivé au hasard de tes explorations !

Florinette a dit…

Lu il y a très longtemps, mais je sens que je ne vais pas tarder à la relire ! ;-)

Lael a dit…

Ahhh ton billet me tente vraiment! je le mets sur ma Lal!! j'avais bien aimé Le portrait de dorian Gray!!! je vais surement aimé e fanôme de Canterville!

Nanne a dit…

@ Florinette : Il faut le relire, rien que pour l'humour qui se dégage de ces histoires savoureuses ...

@ Lael : Tu devrais aimer parce que ce sont des histoires merveilleuses que l'on peut lire et raconter à de jeunes enfants ! Elles sont pleines de douceur, d'humour et sans aucune violence ... Moins sombre que "Le portrait de Dorian Gray" !

Lamousmé a dit…

une merveille!!!! ton billet hein pas le livre!!!! (nonnnnnnnnnnnnnn je rigole le livre aussi est une merveille!!!!!) de toute façon des qu'on parle d'Oscar je ne suis absolument pas objective!!!! :o)

Nanne a dit…

@ Lamousmé : Heureuse de te revoir dans une forme olympique ! Je sais comment te faire sortir de ta tanière ;-D Dès que l'on parle de Wilde ou d'un auteur victorien, on aperçoit le bout de ton petit nez !!